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Madeleines

21-09-2008

Retour à Damvix


C’était il y a une quinzaine d’années, le jour de l’enterrement de « Mémé », la bonne grand-mère maternelle que tout le monde appelait comme ça, même ses enfants, gendres et belles-filles. La crème des grand-mères, des femmes, de l’humanité toute entière. En vrai.

On était tous là dans sa cuisine, autour de la brioche vendéenne (ce moment incroyable, dans les enterrements, de convivialité après la mise en terre) ; quelqu’un a dit « Maintenant qu’elle n’est plus là, si on ne décide rien, on ne se verra plus jamais ». Et du coup depuis, presque chaque année, en août, réunion de la famille, ses cinq enfants, les petits-enfants je ne sais pas combien, encore moins les arrière, et cousins et amis qui se greffent là-dessus.

C’est un peu comme dans la chanson de Delpech : on n’a pas grand chose à se dire, mais on s’aime bien depuis toujours, et c’est toujours un plaisir de se revoir. Une journée ça passe vite, sur la trentaine ou quarantaine qu’on est, toujours un peu aussi les mêmes petits groupes générationnels ou d’affinités, mais bonne humeur générale et partage des plaisirs simples : le blanc de Brem, le préfou, cuit cette année par Caroline (aidée un peu par un vrai boulanger qui me pardonnera d’avoir oublié son prénom) dans le four restauré par Bibi et Pauline. La traditionnelle balade en barque dans le marais, guidée par Bibi qui bien que presque aveugle s’oriente dans le labyrinthe des conches (c’est le cœur du marais poitevin) comme vous et moi entre chambre et salle de bain.

On y voit les enfants grandir, tout le monde vieillir, mais généralement doucement et sans histoires, et comme tout le monde logé à la même enseigne de ce côté-là, ma foi... on s’y fait.

Mais Damvix on n’y va pas seulement pour la famille en fait. La même réunion ailleurs (on fait aussi parfois en Corrèze) n’a pas le même goût. C’est pour tout le monde retour sur souvenirs d’enfance, de week-ends, de vacances. De pêche et de baignades dans la Sèvre, de la boîte à chocolat en fer-blanc en haut du buffet. De lecture d’Astérix sur les marches. Du filet de pêche tendu dans l’escalier du grenier (raide) pour empêcher les balles d’y tomber quand on y jouait au ping-pong (et les gros plombs, si lourds, pour le maintenir lui-même). Chacun les siens, de souvenirs, mais ce lieu en commun. À Damvix la maison appartient désormais à Bibi et et Pauline, qui ont bien compris la somme d’affectif qu’elle représentait pour tout le monde, et qui ont la générosité d’entretenir ce sentiment d’y être toujours un peu chez nous, et pas seulement chez eux.

Cette année j’avais amené des appareils-photo. Un classique Nikon pour quelques photos du groupe (« il est marrant ton appareil, on dirait un peu grille-pain », m’a dit Daniel) et un 6x6 folding Agifold de 1950, cadeau de Maël que je n’ai pas vraiment souhaité exposer aux sarcasmes de tous les cousins convertis au numérique. Pourtant l’Agifold c’est que du bonheur.

Alors je suis allé me balader seul au fond du jardin, en direction de la Motte comme on l’appelle, ce bout de pré auquel on accède par une passerelle (avec son tablier neuf, elle a perdu un peu de son charme, mais on ne risque plus de passer à travers) et en traversant ensuite le jardin du voisin. Et ces quelques photos en douce des modernes.

J’en parle aujourd’hui parce que je viens juste de développer le film, et tout ça qui revient en mémoire un mois après, quand je n’y pensais plus du tout, ni à ces photos, ni à Damvix.

Juste en partage.

Messages

  • Emouvant de venir là, en amitié.
    J’ai la photo de la passerelle, quand elle n’avait pas le tablier neuf.

  • l’absent remercie - magnifique les N & B - et pour les plombs du filet de pêche - faudrait généraliser cette approche - peut-être à cause de tout ça aussi que j’ai tant de mal à me réapprocher de cette maison ?

  • Oui c’est toujours un moment privilégié : c’est celui des retrouvailles avec la famille et nos souvenirs d’enfance... Cela me fait d’autant plus regretter mon absence.

  • Merci Jacques pour cet article et ces beaux clichets. J’ai cherché une photo du kart, mais je ne l’ai pas trouvée ;-)
    A bientôt

  • Géniale cette présentation. Merci, Jacques. Cela remue tant et tant de bons souvenirs. Pas seulement de cet été, je veux dire de mon passé. Il n’y a pas un coin ou un recoin de cette maison et de ce marais qui n’allume pas une belle image. Un diaporama sans fin sur mon enfance. Un diaporama habité par mes grands-parents que j’aimais tant et qui sont toujours si présents pour moi.Ils peuvent être fiers et heureux de nous voir ainsi tous réunis. Bravo, Jacques, de nous livrer ce moment de bonheur. Et merci à toi, grand frère, de nous accueillir chez vous, avec ta merveilleuse Pauline.

  • Bonheur de pénétrer dans une intimité familiale en pensant à la nôtre !
    Chut, j’ferais pas de bruit, je regarde juste les belles images !

  • La semaine dernière tu regrettais la démolition de la passerelle qui ne menait plus nulle part, et cette semaine tu nous en trouves une autre qui mène au fond du jardin, là où il y a comme dans un inventaire à la Prévert : un vrai tas de bûches sous des tôles ondulées comme on n’en fait plus, une remorque à vélo autenthique comme on n’en fait plus, des nasses etc... Conclusion facile : On trouve toujours une passerelle qui mène quelque part, avec bien sûr quelque chose de l’autre côté. Quant aux madeleines, mêm si elles ont un peu goût de poussière, c’est toujours avec faim et envie qu’on mord dedans...

  • On en a de ces souvenirs... Chez ma grand mère en bretagne, qui a été rachetée par ma cousine, que ne n’ai qu’aperçue en 1988 et pas vraiment revue depuis 25 ans (ma cousine, la maison je suis passé devant en 98, et je me suis enfui)...

    Je ne reverrai sans doute jamais cette maison, ces barrières ses odeurs...

    Profitons quand on (tant qu’on ???) a du plaisir à y aller

    Et si un jour le Breuil devient le même pour moi ?

    Pourrai-je encore y retourner ?

    Merci de partager non ce lieu, mais ces émotions....