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Un amour

01-09-2007

On s’est connus, j’avais 20 ans, je sortais juste du régiment. Elle était passablement plus âgée, mais la différence d’âge ne nous dérangeait ni l’un, ni l’autre.

En fait, je la connaissais déjà depuis quelques années. Mais pas de façon intime. Le déclic, c’est, peut-être parce qu’à cette époque je n’étais pas trop bien dans mes baskets, et qu’on s’était retrouvés pile à ce moment-là.

Au début, comme toujours, j’avais été assez maladroit et embarrassé. Mes premières tentatives d’approche étaient quand j’y repense, d’une naïveté assez incroyable. Je sortais juste de l’adolescence, pas trop d’expérience. Mais bon, sans doute ma bonne volonté l’avait amusé, ou peut-être ému.

On est sortis ensemble assez vite finalement, pour devenir quasiment inséparables, pendant des mois, jour et nuit. C’était plus qu’une belle amitié, comment dire... avec elle je voyais choses et gens différemment, c’était comme un révélateur. On avait passé, ça devait être l’été 88, une lune de miel dans le Lubéron, chez des intimes à elle, Jean-Pierre et Claudine, des artistes authentiques et généreux. Par eux j’avais appris plein de choses sur elle, et j’en étais d’autant plus amoureux.

Ma copine officielle de l’époque était au courant de notre relation, depuis le début. Ça n’a pas été facile tous les jours, de lui faire admettre qu’avec Elle ça n’était pas la même chose, que ça ne changeait rien entre nous. Pour tout dire, il y avait un peu de jalousie... Je reconnais que parfois je n’étais pas très régulier...

Enfin, c’est comme ça : on fait sa vie, le boulot, la maison, les enfants. On s’est perdus de vue, tranquillement, sans souffrance. Au début on se fréquentait encore un peu, puis de loin en loin, puis plus du tout.

Il faut dire aussi qu’elle avait de nombreux amis, qui lui tournaient sans cesse autour. À l’origine, ça ne me dérangeait pas et on était même quelques bons copains. Il y avait Pierre, y’avait Jean-Louis, Roland et puis Renaud. On était tous amoureux d’elle, on se sentait pousser des ailes...

Puis, on a déménagé, elle avait toujours sa cour d’amis, mais ce n’était plus les mêmes, et pour tout dire je trouvais les nouveaux assez cons et prétentieux. Eux devaient penser la même chose de moi d’ailleurs. Et c’est comme ça que pendant les dix ans suivants, je l’ai quasiment oubliée. Enfin, on n’oublie jamais totalement un amour, surtout un amour de jeunesse.

L’autre jour, en rangeant le grenier, je suis tombé sur des souvenirs, des photos, du temps qu’on était ensemble. J’ai voulu liquider tout ça. C’était le bon temps, mais c’était fini. Fini et bien fini. On ne recommence pas sa vie, à presque 45 ans, avec un amour de 20 ans. Ben oui, mais voilà, on ne décide pas vraiment, ces trucs-là. Il y a ce que l’on croit, ce que l’on pense, et puis ce que la vie décide à votre place.

Il y a eu, quelques jours après, un vieil oncle que j’aime bien, qui m’a reparlé d’elle. Il nous croyait toujours ensemble, et m’a remis un cadeau pour elle, je n’ai pas osé le détromper. Puis on s’est vraiment retrouvés, par un ami commun, comme par hasard, une semaine après. Elle n’avait pas tant changé que ça finalement, sans doute moins que moi. J’avais beau faire le blasé, je suis retombé amoureux.

Après tout, je ne serai pas le premier, à quarante balais, à subir le démon de midi...

Je crois bien que je l’aime, à nouveau, la photographie.