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Monts d’Arrée

Monts d’Arrée, au pas de course.

25-07-2008

J’aime particulièrement les bouts du monde, les Finis Terrae.

Peut-être que ça vient de l’enfance, des balades dominicales au bout de la route des Prises, les polders de l’anse de l’Aiguillon. Le sentiment d’être arrivé à la fois dans un nulle part et une extrémité. Savoir qu’on ne peut pas aller plus loin. Et si l’espace autour est grand, l’horizon dégagé, et s’il y a du vent, c’est encore mieux...

J’en ai comme chacun, une petite collection perso, de ces bouts du monde. Qui ne sont d’ailleurs pas forcément des extrémités géographiques, mais peuvent aussi bien être des portes vers d’autres mondes. Le gouffre du Réveillon, la Fontaine Saint-Georges dans le Lot, sont de ceux-ci.

Et puis les Monts d’Arrée et le Yeun Ellez. Le Yeun Ellez, c’est cet énorme effondrement de tourbières, où les anciens Bretons situaient la porte des enfers. Il faut dire qu’il ne faisait pas bon s’y promener, dans les tourbières, au risque de s’y engloutir. Et surtout pas la nuit, dans ces parages fréquentés par Karrigel an Ankou, le char de l’Ankou.

Le Yeun Ellez des anciens n’existe plus. Noyé, englouti par les eaux du lac de Brasparts, au moment de la construction de la centrale nucléaire (la première en France) de Brennilis. Enfin, disons plutôt qu’il se trouve sous les eaux.

La centrale elle-même, est en cours de démantèlement. Quand le chantier sera fini, le monstre radioactif sera englouti dans le béton, comme la porte de l’Enfer l’a été sous les eaux de son lac.

Le Yeun Ellez j’en ai rêvé longtemps dans les légendes, avant de le voir pour de vrai. C’était aussi en été, avec le soleil au zénith j’avais été un peu déçu. Déçu aussi par le Roc’h Trévezel, un des points culminants de la Bretagne, mais qui n’est pas si haut, même si du sommet on voit très loin, pour qu’on se sente réellement en haut d’une montagne.

N’empêche. Après la Transplage je m’étais promis de rentrer par les Monts d’Arrée, et de voir le soleil se lever au sommet du Roc’h Trévezel. Dormi donc dans la voiture (mal), dans une entrée de champ, sans rencontrer l’Ankou. Réveil à 5h30, arrivée dans la nuit encore, et le brouillard déjà, dans les monts. Passé à côté du Roc’h sans le voir. Perdu un peu, demi-tour, et trouvé enfin le sentier d’accès à 6h30.

Trévezel

Pour le soleil c’est fichu, il ne fait même pas chaud, mais dans le brouillard c’est beau aussi... Brève escalade, le temps de se tremper les pieds et le jean (j’aurais dû prendre les chaussures de marche) et arrivée au sommet.

Trévezel

Le Roc’h Trévezel, c’est une crête plus qu’un sommet. Dans le soleil les rochers m’avaient semblé plus petits. Dans le brouillard ils ont quelque chose de majestueux, déchiqueté, que je n’avais pas ressenti autant lors de ma première visite. Le vide est noyé dans la brume, on pourrait se croire très très haut... J’y passe un petit moment, le temps de réaliser que pour le soleil c’est pas la peine ce matin, il faudra revenir (plus de photos dans la galerie).

Voiture. Route jusqu’au Mont Saint Michel de Brasparts, la tête dans le nuage. Deux camping-cars endormis sur le parking (comme s’ils n’avaient pas d’autre endroit, pour garer leurs boîtes de conserve à roulettes et pioncer, que ce lieu sacré ?) Au pied de l’escalier menant à la chapelle, une pancarte explique que les 4x4, pour la lande, c’est pas bon, de même que les VTT et les chevaux. Ça me surprend toujours un peu, de voir qu’on met les chevaux dans le même sac que les pétarous, même si effectivement ils piétinent aussi. Mais j’ai plus d’estime pour les cavaliers, ces gens « qui ont de l’intelligence dans les fesses », que pour les guignols qui ont besoin de quatre roues motrices pour traîner leur gros c... dans la nature. Voilà, c’est dit.

J’attache donc mon cheval à la barrière prévue à cet effet, et monte l’escalier menant à la chapelle.

Chapelle

En haut c’est comme au Trévezel, même humidité opaque... L’herbe rase rappelle un peu les lapiaz de la Pierre Saint-Martin. Mais pas de gouffres ici, on est sur des schistes. La chapelle a une austérité qui va bien avec le lieu. J’aimerais bien entendre la cloche dans le brouillard... mais elle reste muette. Dommage.

Je reprends mon cheval, pose les Nikon en vrac sur le siège passager, et redescends vers le monde civilisé.

C’est alors seulement que j’ai vu le jour commencer à se lever sur le lac, les bouches de l’Enfer, et la centrale nucléaire endormie.

Yeun Ellez

Messages

  • Un jour aussi j’irais, à la rencontre des elfes, cette Bretagne là pleine de magie me fais frissonner.
    La pointe de l’Aiguillon c’est par là, http://lapossonniere.canalblog.com/archives/2008/02/14/7956412.html
    chez des amis qui habitent Saint Denis du Peyré, zone bien connue des Bon !

  • Au milieu des années 90, alors que nous démarrions, à la Ligue de l’enseignement des Hautes-Pyrénées (FOL 65), notre Festival de Contes en Hiver (qui en est à sa 13e année), nous avions reçu, parmi d’autres artistes, Alain Le Goff, conteur de son métier, breton, et il avait dans sa besace des tas d’histoires sur les Monts d’Arrée. J’ai recherché dans mes archives, dans les revues auxquelles j’étais abonnée. Pas moyen de remettre la main sur une de ces histoires. Dommage. Je me les serais volontiers remises en bouche pour les faire partager.

  • Toujours intéressant de découvrir la vision des autres.
    Pour moi, la Montagne, c’est quand je vais dans le Sud [Finistère] … Souvent le temps change. J’ai mis en lien une note.

    Pour les chevaux, je suis en partie d’accord pour l’interdiction. Ils détruisent les sentiers côtiers ou les aménagements des anciens chemins … simple problème de masse.

    Voir en ligne : Monts d’Arrée

  • Moi aussi j’aime les bouts du monde. Quand j’aurai du temps et de l’argent, j’irai au Cap Horn. En attendant je me contente d’en rêver. Beaucoup plus abordable, à 30 km de la maison, l’église de Soulac sur Mer joliment nommée Notre Dame de la Fin des Terres, et quelques kilomètres encore, la jetée du Port du Verdon. Mais celui que je préfère, c’est le bout du bout de la plage d’Hendaye. Quand j’étais petit, j’y allais avec mes parents quand nous étions en balade dans le coin. C’était assez sauvage, de l’autre côté de la baie on voyait les maisons de Fontarabie, c’était l’Espagne, une "terra incognita". C’était aussi et surtout la concrétisation de la carte, là où la ligne de pointillés qui parcourt les Pyrénées s’arrête sur le trait de la côte. Se trouver dans un endroit ainsi repérable me procure une joie indicible. Qu’est ce que ça veut dire, docteur, c’est pas grave au moins ?