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ALSA Modular Synth (1)

J'ai eu la chance de pouvoir jouer plusieurs mois, à l'âge de 17-18 ans, avec un synthétiseur analogique (Korg MS20). À l'époque je ne comprenais pas très bien comment fonctionnait la bête, mais c'était un bien beau jouet... J'ai retrouvé récemment ce gros son analogique, et compris l'architecture des synthés modulaires, grâce au logiciel Alsa Modular Synth. Voyage dans le passé, puis retour au présent...

Petite histoire du synthétiseur

Au début, Robert Moog...

Dans les années soixante, Robert Moog perfectionne le Theremin en lui ajoutant un filtre contrôlé par tension (Voltage Controlled Filter) permettant de modifier le son en ajoutant ou retranchant des harmoniques.

À partir de là, il crée aussi de nouveaux modules de traitement du son, notamment :

  • l'oscillateur (VCO), qui génère différentes formes d'onde : sinusoïde, triangle, carré...
  • l'enveloppe, permettant de contrôler les paramètres d'attaque, de tenue et d'extinction du son (ADSR : Attack Decay Sustain Release) ;
  • l'amplificateur également commandé en tension (VCA).

Le synthétiseur était né.

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Modules oscillateur, générateur d'enveloppe et VCA Moog

Les systèmes modulaires

L'intérêt de ce système modulaire est que ces modules étant tous pilotés par une tension, ils peuvent interagir et se piloter les uns les autres... il suffit de les raccorder par des cordons jack. Ainsi un oscillateur à basse fréquence (LFO) connecté au générateur de fréquences du VCO, donnera un vibrato ou un effet de glissando ou de sirène... Connecté au VCA (ampli) il donnera des effets de crescendo/decrescendo... En multipliant les modules on enrichit bien évidemment le son. D'où la naissance de "monstres" comme le Moog 55 utilisé notamment par Keith Emerson et Wendy Carlos.

La compagnie EMS en Angleterre produit également un très beau sytème modulaire basé sur son synthé VCS3, et amène des innovations : joystick, matrice de cablage à fiches remplaçant les jacks et cordons.

Ces synthés aux possibilités sonores infinies sont gros, chers, et donc destinés plutôt aux studios.

Moog 55EMS VCS3
Synthés modulaires Moog 55 et EMS VCS3

Les synthés de scène

Pour la scène, apparaissent dans les années 70 de petits synthés utilisant la même technologie mais avec un nombre restreint de modules (1 ou 2 VCO, VCF, VCA) sans possibilité de modifier le cablage : Minimoog, ARP Odyssey. Oberheim propose un synthé de scène évolutif de 2 à 8 modules, dont chaque module est un synthétiseur complet. Plus modeste le Korg MS20 est un synthé d'initiation qui rencontre en 1978 un succès mérité. Tous ont marqué la musique pop/rock de cette époque et sont aujourd'hui des pièces de collection recherchées.

MinimoogARP OdysseyOberheim 8MS20
Minimoog, ARP Odyssey, Oberheim OB8, Korg MS20
(les photos ne sont pas à la même échelle)

Années 80 : les analogiques au placard

Au début des années 80, apparaissent les premiers synthés numériques. Le précurseur en avait été le Synclavier, douze ans avant le Yamaha DX7 qui en 1983 fait l'effet d'un bombe. Ceux-ci utilisent une toute autre technologie, la synthèse FM. Ils sont plus légers, polyphoniques, gardent les sons en mémoire, offrent une palette sonore bien plus étendue, et sont à la fois plus fiables et bien moins chers que les analogiques. Cependant la synthèse FM est un domaine complexe et ils sont horriblement difficiles à programmer. Pour cela on les utilise surtout avec les presets d'usine (anecdote : le célèbre solo d'orgue Hammond dans La boîte de Jazz de Michel Jonasz a été en fait enregistré avec un DX7 !)

DX7
Yamaha DX7, premier numérique grand public

Les fabricants de synthés "historiques" (Moog, ARP, Oberheim, EMS) ne sont pas préparés à cette révolution, menée par les japonais. ARP, mal gérée, se casse la figure. EMS est rachetée par une société de lits médicalisés, puis revendue à un passionné qui continue la production et la maintenance des VCS3 de manière confidentielle. Oberheim est rachetée puis abandonnée par Gibson. Moog Music est liquidée à son tour en 1993 (Bob Moog avait quitté la compagnie depuis 1977 pour produire des Theremins en petite série).

