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Cap ou pas cap ?

02-07-2008

Vendredi vacances.

Cette année, j’ai un programme de vacances : me remettre à l’eau. J’ai été quelques temps, dans les dernières années en Bretagne, un fana de nage avec palmes. Ici en Charente-Maritime avec le fleuve devant la maison et à 15 km de la mer un comble, je ne nage plus ou presque depuis 4 ans. Pourquoi serait trop long à expliquer, mais c’est comme ça.

Dans les deux premières années j’allais à l’école en vélo, 4 km à chaque fois, donc 8 à 16 par jour, c’était bien pour garder une petite forme. Ensuite fait un peu de footing, mais suite à une bête entorse je ne peux plus courir. Donc depuis deux ans, avec changement de poste aussi, c’est bagnole-ordinateur-bagnole-ordinateur, résultat un certain relâchement général, et abdominal en particulier, avec l’impression de ne plus savoir nager en me remettant à l’eau pour première fois la semaine dernière (autrefois je commençais à Pâques).

Donc, je me suis dit : juillet, pas de sous, et en attente des résultats concours/orientation du grand bêta, on ne bouge pas, je me programme une remise en forme genre James Bond dans Dr No, je crois (le livre, pas le film, faudra que je demande au spécialiste maison).

Le programme c’est donc :
- 8h balade du chien
- 9h p’tit dej
- 10-12h piscine
- 18-19h yoga
- et selon marées (faut bien viser ici, sauf à transformer la baignade en bain de boue) nage avec palmes en mer ou fleuve 1/2h à 1h.

Avec en plus, et sans doute le plus difficile mais je compte sur mes femmes pour lutter contre mes faiblesses :
- plus qu’un seul apéro/semaine (je ne vous dis pas combien sinon) ;
- pas de rab’ des plats ;
- seulement 2 carrés de chocolat au lieu des n+1 habituels après chaque repas.

Savoir si je m’y tiendrai c’est une autre histoire sachant que mes bonnes résolutions du 1er janvier tiennent généralement jusqu’au 3.

Mais voilà : aujourd’hui des amis bretons viennent d’inviter Jonathan une semaine en vacances chez eux (il est resté pote depuis toujours avec leur fils de son âge, on a une certaine habitude de ces échanges picto-breizhous). La date proposée, c’est la semaine du 21 au 28. Donc il faudra conduire le Coco-Joli en Bretagne, pour cette date-là.

Et, il se trouve que, le 19 juillet, c’est... c’est...

LA TRANSPLAGE DE PERROS-GUIREC !!!

Ça n’a pas l’air de vous soulever d’enthousiasme ? C’est que vous ne connaissez pas la Transplage.

La Transplage, c’est la plus belle course de nage avec palmes au monde, dans le plus beau paysage du monde, dans les eaux les plus claires du monde, entre la plage de Trestraou et la plage de Trestrignel à Perros. On part en troupeau, la mer devient blanche de l’écume des palmes ; dans la première minute on se prend plein de coups de palmes dans la figure (et ça fait mal, les palmes en fibre de verre ou carbone) ; à la deuxième minute les vrais nageurs sont loin devant, on a enfin de la place pour nager, et à la troisième et on se retrouve tout seul, avec une île à z’oiseaux en ligne de mire, à palmer dans les vagues. Il y a quatre kilomètres à parcourir, et manquer de se noyer à chaque respiration dans le tuba toujours plein d’eau quand il y a du clapot. On fait le tour de l’île à z’oiseaux, toute blanche de caca de z’oiseaux, ensuite on vise bien la bouée, on la contourne sauf si on est comme mon neveu champion de nage avec palmes, mais pas d’orientation [1], et on arrive à fond les balais sur la plage où on se laisse mourir de bonheur et de fatigue.

