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Vide-cagibi

14-08-2008

J’ai été fan de brocantes et vides-greniers, à une époque où je croyais qu’on pouvait y trouver des objets de rêve (pour moi, principalement des appareils photo et des instruments de musique) à des prix ridicules. Comme ce copain de forum qui a trouvé un Rolleiflex à quinze euros. Moi le mieux que j’ai trouvé en 20 ans de brocante c’est une guitare basse fatiguée, pour 30€, un Minox qui ne marche pas, 10€, et une table lumineuse pour diapos, 7€. Ah si, un gros recueil des sonates de Mozart, dont j’ai oublié le prix, et que je suis incapable de jouer. Ça ne paye pas l’essence et le temps passé à se fatiguer les yeux sur le déballage de la petite misère quotidienne des familles : les romans à l’eau de rose, les aquariums fêlés, blousons de moto, fringues de bébé, peluches, les K7 de Stallone ou la collection de couvercles de chiottes (je ne sais pas si j’en ai vraiment vu, mais vous comprenez l’idée).

De temps en temps on en a fait aussi comme vendeurs des brocantes, et tenté de faire quelques euros avec ce qui ne sert plus. C’était pas beaucoup plus brillant que la concurrence, ce que la petite proposait (moi j’assurais garde des enfants et préparation du pique-nique) : mais quand même un cor de chasse, une baïonnette de la guerre 14 qu’Ebay m’avait refusée et que je craignais toujours de voir transpercer un de mes drôles (même si moi j’aimais bien jouer à Zorro avec, dans l’atelier du grand-père, et que j’ai regretté ensuite un peu, cet engin de mort ramassé par ma grand-mère sur les champs de bataille, où l’école l’avait emmenée en voyage scolaire en 19 ou 20). Un agrandisseur portatif acheté aussi en brocante un an avant. Une guitare espagnole made in china à la table fêlée. Et puis des merdes, comme tout le monde.

Pour se débarrasser, et faire un peu de thune avec ce qui est vendable, maintenant c’est plutôt Ebay, que les vide-grenier, auxquels on réserve les invendables justement. Sont partis comme ça les fringues de pompier (incroyable comme c’est parti vite, et cher), quelques bouquins et appareils-photo, l’orgue Éminent, et puis diverses bricoles. Pas une fortune mais on ne peut pas tout garder non plus.

Et puis l’autre raison, c’est que pour les loisirs, avec le découvert chronique on fonctionne en flux tendu : pour payer un nouveau jouet, j’en vends un qui ne m’intéresse plus. Le problème, c’est qu’à force, le « capital jouets » diminue, et que parfois, effectivement on regrette : le piano Fender Rhodes, vendu 1500 francs, qui vaut une fortune maintenant que c’est un instrument vintage ultra-recherché, alors qu’on en trouvait dans les poubelles au début des claviers numériques. L’appareil photo Hasselblad, vendu pour acheter un ampli pour la guitare, lui-même revendu largement à perte quelques temps après. Deux objets qui n’auraient jamais dû quitter la maison.

Mais le problème, avec les instruments de musique, majeur, c’est que sans travail, travail de tous les jours, ça ne mène à rien d’autre que la collection. Qu’il ne suffit pas d’acheter une guitare pour savoir jouer de la guitare. D’avoir une basse, pour jouer de la basse. Des claviers et un pédalier, pour jouer de l’orgue. Ça je le sais bien, depuis lurette, mais périodiquement je retombe dans le panneau, car j’aime les instruments de musique autant que la musique en fait. Mais au final, frustration et abandon à la poussière.

Donc voilà. Actuellement la tendance, la motivation, n’est plus tant aux claviers numériques et à la musique avec ordinateur (ça m’intéresse aussi beaucoup moins les ordinateurs, et même ça m’ennuie), qu’à un retour au bon vieux piano, voire à l’orgue à tuyaux véritable quoique un peu essouflé, auquel j’ai le privilège (trop peu consommé) de pouvoir accéder.

Et, vous l’aviez peut-être remarqué, à la photographie. L’avantage de la photographie sur la musique, la natation ou la danse, c’est que ça se travaille aussi, mais surtout dans sa tête, et ça ne nécessite pas de gammes, de longueurs de bassin ou une barre quotidiennes. Juste de la curiosité, de l’ouverture, et des bouquins — de photo ou d’autre chose, je dirais même plutôt, d’autre chose.

Mais malgré tout, c’est un peu comparable. Pour faire des photos, il suffit comme disait Jeanloup Sieff, d’une boîte d’allumettes (modèle ménage) percée d’un trou. L’appareil n’a pas plus d’importance, que n’en a la marque du pinceau pour le peintre, de la machine à écrire pour l’écrivain (un ordinateur est une machine à écrire), ou du piano pour le pianiste. Sauf que, là aussi, quand on manque simplement d’imagination, ou qu’on ne travaille pas assez dans sa tête, on pense toujours que changer d’appareil va changer la donne. Alors on achète un nouvel objectif, ou un nouvel appareil, on change de pellicule ou de révélateur et on est content pendant quelques jours ou quelques semaines. Et puis on se retrouve encore sans avoir rien à dire, et à penser qu’avec un 6x6 par exemple, on ferait de bien meilleures photos qu’en 24x36. Ce qui évidemment, se révèle généralement faux. Quand on n’a rien à dire, on peut le dire en couleurs, en carré, en grand, en relief, mais ça n’est pas plus intéressant ni intelligent qu’un discours de [votre homme politique préféré].

