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Photographes

13-04-2008

Ce sont les deux sites de photographes que j’aime le plus. Ni l’un ni l’autre ne sont des professionnels de la profession, ni des gens célèbres. Mais les deux ont une authenticité, voire une profondeur, qu’on ne trouve pas forcément sur les sites de photographes plus connus dont le travail alimentaire empiète parfois sur la sincérité. Ce sont des sites d’amateurs, de gens qui aiment, passionnément, la photographie.

Maury Perseval se décrit lui-même comme un monomaniaque. Il a démarré son journal voilà trois ans, à la suite de graves soucis de santé et avec un appareil photo numérique neuf offert par sa compagne, comme on offre un jouet à son enfant malade. Au départ simple compte-rendu de prise en main de l’appareil, son blog a évolué vers un feuilleton ponctué d’escapades normandes, de balades du chien (Saskia) sur la plage, d’instants ordinaires ou privilégiés de sa vie. Et toujours, la présence élégante et un peu mystérieuse, comme d’une passante Baudelairienne, de son épouse que l’on sent actrice et co-productrice à plein temps de ce journal. Depuis trois ans Maury publie une image par jour ; forcément elles ne sont pas égales en force mais toujours intéressantes. Le blog de Maury est le premier que je regarde chaque jour, un peu comme on regarde par la fenêtre le temps qu’il fait.

On s’est connus un peu par hasard — mais non, en fait, pas de hasard — car il est aussi à l’origine du site de Fernand Michaud, photographe pour qui nous avons une commune admiration (et dont l’influence est sensible dans les images de Maury).

Il m’a redonné l’envie de faire des photos après quinze ans d’interruption, et je l’en remercie.

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Droits réservés Maury Perseval

L’autre site, très différent, est celui de Maël Bilquey. Je l’ai découvert tout récemment car nous participons à un même forum photographique, sur lequel il intervient à sa manière : discrète, sensible, précise.

Maël pratique la photo depuis quinze ans, c’est à dire qu’il a commencé quand moi j’ai arrêté. Je ne dis pas ça pas pour rapporter à moi son travail, mais parce que les images de Maël sont ma plus forte émotion photographique depuis la découverte de Claude Batho, et que ses photos sont très exactement celles que j’ai essayé de faire pendant une dizaine d’années, avec beaucoup moins de réussite que lui ; je le ressens un peu comme un frère en photographie (ayant aussi un autre frère photographe, mais dont le regard n’est pas le mien).

Maël Bilquey est un rêveur méditatif, un rien triste, mais toujours ses images ont une vie propre, et il a une perception de la lumière d’une finesse extrême.

Il fréquente assidûment les landes, chapelles désertées, cimetières oubliés du Limousin, ce qui ne l’empêche pas d’être aussi à l’aise dans le paysage urbain. Les rares nus et portraits qu’il propose sur son site sont aussi des merveilles de délicatesse (voir l’extraordinaire photo de Jeanne, et son troublant hommage à Lewis Carroll, dans sa galerie « avant-hier »).

Maël — que je ne connais pas personnellement — est un jeune type, réparateur d’appareils photos anciens de son métier, c’est dire en cette époque ou règne l’objet de consommation numérique jetable, à quel point la photo a pu entrer dans sa vie (comme aurait dit ma grand-mère : « autant se mettre marchand de chiens »).

Il utilise donc pour ses prises de vues, toute une panoplie d’appareils insolites, souvent des vieux soviétiques comme les Zorki, Kiev, Moskva, ou les plus classiques chambres Linhof ou le Rolleiflex. Autant généralement je pense que l’appareil n’a qu’une importance très secondaire (l’essentiel étant de se sentir bien avec), autant dans le cas de Maël Bilquey je trouve que ces choix techniques donnent à ses images une patine, une authenticité et une présence très personnelles. Ce n’est pas tant une question d’optique (sur des images de 600x400 pixels on ne voit guère de différence entre une chambre grand format et un quelconque 24x36 ou compact numérique) que de la façon dont l’appareil accompagne le photographe, et influence son jeu comme un grand violoniste ne jouera pas de la même façon un Stradivarius ou un Guarnerius.

Voilà. C’est peu de dire que j’aime et admire son travail. Ce jeune homme est un artiste rare et discret, et de sa galerie aux mises à jour parcimonieuses, je ne me lasse jamais.

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Droits réservés Maël Bilquey