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Informulé

11-11-2008

Ça peut paraître idiot, mais au final je pense qu’on est assez nombreux quand même, à n’avoir jamais regardé la Starac’.

Enfin, je n’en fais plus partie depuis hier, de ce club élitiste. Que je vous raconte. Samedi vers minuit, j’enregistre un docu à la télé, sur la centrale de Brennilis dans les Monts d’Arrée. Dimanche soir j’en visionne une bonne partie, c’était très intéressant, mais c’était l’heure de la soupe. J’ai dit à la petite « j’ai presque fini mon docu — tu pourras le finir demain, comme apéro » qu’elle m’a répondu. Après dîner, plus trop envie de me replonger dans les problèmes d’écologie celtique et de déchets nucléaires, promenade du chien, un peu d’internet et dodo.

Donc demain c’était hier (vous suivez ?) à l’heure de l’apéro j’ai repris mon DVD réinscriptible, j’ai même retrouvé comment le faire fonctionner avec la télé parce que je ne suis pas très fort avec ces appareils, et avancé jusqu’au dernier quart d’heure du film, qu’on a regardé ensemble.

Et puis le docu terminé, bêtement j’ai zappé sur la télé, j’ai reconnu Julien Lepers, de la pub, encore de la pub, et puis la Starac’. J’ai dit en déconnant : « on va regarder la Starac’ — oui, bonne idée, on va se vautrer devant la Starac’ — non, sérieusement ? — ben oui, pour en parler, faut connaître ! »

Et donc on a regardé la Starac, en entier, et même la pub pour Florent Pagny au milieu (pour vous dire, si on avait vraiment envie, de regarder la Starac’).

C’est vraiment génial la Starac’.

D’abord, il y a plein de jolies filles, qu’on croirait échappées d’un CFA (centre de formation des apprentis — évidemment je n’ai rien contre) avec leurs piercings, leur façon de se fringuer pouffe comme dit ma fille et de parler comme les djeuns. Et quelques garçons boutonneux aussi, à la coiffure aussi savamment négligée que celle des filles est sophistiquée.

Ensuite ils chantent, enfin, disons qu’ils émettent des sons qui ressemblent à des chansons. Et tu peux y’aller, ils ne chantent pas des trucs légers comme La porte du garage, Papayou lélé ou La bonne du curé. Non, du gras, du lourd, du roboratif : La boîte de jazz (le mignon il avait un peu du mal avec les noms des jazzmen : Charlie Mingus et les autres, manifestement il ne connaissait pas par cœur). Ensuite Ma plus belle histoire d’amour c’est vous, tellement que c’était poignant, ben tellement que la gamine avec sa bouche siliconée elle a fondu en larmes et tellement qu’elle a du y revenir un moment après pour la finir sa chanson. Moi j’étais un peu soulagé qu’elle s’arrête, vu que j’aime bien Barbara, et qu’elle avait un peu du mal à chanter juste la fille, engoncée dans gros capuchon fourrure genre eskimo. J’ai pas bien compris d’ailleurs pourquoi elle arrivait sur le plateau en T-shirt, et qu’elle mettait son gros anorak moumouteux pour chanter avec tous ces projos.

En fait les étudiants (enfin, à la télé ils disent plutôt les élèves, genre collège, ou académiciens, genre quatrième âge gaga) quand tu en as entendu un, tu les as tous entendus : la même façon de porter la voix jusqu’à trouver la note à peu près juste, en beuglant le plus fort possible dans le mike. Disons qu’un quart d’heure ça va, surtout qu’on les voit aussi faire du théâtre comme autrefois à la fête du lycée, regarder la télé, et faire dans leur froc quand le jury d’adultes dissèque leur prestation. Et puis on les interviewe aussi. La petite qui avait chanté Barbara, c’est pas de sa faute si elle savait pas trop son texte, c’est que volontairement elle ne l’avait pas travaillé, pour rester spontanée, rester elle-même. Ça doit être récurrent comme moyen de progresser, parce que je l’avais déjà entendu relevé par Didier Porte à la radio (faut dire que pour un chroniqueur en mal d’inspiration, la Starac’ c’est du nanan, tu regardes vingt minutes et tu pisses trois pages de copie). Ne pas travailler pour rester soi-même. C’est un truc qui me plairait bien aussi, comme mode de vie, tiens.

