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Papier trouvé dans le caniveau

21-10-2008

Moi je ne fais pas de politique.

Je fais mon boulot, comme tout le monde, et puis le soir, raconte des bêtises sur le blog, le vidage des poissons, les musiques qu’on aime et qu’on ne jouera jamais, les vieux appareils-photo.

Et puis j’aime bien aussi photographier les petits papiers qui traînent dans la rue. Souvent le week-end je promène l’appareil photo dans le sac. En semaine, je triche un peu, je mets les papiers dans la poche, et les rephotographie en situation le samedi, tels que je les ai trouvés ou de la manière la plus fidèle possible.

C’est amusant les papiers que laissent traîner les gens, ça raconte plein de choses, c’est un peu comme regarder par les fenêtres illuminées la nuit, depuis l’obscurité de la rue.

Et puis ça permet de développer régulièrement les films, parce 36 poses si on attend d’avoir 36 chefs d’œuvre on attend longtemps.

Il y a un papier que j’ai photographié il y a un moment, je n’avais pas envie de le publier, je voulais le garder en réserve, plus pour le blog que pour la galerie des petits papiers.

Je l’ai ramassé un midi, dans un caniveau, il pleuvait fort et le caniveau était plein d’eau. Séché dans la voiture, puis remis quelques jours après, jour de pluie aussi, tel que je l’avais trouvé, pour la photo. Je ne devrais pas raconter mes petites cuisines photographiques. Mais c’est comme ça.

Aujourd’hui je ne sais pas trop pourquoi cette envie soudaine de le mettre en ligne ; peut-être tous ces millions sortis du chapeau magique de notre Président bien-aimé, alors que les caisses sont vides on nous le répète bien assez ; peut-être la frustration de devoir respecter un « devoir de réserve » professionnel hypocrite quand j’assiste tous les jours à la démolition méthodique du service public qui m’emploie, et à la colère souvent résignée des collègues ; peut-être le trop plein de cette brave religieuse dont la révolte sincère quoique tardive apparaît comme un alibi et un os à ronger pour nous autres pauvres couillons, quand bien d’autres personnes aussi pleines de compassion et de révolte, n’ont pas la parole (vu son grand âge à la brave dame, sa révolte telle qu’on nous la montre apparaît au final plutôt folklorique, et donc politiquement correcte) ; peut-être la pitié mêlée de jubilation, de voir au grand journal de Canal+ la gêne et les explications confuses de Rama Yade, pauvre petit alibi aussi, incapable de répondre autrement que par « le président a dit... le président a fait... » à la chronique politique cinglante ce soir, de Jean-Michel Aphatie. Impression renforcée par la lumineuse présence à ses côtés, et la parole claire et sereine de Matthieu Ricard. Peut-être aussi la joyeuse et cruelle saillie de la miss météo de Canal+ à son encontre : « nous sommes semblables vous et moi, nous n’avons aucun pouvoir sur les choses dont nous parlons, mais on fait joli dans le paysage ».

Et puis, trèves de justifications. Voilà, c’est juste que je voulais vous montrer un papier trouvé dans le caniveau. En 600 pixels c’est peu lisible, laissez la souris sur l’image pour aide au déchiffrage.

caniveau

P.-S.

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