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La croche et le mulet

17-10-2008

Ce soir week-end, après une grande journée (les vendredis sont toujours des grandes journées, je ne sais pas si vous l’avez remarqué).

J’aime bien les vendredis soir. Généralement, on se fait un petit apéro au salon pour fêter ça, après quoi c’est une soirée comme les autres : la petite va danser, moi je perds mon temps sur l’ordinateur. Ceux pour qui ça change le plus, c’est les enfants (les deux qui restent depuis émancipation du grand étudiant-diant-diant), qui se « font une télé », souvent régressive : ce soir, le Livre de la Jungle, sa bande originale exceptionnelle pour un Disney, et sa belle philosophie (et comme on aimerait, pouvoir la prendre au pied de la lettre) :

Il en faut peu pour être heureux
Vraiment très peu pour être heureux
Chassez de votre esprit tous vos soucis
Prenez la vie du bon côté
Riez, sautez, dansez, chantez
Et vous serez un ours très bien léché !

Mais voilà, ce soir, patatras la soirée charentaises pépère tranquille : le voisin sonne comme on débarrassait la table après dîner, et entre malgré le chien féroce, avec un grand seau de colle Quelyd à la main. On sait ce que ça veut dire : Poulie (son surnom) est un ancien peintre-décorateur, habitué donc à brasser des seaux de peinture et enduits, mais quand il vient le soir avec un seau, c’est qu’il était dans la journée à son carrelet, et ramène du poisson.

Les carrelets ici, c’est un peu la marque du pays, comme les palombières un peu plus bas. Il y a quelques mois, il s’en est offert un, de moitié avec un copain. Et du coup, nous ramène du poisson frais, c’est sympa.

Sauf que le vendredi à 20h30 j’ai pas forcément grand goût à vider du poisson. D’abord, parce que pendant ce temps-là on ne fait pas autre chose, dont on a généralement plus envie, et puis, ça fait prendre conscience qu’on tue des bestioles qui ne nous ont rien fait, pour les manger, ce qui ne m’est jamais très agréable. Et nettoyer l’évier ensuite.

Mais le lendemain quel régal, un mulet grillé, des céteaux ou de la friture. Donc, c’est toujours un plaisir de le voir arriver avec son seau Quelyd le copain JP. Ce soir ils étaient tellement frais les poissons, que j’ai dû les mettre au congélateur quelques minutes pour ne pas les vider vivants (astuce donnée par la poissonnière confrontée régulièrement aussi au problème, ici les poissons ne viennent pas de Lutèce en char à bœuf).

Ensuite c’est les grandes manœuvres : d’abord, j’enfile mon beau tablier Piel, gagné autrefois à une course de nage avec palmes ; les gants de cagnoutchouc. J’affute le grand couteau pour faire des filets (plus faciles à cuisiner, et moins de place au congel). Aujourd’hui j’avais de l’aide, la Poune qui avait étudié l’appareil digestif du poisson au lycée, et voulait s’offrir un TP dissection sur le gros mulet.

Et puis il faut protéger le plan de travail, parce que les écailles ça vole partout, et limiter le nettoyage. Papier journal. Sauf que pas de papier journal dans la recyclette ce soir. Même pas de vieux Télérama, de gratuit, ou de catalogue de jouets même si ça commence déjà à envahir la boite aux lettres. Seulement des partitions, du Bach.

Il faut vous dire qu’hier soir, après une grande journée (le jeudi c’est souvent aussi des grandes journées, enfin hier, plus une journée de m. qu’une grande journée, tout partait de travers) je me suis retranché dans le cagibi pour rangement, occupation qui avec la musique adéquate, a un certain effet apaisant sur mon mental.

J’ai donc retrouvé et classé des vieilles partitions, dont certaines vont partir sur la Baie, d’autres en boîte à archives, et puis un pauvre malheureux Clavier bien tempéré, héritage d’une vieille grand-tante pianiste, complètement détruit, raturé, et tous les feuillets détachés, une épave irrécupérable. Si j’étais artiste plasticien j’en aurais sans doute fait quelque chose, mais je ne suis pas, et j’ai donc mis les Préludes et fugues de mon cher Jean-Sé à la recyclette (le bac bleu, chez vous aussi sans doute).

Et ce soir, donc, instant d’hésitation au moment de vider le poisson sur un prélude (ou une fugue, j’ai préféré ne pas savoir — ça me semblait un peu irrespectueux voire sacrilège). Le seul qui n’avait pas d’état d’âme, c’est le chien qui m’assiste toujours scrupuleusement dans ces opérations, en amateur de sushis qu’il est.

Mais après tout c’est toujours du papier. Et donc voilà. J’ai vidé mes deux mulets, les céteaux, les plus gros morceaux de friture, coupé la tête à une anguille, sur les double-croches du plus grand artiste de tous les temps.

Après quoi je suis allé jeter les déchets dans le fleuve pour en nourrir les poissons qui iront ensuite se faire prendre dans un autre carrelet (et par contre, ce plaisir animal, à y jeter les têtes et arrêtes, ou les coquilles d’huîtres, comme de pisser dans les roseaux, le soir, sous les étoiles). J’ai bouchonné les partoches sanguinolentes, mises dans un sac plastique, le sac dans la poubelle, et le sac poubelle dans la grande poubelle dehors (la grise).

Demain friture. Pas de courses à prévoir, merci Poulie.

Image alternative : laisser la souris sur la photo

Messages

  • sur la partition de La Truite, ça passerait mieux... (chez nous c’est le chat qui s’occupe des partitions, comme de beaucoup de choses)

    Voir en ligne : ms

    • t’aurais dû lui dire de passer samedi dernier !

      pb symétrique ici : avec quoi on allume la cheminée quand on ne lit plus jamais de journal papier ?

  • Le mulet fumé parait que c’est excellent ! avec un vieux whisky légèrement tourbé, c’est l’apéro du vendredi soir !!!!
    Pi pour allumer la cheminée ils vendent des petits cubes chez super U, surement plus efficace que cinq cents pages de tiers livre !
    Faut pas bruler les livres ça rappelle trop de mauvais souvenirs, alors toujours garder un "courrier de l’ouest" en réserve.

    Voir en ligne : http://lapossonniere.canalblog.com

  • Je n’avais pas vu cette page because à Paris sans ordi. Même pas pu rester pour la manif aujourd’hui, billet retour avion pas échangeable.

    En tout cas on se régale avec toi, rétrospectivement. Mulet, céteaux, anguilles, miam, miam.

    Et au dessert, tarte aux quetsches ?