Un truc par contre qui nous a perturbé, c’est le vocabulaire Staraquien. Parce que évaluation, par exemple, dans l’Éducation nationale on connait, on ne connait même plus que ça, tellement qu’on en oublie justement de les éduquer les mômes. Ce qui compte pour le ministre, c’est surtout de les évaluer, et qu’on ait des sta-tis-tiques. Donc, Éducnat’ et Starac, ça va, on est en pays de connaissance.

Mais prénominé et nominé ça nous a posé problème. Parce que le jeune qui était prénominé, on pensait qu’il aurait dû être content. Nominé aux Oscars, aux Césars, c’est pas rien. Et bien pas du tout ! À la Starac’ c’est le contraire : si j’ai bien compris, prénominé, tu prépares tes bagages, nominé, tu dégages. Pour ça qu’il était pas content le jeune boutonneux. Mais comme il l’a dit avec beaucoup de dignité : mais moi je suis pas prêt à tout pour réussir, d’abord je veux rester moi-même. Ouaip, ça c’est envoyé. Et pan dans les dents d’Endémol (c’est bien Endémol qui produit la Starac’, non ?)

Enfin, je suis injustement méchant avec les candidats ; c’est trop facile de taper sur les pauvres et les faibles, et à la Starac’ il y a aussi les profs... C’est là aussi assez proche du milieu Éducation nationale, du moins dans la caricature, ou l’idée que peut s’en faire un public n’ayant pas forcément que des bons souvenirs de l’école (et je ne peux pas m’empêcher de penser que c’est le cœur de cible de cette émission) : des bons censeurs, chacun dans son rôle, le gentil, la méchante, et la glaciale, l’implacable, la hiératique maîtresse de l’Académie, Armande Altaï.

Armande Altaï pour tout vous dire, j’étais assez content de la retrouver, c’est une vieille connaissance. En 1981 ou 82, la petite venait tout juste d’avoir son permis ; on était allés dans sa 2CV vert pomme à un concert d’Higelin, et Altaï, déjà inconnue, tournait avec le grand Jacques. J’ai le souvenir d’une chanson qu’ils chantaient en duo, Informulé :

Cet amour doit
Rester comme ça
Informulé
Informulé
Ne dis rien...

Sur ces paroles Higelin faisait le Jacques, et Armande donnait dans le genre diva déjantée, et sa voix montait jusqu’aux étoiles — du moins, celles du chapiteau. Et puis ensuite, plus jamais entendu parler, d’Armande Altaï.

Alors, la retrouver à la Starac’, c’est un peu comme si j’y avais trouvé Brigitte Fontaine, Pierre Barouh, ou Areski, tu vois le truc ? Séquence émotion...

Armande Altaï est toujours un personnage totalement déjanté et higelinesque : elle colle parfaitement à l’image de cette vieille, vieille, vieille pute qu’il évoque dans Je veux cette fille. Tellement vieille, à ce qu’on peut deviner sous la couche de maquillage, qu’elle pourrait elle-même postuler à l’autre Académie. Et tellement déjantée, qu’on a dû la mettre dans un corset, pour expliquer cette raideur, dont aucun académicien homme ne doit plus être capable, depuis bien longtemps. Telle est Armande Altaï. Finalement c’est bien que Brigitte Fontaine ne soit pas à la Starac’, elle toujours si jeune, et si belle...

