Café du Commerce
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Tout fout l’camp

13-09-2008

Pour une passerelle disparue.


Il y a comme ça des trucs inutiles, auxquels on ne fait pas vraiment attention, et dont finalement on ne peut pas se passer.

Pour les promenades du chien, on a grosso-modo trois itinéraires, avec des variantes, mais le plus souvent ça passe par les quais le long de la Charente. Normal, l’attirance toujours, de l’eau qui coule. En plus, ici, un coup dans un sens, un coup dans l’autre.

Au bout du quai, c’est une vague zone industrielle, avec la gare détruite l’année dernière, même si quelques trains s’arrêtent encore pour les gens qui vont bosser à La Rochelle, et l’usine de boulets de charbon plus que centenaire, où bosse depuis ses 14 ans le copain Bruno. Usine anachronique, avec ses machines du XIXe siècle, et qui est vouée à fermeture au profit selon la rumeur, d’un parking pour bateaux de plaisance (je préfère pour ma part et de loin, la poussière du charbon, le noir des presses, et les odeurs de brai).

Plus loin, une zone portuaire avec le terminal céréalier et son silo, le stockage de déchets de bois, et la sablière. On a pas le droit d’y aller, c’est clôturé, mais on peut quand même en passant par la voie ferrée, c’est un drôle d’endroit où l’on croise des lapins par dizaines, et aussi des chevreuils.

Ensuite rien, un ruisseau, les marais, et encore les marais avant l’usine d’engrais, notre AZF à nous.

Or, juste avant l’usine de charbon, après le bâtiment abandonné qui porte encore l’inscription « LES FILS CHARVET », il y avait jusqu’à ces jours-ci une passerelle métallique, qui enjambait les roseaux et la vase pour rejoindre le quai où les bateaux Ukrainiens pour la plupart, déchargent le charbon pour Bruno.

Avant on pouvait s’y balader sur ces quais, au pied des vieilles grues ; il y avait souvent des pêcheurs de crevette. « Ils » ont dû avoir peur des accidents, ou dégradations, ou juste de l’argent à claquer, maintenant tout est bouclé (ça plait aux militaires qui viennent y camper, en ajoutant quelques barbelés supplémentaires). Et donc la passerelle ne servait plus à rien, puisqu’elle donnait sur un grillage.

N’empêche, nous on y allait tous les soirs, sur la passerelle, regarder la rivière, faire toujours les mêmes réflexions sur le courant et les contre-courants, le soleil couchant ou couché, les nuages, les cargos et le silo. Parfois un ragondin. Jeter des gros cailloux dans la vase pour le plaisir de les entendre disparaître avec un gros ssplatch suivi d’un bruit de succion sexuel, en imaginant ce que ça nous ferait à nous, de tomber bien droit dans cette vase profonde et molle. Et se dire que finalement, on est mieux là, sur la passerelle.

Mais voilà. Cette passerelle qui ne faisait de mal à personne, qui ne prenait même pas de place, et ne présentait aucun danger, et bien « ils » nous l’ont enlevée. Pour regarder la rivière il faut désormais rester au bord dans les roseaux, et pour lancer des cailloux dans la vase c’est beaucoup moins pratique.

En soi c’est pas un drame. Mais quand même, un manque.

P.-S.

Une consolation dans cet océan de détresse : lorsqu’on tape "Jacques Bon" dans Google, le Café du commerce a repris la place que lui avait piquée depuis quelques temps un parvenu du web, politicien homonyme qui a eu l’impudence de déposer mon nom, comme nom de domaine. Bien fait. Reste la manade Jacques Bon et son restaurant en Camargue, mais là c’est une vieille habitude, dix ans qu’on se bagarre la première place, c’est de bonne guerre. Faudra qu’on aille manger chez lui un jour...

Messages

  • Supprimer une passerelle c’est forcement sacrilège !
    La passerelle est un symbole très fort !
    Mort aux supprimeurs de passerelle,
    Rendez nous nos passerelles !
    Chez moi ils ont supprime la passerelle qui enjambait le Louet (trop de courant qui disaient).
    Rendez nous notre passerelle sur le Louet !
    Bon, moi j’ai pas de chien et ça fait loin pour les besoins...
    PS : quand verra-t-on une suberbe photo sortie de la chambre non nuptiale ?

    Voir en ligne : http://lapossonniere.canalblog.com

    • Elle est arrivée, et repartie... Elle se prépare, se fait belle...

      Mais voilà, Maël, qui est aux appareils photos anciens, ce que la mère Poulard est à l’omelette, et Dom Pérignon au Champagne, est en train de restaurer parallèlement une mobylette antique dans sa cave... Comme son établi est au 5ieme sans ascenseur, il passe tout son temps dans l’escalier et ça n’avance pas vite...

      Pourvu qu’il n’aille pas me greffer un carbu à la place de l’objectif... Ou me griffer un rétroviseur à la place du télémètre... On verra bien.

    • ...c’est là sur la photo.

      J’ai reçu aujourd’hui par la poste de magnifiques photos. Me reste plus qu’à pas me planter sur cadres et marie-louise.

      Merci Jacques.

  • Et lui installer un kit de dernière génération, et paf ! un capteur kodak 170 Mp
    ainsi qu’une poignée à tirage rapide...
    Patience

  • Ben ouais, tout ce qui reste un peu beau, un peu sauvage, un peu patiné par le temps, ce que la plupart ne voient pas, ce qui nous sert à jeter des cailloux dans la vase, justement, on nous l’enlève, parce que c’est soi-disant trop dangereux, ou trop ancien, ou trop gratuit...

    Moi j’avais une aronde pour faire vroum vroum étant gosse, il me l’on prise, puis il nous ont pris la maison aux chats, c’était une ancienne école religieuse désaffectée, on venait en douce y faire du roller ou des cochonneries avec les filles du lycée. Ils en ont fait une banque...

    Heureusement, il me reste ma pétrolette. Par contre, attendez un peu que j’ai un atelier digne de ce nom, on se trouvera un Catalina, ça peut s’amarrer en bord de Charente ?

    • Pour le Catalina, oui, peut se poser en visant bien, à la fois le lit du fleuve, et l’étale... Et puis aussi pour passer sous le pont. Avec la pétrolette ce sera plus quand même plus facile, sur le trottoir je te prêterai un antivol. Et puis un Catalina avec un antivol, ça le fait pas.