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De la difficulté de manger du moineau

14-06-2008

J’aime bien les oiseaux en général, surtout les choucas et les pies, à l’exception des pigeons, ces rats à plumes, et dans une moindre mesure les goélands qui m’empêchent de dormir quand je suis chez ma mère aux Sables d’Olonne.

Je n’aime pas manger les oiseaux. Sauf le poulet, qui est gros, bête, « du blé sur pattes » comme s’en justifiait paraît-il le regretté maître Maharishi Mahesh Yogi qui prônait abstinence et végétarisme à ses disciples, mais ne dédaignait pas à l’occasion se taper la cloche et les jolies filles en quête de spiritualité. J’aime aussi le confit (c’est pas gras le confit), et le foie gras bien que ça me fasse toujours un peu mal au cœur de penser à ce qu’on fait endurer à ces pauvres bêtes pour le produire.

Mais je n’aime pas manger les oiseaux. Donc, les salades aux gésiers, et les cailles, pigeons, et tout ce qui ressemble vraiment trop, dans l’assiette, à du cadavre de bête à plumes. Qu’on juge de mon plaisir la semaine dernière, invités que nous étions chez des copains de copains je n’ai pas encore vraiment compris pour quelle raison, à déguster une salade de gésiers suivie d’un demi (ouf) pigeon aux petits pois. Enfin le vin était bon, la salade et les petits pois du jardin, l’accueil chaleureux ; et comme je suis bien élevé, ça s’est assez bien passé.

Pourquoi je parle d’oiseaux ? Parce que depuis un mois, on suit tous assidument à la maison cette extraordinaire webcam placée dans un nid de faucons crécerelle en Suisse, sorte de Loft Story ornithologique. On a donc suivi la couvaison des cinq œufs, leur éclosion, et le nourrissage des petits. Maintenant les poussins ont deux semaines et commencent à s’alimenter seuls.

Moi j’étais il y a cinq minutes le nez devant mon écran, à me demander ce que diable je pourrais bien raconter sur le blog (c’est pas les choses sur le cœur qui manquent, mais parti pris maintenant, de faire du café du commerce un espace sans Sarkozy et cie, et si possible une bulle de légèreté dans une morosité à laquelle je n’échappe pas plus que vous). Et un des poussins falco-helvète, dans la webcam, essayait de dépecer seul, un moineau, et n’y arrivait pas. Faut dire qu’il commençait par les pattes. Alors j’ai repensé à ma petite phobie alimentaire, en me disant que je n’aimerais pas vraiment être à sa place au bébé faucon, et devoir arracher avec les dents les pattes d’un moineau qui ne m’a rien fait ; et qu’en plus c’est dur, écailleux, et qu’il n’y a rien à bouffer dessus. Je l’encourageais cependant mentalement à attaquer sa bestiole au ventre où c’est plus mou. Mais il s’acharnait, le pauvre, à tirer sur la patte du piaf (à qui ça ne faisait d’ailleurs plus aucun effet).

J’en étais là de mes réflexions quand la mère fauconne est arrivée, a coincé le piaf dans ses serres, l’a proprement dépecé par le bide comme moi j’aurais fait aussi, et nourri son petit, plumes et os compris. Bon, j’étais un peu triste pour le moineau, surtout qu’il paraît que l’espèce est menacée dans les villes ; mais content pour le petit faucon qui après avoir copieusement fienté est reparti dormir avec ses frères et sœurs (helvètes également).

Où veut-il en venir et quelle conclusion générale et géniale va-t-il en tirer ? t’ouïs-je d’ici questionner in petto, ô internaute ami. Ben, désolé, mais pour cette fois je n’en ai pas. C’est juste que si j’étais faucon crécerelle, sans doute j’aimerais manger du noiseau, mais en attendant décidément non, je n’aime toujours pas.

Messages

  • Un grenier dogon était divisé en huit compartiments. Ces huit divisions (réceptacles de graines à répandre chez les humains) étaient aussi l’image des huit principaux organes du Génie de l’eau, comparables à ceux des hommes et auxquels s’ajoutait le gésier, car le génie a la vitesse des oiseaux.(in Greniers dogons Jean-Gilles Badaire Fata Morgana)

  • Suis allée y voir. Du mal à admettre ce que ça veut dire. Cet oeil partout.

  • Lu dans les Notes d’écriture (02/05/2008) de Thierry Beinstingel :
    “[Après refus en janvier d’un nouveau manuscrit] j’ai remis le couvert sous la forme d’un Bestiaire. On verra ce que ça donne ces histoires où les pigeons voisinent avec des lapins et des poules.(...) C’est étonnant, pas forcément bucolique,ça se tient plutôt bien.”

  • Dernier message (sur ce texte) de l’envahisseuse. Nous regardons le nid de faucons chaque jour en famille (2 personnes chez nous la famille depuis que l’oiselle s’est envolée du nid). Ils sont trop "chou" ces oisillons !
    Aurial s’est moqué de ma phobie des webcams (faut dire que je lis bcp de polars):comment veux-tu que les scientifiques fassent leur travail.