Débuts de l'informatique musicale

Pour autant tous les compositeurs ne se contentent pas des sons préfabriqués des synthétiseurs à la mode. Les analogiques étant obsolètes, la recherche sonore passe désormais dans le domaine de l'informatique pure, notamment à l'IRCAM ou des compositeurs comme Jean-Claude Risset ou Pierre Boulez sont à l'origine des premiers "dispositifs de traitement du son" comme la machine 4X, puis le logiciel Max/MSP de Miller Puckette. Celui-ci est un langage de programmation graphique inspiré de l'architecture des synthés modulaires. Il est aujourd'hui décliné en plusieurs versions dont Jmax et PureData.

 

PureData
PureData : numérique aussi, mais un peu moins grand public...

2000, le retour...

Années 2000, les instruments vintage reviennent en force... On redécouvre l'orgue Hammond, le piano Rhodes, l'Odyssey et le Minimoog. Sur le marché de l'occasion les cotes de ces instruments s'envolent malgré de gros problèmes de fiabilité et de maintenance.

Cela s'explique par la recherche d'un grain sonore, propre à ces instruments, que les numériques n'ont pas. Un plaisir d'utilisation aussi, à tourner des potentiomètres et brancher des câbles, bien plus grand qu'à pianoter avec des touches riquiqui dans les menus hermétiques des synthés numériques tout plastique. Parce que chez les numériques un modèle chasse l'autre tous les six mois, et que les sons "à la mode" deviennent très vite ringards... Parce qu'utiliser ces machines mythiques c'est marcher dans les traces de Pink Floyd et Genesis. Et qui sait, parce que les synthés analogiques ont peut-être une âme...

Hélas ces instruments ne sont plus fabriqués (ARP, Oberheim). Robert Moog rescussite Moog Music, alors que réapparaissent des modulaires dans des marques moins connues mais de grande qualité (Doepfer, Synthesizers.com, Analogue Systems), des kits (Paia). Mais les analogiques sont produits en petite série, avec des composants bien plus coûteux que les numériques et restent donc chers. D'autre part, ils sont toujours aussi peu adaptés à la scène, et versatiles (longs à patcher/programmer, lourds, fragiles, difficile voire impossible, de recréer exactement le même son d'une session à l'autre). De plus ils restent toujours monophoniques (sauf à multiplier les VCO) et restreints à un domaine sonore particulier... le leur.

Doepfer A100
Synthé modulaire Doepfer A100

VST, entre deux mondes...

Pour retrouver un peu les sons et sensations de ces machines à moindre prix, et sans ces inconvénients, apparaissent les instruments virtuels, logiciels PC ou Mac imitant le look et les fonctionnalités de ces synthés d'époque tout en apportant le confort moderne : MIDI, enregistrement/restitution de presets, interaction avec d'autres instruments et effets numériques...

Le plus souvent ces instruments sont compatibles avec le format VST de Steinberg, ce qui les rend interopérables avec les logiciels séquenceurs.

Des éditeurs se spécialisent dans ce créneau, notamment Native Instruments, Arturia. Si le plaisir tactile est absent, le fonctionnement et le son des machines émulées (Prophet 5, Odyssey, 2600, Minimoog...) est bien là ou du moins très proche des originaux, pour un prix raisonnable.

D'autre part d'innombrables synthés virtuels VST sont disponibles gratuitement sur le net, souvent créés avec le logiciel Synthedit.

Arp 2600 Arppe2600va
ARP 2600 vintage, et VST Arppe2600va

Cependant, la plupart de ces VST émulent des machines historiques pré-patchées comme l'Odyssey ou le Minimoog, ou aux possibilités de patches limitées (ARP 2600, EMS AKS).

Pour retrouver sur l'ordinateur toute la puissance et la souplesse d'un véritable synthé modulaire, avec une interface graphique simple et intuitive, il existe sous Linux Alsa Modular Synth. C'est ce logiciel que je vous présente à la page suivante. Restez en ligne !

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