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Échouage

09-11-2008

J’ai passé une partie de week-end à potasser l’histoire et la technique des autochromes Lumière, et, faute de pouvoir utiliser le procédé original, essayer d’en approcher numériquement le souvenir. Le problème majeur que me pose la photographie en couleur moderne, même argentique, étant cette représentation froide et implacable du monde, laissant à mon goût trop peu de place à l’imaginaire, seul capable d’approcher la vraie réalité.

C’est sans doute un peu prétentieux comme discours, mais je ne sais pas comment l’exprimer autrement : pour moi une photo en noir et blanc est bien plus fidèle à la réalité, qu’une en couleurs, parce qu’elle laisse plus de place à l’imagination.

Avec les autochromes, ce n’était pas le cas. Le rendu des couleurs, à travers des grains de fécule de pomme de terre colorés (il fallait y penser, et on est bien peu de choses, avec nos pauvres ordinateurs, pour tenter de recréer ça...) était tel que la photographie se rapprochait davantage de la peinture, notamment pointilliste.

J’ai toujours connu dans le même meuble où ma grand-mère conservait ses apéritifs, une collection de plaques stéréoscopiques héritées d’un vieil ami, dont quelques autochromes, notamment ce portrait du président Émile Combes (celui de la loi de séparation de l’Église et de l’État, qui doit se retourner dans sa tombe depuis quelques mois). Ma grand-mère, qui toute sa vie a rêvé que De Gaulle venait dîner chez elle sans prévenir, était très fière de posséder cette photo qu’elle disait prise à l’Élysée, mais il doit s’agir plutôt du palais du Luxembourg.

Dans cette collection Gustave Aubain, puisque c’est le nom de cet ami, il n’y a hélas que peu d’autochromes, et souvent très sous-exposés : les plaques coûtaient à l’époque une fortune, et les temps d’exposition beaucoup plus longs qu’en noir et blanc, ce qui explique sans doute. Juste une autre petite, pour la route, en cette veille de 11 novembre :

Un peu déçu dans ma quête, de ne trouver que quelques autochromes valables, j’ai continué à ouvrir des boites de plaques, dont une qui n’était pas d’Aubain, mais probablement de Jean Ramos, l’arrière grand-père de la petite, à peu de choses près contemporain de Gustave Aubain. Lui aussi était photographe à ses heures. À part les clichés de la guerre 14-18 d’Aubain, forcément plus forts, leurs images se ressemblent : photos de famille, paysages. Être capable vers 1920 de produire une photographie était en soi un petit exploit.

Sur la table lumineuse, au milieu de vues du port de Marseille (avec son transbordeur, qu’ils n’ont pas su garder, nous si, tralalère) une plaque m’a accroché. En négatif, on aurait dit un tableau de Friedrich.

En fait, avec le nom du bateau ça a été facile à retrouver ce n’est pas un naufrage mais un échouage, celui du paquebot Newhaven devant Dieppe, en 1924, qui n’a heureusement pas fait de victimes. J’ai fait de cette photo mon fond d’écran, en pensant aux centaines de milliers de vues qui ont été faites du récent échouage d’un cargo aux Sables d’Olonne. Le Newhaven a été forcément aussi beaucoup photographié à l’époque, et même donné lieu à une carte postale ; mais sans doute pas dans les mêmes proportions.

Et le temps qui a passé, lui a donné cette patine unique, qui fait peut-être la différence entre une photographie, et une simple image.

Cliquer sur la photo pour fichier haute résolution

P.-S.

Sans rapport avec ce qui précède, sinon peut-être la notion de naufrage, ce qui n’est hélas pas une nouvelle page de delation-gouv.fr, mais qui pourra intéresser tous celles et ceux qui aimeraient bien toucher 100 000 euros pour dénoncer les agitateurs. Envie de demander l’asile politique à Obama, tiens...

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