Café du Commerce
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Antidote

12-01-2008

C’est pas bien, et je m’en excuse, les mises à jour du Café du commerce ne sont pas régulières, ni fréquentes depuis quelques temps. Plusieurs raisons à ça, dont la flemme et d’autres préoccupations.

Mais la raison principale est peut-être, finalement, la révolte quotidienne et permanente, devant le spectacle pitoyable et lamentable autant qu’humiliant et inquiétant, que nous donne en permanence certain guignol qu’il n’est pas, plus nécessaire de nommer ni même évoquer ici.

Donc, ce bistrot où j’aimais bien, de temps en temps, pousser un coup de gueule, je n’y vais plus. Trop de bruit, trop de publicité pour le Berlusconi français, terminé en ce qui me concerne. C’est sans doute sur d’autres sites et dans d’autres structures qu’il faut agir, et ne pas continuer à alimenter la pompe. Pour autant ne pas baisser les bras.

Donc, on ne parlera plus ici que de ce qu’on aime, ce que l’on trouve beau. C’est peut-être une façon aussi, de résister, et lutter.

Hier est arrivé à la maison, via Ebay et après une erreur d’aiguillage, le livre Claude Batho, photographe, dont je rêvais depuis longtemps. J’avais découvert quelques images de Claude Batho dans le défunt Photographies Magazine il y a des années de ça, et jamais oubliées depuis. Mais je n’avais jamais fait l’effort de rechercher le bouquin, et il est désormais là, à côté de moi.

Comment parler de Claude Batho sans être banal, mièvre, à côté de la plaque ? Ses images sont l’exact négatif de ce qui nous agresse à longueur de médias. Simplicité. Authenticité. Tendresse. Humanité. Humilité. Pudeur. Images qui arrêtent le temps, et sur lesquelles le temps n’a pas prise. Des patates dans l’évier. Une éponge sur la baignoire. Une fenêtre, de l’intérieur. La même, de l’extérieur. Le portrait du père, avec un reflet sur le visage. Un rayon de soleil sur une assiette. Deux vieilles dames près d’un lit. Des photos qui sèchent. Une petite fille sur un canapé. Un enfant qui dort. Une toile cirée neuve sur la table. Le lit défait au matin. Un bouquet de persil dans un bocal de confiture, ou peut-être de cornichons. Une bouilloire sur la cuisinière. Harmonies. Silence.

Toutes ces choses qui font notre quotidien, notre vie, et que Claude Batho nous montre de façon qu’elles résonnent au plus profond de nous. Des odeurs qui reviennent, des sons, des images d’enfance enfouies ou oubliées.

Relativement peu connue, pour moi maintenant c’est une évidence : Claude Batho est une immense photographe, de ces artistes dont le travail est une planche de salut en ces temps où médiocrité et vulgarité sont érigées en système de valeur.