La Transplage, c’est aussi l’avant-course où l’on s’entasse tous déguisés en otaries dans le bus de la mairie, où on jauge en douce les autres concurrents : les ados, les jeunes, les vieux. Les monopalmeurs, les bi. Ceux qui viennent là pour gagner la compétition ou tenter de, ceux qui viennent juste pour le plaisir. Les palmeurs en combinaison fine qui s’enfile comme un préservatif et longues palmes en fibre, les triathlètes avec leur combine qui s’ouvre de haut en bas pour sauter plus vite sur le vélo, les chasseurs et plongeurs en combi plus épaisse et palmes de plongée ou chasse, et les vacanciers en shorty Décathlon et palmes itou (car à Perros, on se baigne plutôt en shorty qu’en maillot de bain — c’est la Manche et elle n’est pas chaude). La Transplage c’est aussi cette diversité unique et hétéroclite de gens différents, qui ne se connaissent pas, venus parfois de loin juste parce qu’ils aiment l’eau et pour barboter une heure ensemble dans le même paysage.

C’est aussi l’après-course, où l’on se retrouve les jeunes les vieux, les champions et les pépères autour du thé, du jus d’orange et des brioches, et on reçoit le même beau t-shirt Transplage (j’en ai trois, que je porte alternativement et exclusivement tout l’été). Les vainqueurs ont évidemment une coupe. Ça m’est arrivé deux fois, dans d’autres compétitions, généralement parce que seul dans ma catégorie vétéran. Ça fait plaisir sur le coup, mais ensuite ça prend de la place et la poussière, sauf à les refiler pour la fête de l’école. Alors qu’un t-shirt c’est toujours utile surtout l’été ; et puis quand il est trop vieux ça fait un pyjama tout doux, puis troué ça sert encore pour le bricolage ou la peinture, et enfin de chiffon. Un t-shirt Transplage, c’est au minimum 5+5+3+2=15 ans d’amour.

La Transplage, c’est enfin le souvenir la dernière fois que je l’ai faite, de ce diable d’homme qui à 78 ans avait nagé ses 4 km dans un méchant clapot et vent contraire, était arrivé au milieu du peloton peu après moi. Je m’étais juré intérieurement que croix de bois croix de fer, je serai là moi aussi à 78 ans, avec les palmes. Et même demandé, si ça ne serait pas le but ultime dans la vie, faire la Transplage à 80 balais, et ensuite pouvoir mourir heureux et fier.

Mais entre temps, déménagement. Si la mer est proche, la Bretagne est loin, le carburant est cher, et depuis quatre ans pas d’entraînement et trop d’apéros et d’ordinateur donc hors de question d’aller claquer deux pleins pour barboter une heure dans la Manche et risquer l’infarctus, tout ça pour un t-shirt. Alors depuis juillet 2003 la Transplage n’est plus que beaux souvenirs, et les comptes-rendus annuels que j’en lis sur Internet en soupirant, et que tiens, un petit malt pour se consoler, ou un carré de chocolat, selon l’heure...

Et voilà que cette année, pile-poil, reçue aujourd’hui l’invitation du Coco-Joli qui tombe le week-end de la Transplage. Juste au moment où je viens de me fixer comme objectif de pouvoir entrer à nouveau dans la combinaison de nage (une Topstar faite sur-mesures à l’époque, ce qui ne facilite pas l’enfilage aujourd’hui) sans risquer l’apoplexie, et pouvoir nager à nouveau une distance décente — disons 4 à 6 km — sans problème. Donc, il me faut monter en Bretagne, pour ne pas priver ces deux pauvres garçons séparés par le destin, d’amitié, de retrouvailles et de vacances ensemble ; et tant qu’à y être, de Pontivy à Perros, il n’y a qu’une heure et demie. Et puis il me faut un nouveau t-thirt pour épauler les trois autres bien fatigués, et offrir au plus vieux une pré-retraite bien méritée dans la pile des pyjamas. Et puis Poune pourra venir aussi et passer le week-end avec sa sœur Anaïs (je n’y suis pour rien, ni sa mère, mais c’est quand même sa sœur). Et puis les copains, et puis... — te fatigue pas, j’ai compris, si tu veux te ridiculiser après tout c’est ton problème.

Oui c’est vrai : c’est dans 16 jours, j’ai cinq ans de plus, six ou sept kilos de trop, le souffle court, le genou en vrac et l’impression de nager comme une centrale à vapeur. Mais têtu je suis, comme un breton, et j’aime bien ce genre de défi idiot comme dans une vie antérieure passer à 40 ans le BNSSA.

