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Bon anniversaire M. Henry

08-12-2007

Y’a des jours pluvieux, venteux, tristes pour tout dire, où on n’a pas vraiment envie de faire quoi que ce soit, et le vague sentiment de culpabilité, qu’on ferait mieux de s’occuper à quelque chose d’utile, ou de moins futile que ça à quoi on s’occupe. Ajouter à ça, qu’à force de trouver que les caractères des livres sont de moins en moins nets le soir, et que les écrans d’ordinateur n’ont plus le piqué d’antan, on se retrouve avec des verres sur le nez, qui font loucher, et un autre sentiment, bien net et précis celui-là : putain encore un coup de vieux.

Le mois dernier Maurice Béjart est parti faire des chorégraphies dans d’autres mondes. Je ne suis pas un grand fan de danse, mais m’y intéresse indirectement car à la maison à part le chien et moi tout le monde danse. Mais même sans cela, Béjart m’a toujours fasciné ; par son regard d’abord (désolé pour le lieu commun, mais comment y échapper), et surtout la façon qu’il avait de dire très simplement des choses finalement assez compliquées, quand tellement de gens font le contraire. En écoutant parler Béjart on avait le sentiment d’être plus intelligent — enfin, plus peut-être, que ce que l’on est réellement. Et puis, pour quelqu’un qui ne connait rien à la danse, s’ennuie devant les pointes et les tutus, et ne comprend pas grand chose à Pina Bausch, la danse de Béjart est comme un pont, qui fait mieux comprendre et peut-être aimer les deux autres.

Hier c’était Karlheinz Stockhausen qui foutait le camp. Stockhausen je ne l’ai pas connu personnellement et je ne connais pas vraiment sa musique, donc je n’en dirai pas grand chose, ça m’évitera de dire des bêtises. Je retiens surtout de lui, par une interview d’il y a très longtemps, que nous avions un point commun : une oreille fragile. Mais lui c’était la droite, et moi, la gauche. J’étais assez fier de cette communion auriculaire avec ce grand compositeur et désormais je penserai à lui chaque soir (quand j’écoute le souffle du sang qui circule dans mon oreille, dans le silence de la nuit).

Donc je ne connais pas vraiment Stockhausen. Mais qui, connait vraiment Stockhausen, sa musique je veux dire ? Parce que, honnêtement, c’est pas vraiment ce qu’on entend le plus souvent à la télé, et sur les radios. Et les disques de Stockhausen, ben y’en a pas non plus des mètres de linéaire à Cultura La Rochelle.

Pourtant l’autre jour, France Inter a consacré 10 minutes un matin, à Steve Reich, avec interview d’un spécialiste expliquant en quoi il est un compositeur important. Bien, ça c’est de la radio de service public ; et j’aime bien la musique de Reich. Là où ça se gâte, c’est que suite aux dix minutes d’explications, ils en ont donné royalement 15 secondes, de musique de Steve Reich. Et l’émission s’est terminé sur trois minutes d’une chanson inepte d’un groupe de variétoche dont je n’ai pas retenu le nom. C’est ça aussi, France Inter. Sans doute ont-ils eu peur que les ménagères de 50 ans zappent sur RTL. Mais on n’entend pas beaucoup plus de Reich ou Stockhausen, même sur France Musique (je n’en dirai pas plus, ne souhaitant pas me voir à nouveau menacé de poursuites judiciaires par le directeur de France Musique, qui n’avait pas apprécié naguère, une de mes innocentes chroniques).

Heureusement, nous restent des grands de cette génération. Boulez. Dutilleux. Et demain c’est l’anniversaire de Pierre Henry. Pierre Henry, c’est pour moi un peu le Béjart de la musique contemporaine. Comme un passeur entre Wagner et John Cage ou Stockhausen. La musique de Pierre Henry est moderne, mais aussi classique. Conceptuelle peut-être, mais avant tout sensuelle. Avec Luc Ferrari pour qui j’ai vraiment une tendresse particulière, mais qui a eu l’idée bizarre de mourir lui aussi, c’est un des compositeurs contemporains dont j’aime vraiment la musique, et pas seulement que j’écoute avec respect ou curiosité.

Alors voilà. Malgré tout ce soir c’est Wagner qui est sur la platine, parce qu’il va bien avec le temps qu’il fait, et qu’hier soir je me suis endormi sur le 3e acte de Tristan (sur un petit écran de télé, et en sourdine pour pas réveiller la maison, j’ai des circonstances atténuantes — mais je me rattrape aujourd’hui).

N’empêche. Wagner est mort. Béjart est mort. Stockhausen est mort. Pierre Henry est bien vivant. Bon anniversaire Monsieur Henry.

Photo : Didier Debril, extraite de son interview de Pierre Henry.

P.-S.

Au fait, notre hyper-président, qui communique sur tout, et aime l’art et les artistes (Johnny, Mireille Mathieu, Enrico Macias...) c’est curieux, il n’a pas encore communiqué, ni sur l’anniversaire de Pierre Henry, ni la mort de Karlheinz Stockhausen. C’est pourtant pas dur, de se fendre d’un petit communiqué !