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Fratres

19-06-2008

Mon père, décédé en 2000, avait un cousin qui était pour lui comme un frère.

Sans doute parce que mon grand-père Eugène, et son propre frère, René, étaient paraît-ils très liés. Mon père aussi était un René, comme son oncle, et je réalise seulement ce soir cette coïncidence qui ne peut en être une. René 1, donc, le grand-oncle, tailleur de pierres comme son père, est mort jeune ; je ne l’ai pas connu. Eugène, le mécano, a vécu 96 ans.

Les deux familles passaient les dimanches ensemble, et la tante Edwige qui était institutrice, et par ailleurs cousine germaine des deux frères, gardait les quatre enfants pendant les vacances (un mot que ne connaissaient pas mes grands-parents). On m’a montré les moules à tarte géants confectionnés par Eugène dans des fûts d’huile moteur, pour les pâtisseries que ma grand-mère Hélène préparait pour les déjeuners où ils se retrouvaient tous à la Faute sur Mer. Les cousins donc élevés ensemble : René et Jean-Marie, les garçons, Michèle et Mimi, les filles. Le tonton René disparu prématurément, Eugène avait statut de père de substitution au moins pour Jean-Marie, qui me l’a dit, alors que la tante Edwige était comme une seconde mère pour ma propre tante (qui me l’a dit aussi).

Les relations entre mon père et sa sœur ont toujours été difficiles, le véritable frère, et toute sa vie le meilleur et peut-être seul véritable ami de mon père, c’était son cousin.

Pour nous les gosses les trois enfants du cousin c’était donc aussi nos cousins, point. Faut dire que du côté Bon, on n’en avait pas d’autres connus, tous nos autres cousins germains étaient du côté maternel. Leur père Jean-Marie c’était plutôt comme un oncle, et on l’aimait bien, parce qu’il était de ces adultes qui ont le don, la sagesse rares, de savoir s’intéresser à la génération suivante, lui parler et surtout l’écouter. Avec toujours un bon sourire et le regard bleu de mon grand-père (curieux comme avec l’âge les gênes ressortent, et les ressemblances s’accentuent : âgé, le neveu avait les traits de son oncle).

Dans ma petite enfance, on se voyait aux vacances à la Tranche sur Mer. Nous dans la maison des grands-parents ; "les Bon" dans un bungalow en bois, puis une villa qu’ils avaient construite deux-cents mètres plus loin. Ensuite les miens de parents ont quitté définitivement la Vendée pour cause de vacances impossibles dans ce pays où ils avaient vécu des décennies et étaient connus comme le loup blanc : pour mon père, c’était tous les jours enterrements ou mécanique, pour ma mère, cuisine et vaisselle. Les cousins on les a perdus de vue plus ou moins... Sauf que curieusement, hasards de la vie, des retrouvailles, chacun de nous les trois frères est redevenu proche, voire très proche, d’un(e) des trois de Jean-Marie. Chacun le sien ou la sienne, pour moi c’est la cousine...

Bon rien d’exceptionnel ces histoires de famille. Si j’en parle c’est juste que Jean-Marie, le cousin, le frère de mon père, est mort cette semaine. On s’y attendait et on l’attendait. Pour moi c’est pas vraiment de la peine. J’avais plutôt de la peine avant, de savoir que cet homme que j’aimais bien, qui fut sportif, brillant, ouvert et tolérant, réussissant tout ce qu’il entreprenait, s’était vu diminuer petit à petit, et en souffrait énormément tant qu’il en a eu conscience ; ensuite juste la vie qui s’accroche.

Demain on l’enterre. Il y aura ma cousine Sylvie que je vois de temps en temps, ses deux frères que je n’ai pas vu depuis des années et ne connais quasiment pas, mais qui sont chacun comme un frère pour un de mes frères à moi. Avec ces deux-là c’est une autre histoire : on ne vit pas très éloignés géographiquement, on se ressemble comme des jumeaux, on s’aime et on s’entend comme des frères, comme larrons en foire, on se comprend sans se voir, se parler, juste par mails, par blogs, par télépathie, jamais par téléphone qu’on a en égale horreur... ça passe, quand bien même physiquement on ne se rencontre pas souvent.

C’est juste que je réalise ce soir que la dernière fois qu’on s’est retrouvés ensemble tous les trois, c’était pour l’enterrement du nôtre de père, il y a huit ans. Il n’y avait pas beaucoup de monde, ma mère et lui sans doute aussi l’avaient voulu comme ça. Juste sa femme, ses enfants, petits-enfants, le cousin Jean-Marie forcément, ma cousine Sylvie, et deux voisins. Putain huit ans déjà, et on ne les a pas vus passer.

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  • Iris, fille de l’Océanide Electre et du titan Taumas, attachée à Héra épouse et soeur de Zeus, unit la terre au ciel.
    Au japon, chaque 5 mai, les bains d’iris ont une vertu protectrice.