N’exagérons rien. Les profs de la Starac’ ne sont pas des salauds. Par exemple, ils ne disent jamais qu’un élève chante faux, quand ça crève pourtant les oreilles : « elle n’est pas prête — elle se laisse submerger par ses émotions — il ne contrôle pas assez sa voix » etc., et ils positivent toujours : « j’aime beaucoup Kevin, mais là c’était nul ». Et quand ils ne sont vraiment pas contents, que le jeune ne sait pas sa chanson et que c’est mauvais, ils mettent un 12 ou un 13, ce que j’aurais tendance à considérer moi comme une note respectable — j’aurais plutôt noté 7 ou 8. Et quand il y a des progrès (difficiles à évaluer pour moi, sur une seule émission) là ils disent : « il (elle) chante juste », comme si c’était un exploit. C’est un peu comme l’école des fans version grands ados, quoi.

N’empêche, ils éliminent les candidats, c’est même le moteur de l’émission. Et là, il faut voir ces pauvres gosses devant Altaï coincée dans son corset (hors champ, on a dû enlever le déambulateur) quand elle annonce les « nominations », la bouche en cul de poule à cause du lifting. Un pas en avant à l’appel de leur prénom comme on l’imaginerait dans un collège de jésuites ou une compagnie de paras : Solène — Oui, Chef ! — tu as une moyenne de 12, tu est prénominée — Oui, Chef ! — Anissa — Oui, Chef ! — Tu as 12,10, tu n’es donc pas prénominée, mais seulement d’un dixième de point — Oui, Chef !

Enfin je suis content pour Armande, en souvenir ce concert d’Higelin sous chapiteau, en 82 avec la 2CV verte avec des étalons noirs peints sur les portes, qu’elle ait trouvé un moyen de subsistance pour ses vieux jours ; on sait bien qu’intermittent du spectacle c’est pas une vie facile. Tout le monde n’est pas Juliette ou Brigitte Fontaine, et jouer la mère maquerelle à la Starac’ c’est un boulot comme un autre.

Quand à la Starac’, on en rigole comme ça, mais non, c’est pas drôle du tout, la façon dont ces pauvres gosses à la poursuite d’un rêve de paillettes et de célébrité inaccessibles (le seul qui soit devenu célèbre, c’est parce qu’il est mort peu de temps après) on les donne en spectacle, on les ridiculise et les humilie publiquement, bref on fait du fric sur leur dos, et comme on les jettera ensuite comme Kleenex pas propre dans le caniveau sans se préoccuper des conséquences. Tout ça pour que le bon copain du président puisse vendre du temps de cerveau disponible à Coca-Cola. Car c’est bien ça le propos de l’émission.

Télé de merde.

piano starac

Je n’ai pas vu ce piano dont Pleyel faisait sa pub en 2004... Existe-t-il encore ? À l’époque le chargé de comm’ de Pleyel m’avait expliqué que bien sûr, la Starac’ c’était peu glorieux. Mais qu’avec la concurrence asiatique ils ne pouvaient pas se priver d’une telle publicité gratuite, à une heure de grande écoute. Depuis l’usine d’Alès a fermé, la Starac’ n’a pas suffi pour les sauver. Pourtant, Pleyel...

Messages

  • La starac je connais un peu vu que j’habite en Limousin et qu’il y a beaucoup d’élevage bovin, et des concours de la plus belle vache ou du plus beau taureau.

    Ca me fait penser à un sketch de Bruno Salomone :

    http://www.dailymotion.com/video/xtj80_bruno-salomone-patron-de-tv-realite_

  • J’suis mort de rire, trop bon le comm ! A la teuf aux nases, hyper génial !!!
    (ça fait jeune comme jargon ?)
    Et par rapport au petit conservatoire de la chanson avec Mireille ?
    Antipode ?
    Késako ?

    • C’est loin pour moi, je ne m’en souviens plus bien, et ça devait sans doute être tout aussi facile à chambrer... Il y a une rubrique à brac épatante de Gotlib là-dessus. Simplement, me viennent à l’esprit sans chercher plus loin Ricet Barrier, Dick Annegarn, Pierre Vassiliu... De la starac ? Ce pauvre gosse mort de la muco dont j’ai oublié le nom. À noter qu’à l’époque c’étaient aussi des auteurs-compositeurs en herbe qui se présentaient. La starac, tout juste des ados karaokistes.