On le sait ; mais rares sont les gens, parmi les amateurs surtout, qui ont la sagesse de se contenter d’un honnête boitier avec la focale standard, ou simplement de ce qu’ils ont déjà. La collectionnite est une maladie extrêmement courante, et contagieuse, chez les photographes. Et quand ils ont tout essayé, alors ils découvrent le charme du compact familial, du jetable ou du Holga. Je n’échappe pas à la règle. Et depuis quelques temps, envie d’un nouvel appareil, différent de tous ceux que j’ai eu jusqu’ici, différent de ceux qu’utilisent la plupart des gens (déjà, rester en argentique, c’est accepter la marginalisation, mais on peut vouloir aller plus loin dans la différence assumée, et continuer à vouloir se faire croire que oui, c’est un Steinway qui nous permettra de jouer cette partita de Bach).

Seulement voilà : cet appareil support d’illusions, même d’occasion et relativement accessible, il faut malgré tout le financer, sans toucher au très fragile budget familial.

Alors, on débarrasse :
- la guitare (payée par une semaine de ramassage de la merde de l’Érika sur les plages bretonnes en 2000), presque encore vierge, et vieille habituée d’Ebay ;
- la basse (trouvée en broc et amoureusement restaurée) ;
- le pédalier d’orgue tout aussi amoureusement restauré ;
- un clavier MIDI ; je garde le deuxième quand même pour le moment, on verra bien selon ce que donnent les enchères.

Reste à décider du sort :
- du vieux Mac Powerbook, qui n’a aucune valeur marchande, et que l’on m’a offert, je n’aime pas vendre les choses que l’on m’offre ;
- de la combinaison de nage 5mm qui n’a pas servi depuis 4 ans, et dans laquelle je ne suis pas certain de pouvoir rentrer encore (mais au cas où je voudrais nager Amboise-Tours l’hiver prochain) ;
- de quelques partitions (piano et orgue je garde, Trénet aussi, Django c’était peut-être un peu présomptueux et à l’orgue à tuyaux Nuages ça doit pas trop le faire).

Après quoi, on y verra plus clair. Comme si faire de la place dans le cagibi, c’était aussi faire le ménage dans sa tête ; savoir ce qui est essentiel et ce qui ne l’est pas, ce dont on a besoin, et ce qui n’est que témoin d’une passion éteinte. Comme on enlève du bouquet les fleurs fanées pour le faire durer encore quelques jours, et y croire encore. Ou laisser de côté la vieille peau pour permettre à la nouvelle de pousser, comme ces mues de couleuvre que je trouve l’été sur le toit.

Alors à ce moment, on pourra, certainement, faire avec le nouvel appareil toutes ces images qu’on a dans la tête, et qui n’en sortiraient jamais autrement. Forcément.

Messages

  • Bin c’est quoi ce nouvel pareil photo qui fait envie ?
    Comment c’est possible que les photos que l’ont prend avec ses yeux ne sont jamais si bien sur la péloche ?
    Après 15 jours d’errance à Lisbonne je suis loin d’avoir ramené les images que j’avais imaginé ! mais sans doute j’avais pas l’appareil adéquat !

    Voir en ligne : http://lapossonniere.canalblog.com

    • me semble que ma guitare Ibanez à fleurs (celle de mes années étudiantes) tu l’avais cependant vendue sans me demander !
      oui, dommage pour la baïonnette, me souviens parfaitement de l’objet, mais je ne savais pas l’origine

      Voir en ligne : TL

    • Calomnie ! Je t’avais demandé. Tu m’avais répondu et je m’en souviens parfaitement, que tu ne saurais jamais jouer convenablement de la guitare, et que même si un jour tu t’y remettais, ça ne serait pas sur celle-ci... et donc que je pouvais en faire ce que je voulais... Cette guitare a payé mon Nikon FM, si le tu veux je te l’offre ! J’ajouterais que tu m’avais bien spécifié en revanche de ne pas vendre par contre l’ampli Gallien Krueger, que je t’ai rendu, sans quoi j’aurais depuis 20 ans, un Leica M. 

      Sans rancune ?!

    • Quel appareil ? C’est un peu tôt pour en parler ici, même si j’en ai parlé ailleurs... Ça viendra en temps et en heure ; et ça sera l’occasion de raconter son histoire. Amitiés.

    • Moi je sais, moi je sais c’que ’c’est, nananè-reuh ! :D

    • non, c’est bon, je garde ma Gibson !

  • Non content de vider le cagibi, tu tries patouille la Galerie.
    Chaque jour, de nouveaux clichés. Choix de plus en plus cornélien.