Donc 16 jours, pour passer de l’état de grosse loche ramollie, chocolatomane et alcoolo-dépendante [2] à l’état non pas d’athlète, faut pas rêver, mais de bonhomme capable de rentrer dans la Topstar sans recours à la vaseline, et de nager quatre kilomètres dans le clapot, qui peut être à Perros, court, et épuisant.

Alors le voilà, le challenge de l’été. Sur ce, je vous quitte pour essayages, ensuite on file à la plage, ça tombe bien, la mer sera haute, et il y aura sans doute du clapot. Kenavo a wech’all.

Portfolio

P.-S.

Rentré de la plage sain et sauf, entré seul dans la combine, nagé 300 mètres sous la pluie et dans petit clapot, et extrait de la combine avec l’aide de Poune. Le chien perplexe. Pas d’apéro. Ce soir, melon-coquillettes-salade. Rosé : 1/2 verre c’est tout. Félicitations étonnées de Madame.

Notes

[1Hugo je peux me moquer, je me suis rallongé aussi d’1km sur la descente de la Rance il y a qq années, et erreur de parcours aussi sur la ria d’Étel... sauf que moi je n’étais pas en tête.

[2À la lecture de cette page, je me rends compte que non, je ne suis pas encore tout à fait alcoolo-dépendant. Ouf ! Pour le chocolat, par contre, et selon les mêmes critères c’est clairement oui.

Messages

  • sûr que tu vas la faire cette course ! et si tu essayais de te remettre au hautbois, tu pourrais jouer pour les 90 ans de Grand Charles. autre défi !
    Michèle

  • (Comme dit ms) je ne suis « pas programmée pour » :
    la nage avec palmes (même académiques),
    les voyages en Amérique.

    Suis plutôt programmée pour :
    lire, lire, lire,
    squatter des sites devenus maisons,
    manger du chocolat,
    regarder l’eau qui coule, le temps qui passe (comme l’écrit qqpart JB).

  • Allez faut y aller maintenant ! Le 18 c’est dans pas longtemps...Bien sûr que tu peux le faire, dans quel état tu arriveras c’est une autre histoire que tu pourras raconter après. C’est pas trop dur le sevrage du chocolat ?

  • Ouah quelqu’un qui parle bien de la transplage !

    Je pense que Jean, 81 ans, la fera même s’il a un peu perdu Il a nagé la boucle de Barnénez le 29 juin. Une belle course aussi de 5 kms.

    Vous êtes sûr de la date ? je croyais que c’était le 19/07 à 19 heures.
    L’an passé point de tee-shirt "Transplage" mais un tee-shirt publicitaire d’une grande surface du sport. :-(

    Si je suis par là, je la fais … Nous aurons peut-être l’occasion d’échanger après la course … Je mémorise votre mono. Moi, je nage avec des bi-palmes et même tuba mais noir. Donc nous ne serons pas en concurence dans la catégorie Vétérans !

    Aucune crainte, je nage pour le fun et Jean a la galanterie de ne pas me laisser finir dernière !

    Voir en ligne : La dame de Nage

    • Merci de ce message.

      Oui, c’est bien le 19, et je nagerai en bi, la mono c’était pour frimer sur la photo, avec elle c’est pas 15 jours d’entrainement mais deux mois qu’il me faudrait ! Ce sont aussi des Breier noires, combi Topstar noire itou toute barbouillée de colle néoprène, chaussons Décathlon bleus troués, pas grand, cheveux gris et l’air ahuri, je suis facile à reconnaître.

      Mais quand même le t-shirt Transplage... Je suis déçu :’(

    • Suivi le lien, je reconnais bien l’athlète et content de connaître son prénom. Bravo à toi Jean si tu nous lis, et à bientôt dans l’eau !

  • Viens de lire sur Tiers Livre, dans le « Tribute Poem » que Lucien Suel a lu aux funérailles de William Brown ce vendredi 25 juillet 2008 au Pays de Galles :

    (...)William eating mussels in Perros-Guirec.(...)

    Merci d’afficher le lien. Je ne sais pas le faire. Honte à moi.