Café du Commerce
Accueil > Blog > Inclassables ailleurs > Le plus beau dolmen de France

Le plus beau dolmen de France

23-12-2008

Au moment de mettre en ligne cette photographie et réfléchissant à une légende pour l’accompagner, je me suis rappelé avoir vu à une époque, ce dolmen du pays d’enfance reproduit aussi dans un des livres de Robert Charroux, qui se trouvaient dans la bibliothèque familiale. J’ai oublié le nom du livre, mais me souviens très bien de la légende : « Le plus beau dolmen de France, la Pierre Pèse, près de Saint-Saviol (Vienne) ».

Cette légende de photographie m’a toujours beaucoup amusé, parce que la Pierre Pèse est effectivement un très beau dolmen, pour moi aussi indiscutablement le plus beau de France et même du monde entier ; mais principalement au titre des souvenirs d’enfance et des balades du dimanche après-midi avec les amis Berger qui avaient une vieille maison pas loin. Abstraction faite des quelques étrons qui l’entouraient toujours à cause du petit parking au bord de la départementale, la découverte du monument était toujours un instant d’émotion, et son escalade ensuite, par au point le plus bas, la pierre triangulaire supportant la dalle, arrondie et polie comme un miroir à cet endroit-là par 2000 ans de semelles de gosses. Mais de là à généraliser et l’écrire... Il y a quand même en Bretagne quelques autres candidats au titre de plus beau dolmen de France, ne serait-ce que la Table des marchands en Locmariaquer, ou le mystérieux tumulus de Gavr’inis... Mais peut-être aussi que la Bretagne n’est pas tout à fait la France ? En tout cas c’est finalement assez typique du style, et des approximations de Robert Charroux.

Mais au fait, qui est donc Robert Charroux ? Wikipedia en présente une assez bonne biographie. Pour faire court, un « écrivain à l’origine de théories pseudo scientifiques contestées apparentées au néo-évhémérisme » (ou théorie des anciens astronautes). Si vous avez lu, ce dont je ne doute pas, l’Énigme de l’Atlantide (Blake et Mortimer) ou Vol 714 pour Sidney vous me comprendrez mieux : quand quelque chose nous dépasse (notamment les mystères du passé), c’est parce que c’est l’œuvre des extra-terrestres. Tout simplement.

Si nous avions ses livres à la maison, c’est surtout parce que Robert Grugeau (son vrai nom, Charroux étant le nom de son village de résidence, il utilisait aussi à ses débuts le pseudonyme de Saint-Saviol) était client du garage familial, et considéré à la maison comme une sorte d’érudit et/ou de loufoque local. Ce qu’il était assurément, l’un comme l’autre. [1]

Je me souviens que ma mère m’avait emmené chez lui un jour, peut-être vers mes douze ans quand je voulais devenir archéologue, ou juste parce que l’occasion se présentait de me faire rencontrer un vrai écrivain et voyageur, ou peut-être aussi faire plaisir au vieux client plutôt mal considéré dans son village... ou un peu de tout cela à la fois. Ce qui est sûr, c’est que même contesté et critiqué urbi et orbi, le seul fait d’être publié chez un grand éditeur et de vendre ses bouquins par palettes, faisait de lui quelqu’un d’important dans notre petit coin de Poitou.

Je n’ai que peu de souvenirs de cette visite, sinon qu’il habitait une maison assez bizarre avec vue sur l’abbaye de Charroux justement, sombre, tarabiscotée, remplie de souvenirs de voyages (île de Pâques, Nacza, à une époque où ces lieux étaient beaucoup moins connus qu’aujourd’hui), et beaucoup de bouquins. C’est à peu près tout je dont me souviens, et vaguement la tête du bonhomme ce qui est en soi, pour moi, un exploit.

Ses bouquins à Robert Charroux je les ai lus plus un peu plus tard : Le livre du mystérieux inconnu, Le livre des mondes oubliés et autres titres du même tonneau. Il y avait là-dedans des trucs assez amusants, comme la démonstration de l’existence des extra-terrestres à partir du ruban de Mœbius, ou la pyramide des mains qui m’a assuré ensuite un certain succès aux banquets de Sainte-Cécile de l’Union musicale.

Par la suite j’ai lu des choses plus sérieuses, notamment l’Archéologie devant l’imposture de Jean-Pierre Adam, qui fait passer aux théories (lui disait : « délires ») Charrousiennes un sale quart d’heure. Après quoi je n’ai plus eu que mépris et condescendance pour les œuvres de l’« archéomane » du Poitou. Et quand on a trié les bouquins du père après son départ, ceux de Robert Charroux sont partis sans hésitations ni remords à la déchetterie, avec les essais politiques : on a plutôt l’esprit scientifique dans la famille.

Mais son souvenir m’est revenu avec cette histoire de dolmen ; et j’ai lu cet après-midi sur le net quelques pages sur les grands causes défendues par Charroux comme Glozel (selon lui, combat exemplaire d’un petit paysan de l’Allier contre la puissante conjuration des archéologues de la science « officielle », prêts à tout pour étouffer la vérité...) Et je me disais que finalement il en est peut-être de Robert Charroux, de ses théories sur les extra-terrestres, l’Atlantide, la préhistoire ou les complots archéo-gouvernementaux pour étouffer la vérité, comme de Carlos Castaneda : peut-être un menteur et un mythomane, mais dans ce cas, un écrivain génial. Et quand on aime Blake et Mortimer, ou la série X-Files, on devrait aussi aimer Robert Charroux, à condition de le lire comme ça : des ouvrages de fantaisie archéologique sans base scientifique réelle.

Enfin je dis ça comme ça, à partir juste de vieux souvenirs car il y a des années que je n’ai pas ouvert ces livres. Le fait qu’ils soient évoqués aujourd’hui sur le net, principalement sur des sites raéliens ou promoteurs de la théorie du complot, ne les rend pas a priori très sympathiques. Mais promis, aux prochaines puces je recherche ces vieux bouquins pour m’en faire une idée plus précise.

Ah, si, j’ai un autre souvenir de Robert Charroux, un conte lu dans une brochure régionaliste, qui lui était attribué. Mais j’ai écrit assez de bêtises comme ça ce soir, je vous le garde au chaud pour la prochaine.

Salut, et fraternité (attention, nous ne sommes pas seuls, et on nous espionne).

P.-S.

Changement de photo depuis la première mise en ligne, entre temps, développé celle-ci faite avec le Speed Graphic chéri.

Notes

[1Chez mes grands-parents, en Vendée, c’est Simenon qui prenait son essence : on a les écrivains qu’on peut.

Messages

  • Savais pas qu’il s’appelait Grugeau, ça lui va bien. Pour ma part, ai pas eu l’honneur de faire connaissance. Mais je me souviens bien des bouquins, le 1er ça interloquait, après ça devenait trop systématique. Le parallèle avec Blake & Mortimer est probablement justifié. Pour ma part, le dolmen qui m’a le plus marqué c’est la Frébouchère, une fois j’y ai vu (pour de vrai, c’est pas du Charroux), le "rayon vert", trois minutes d’un machin tout droit surgissant au coucher de soleil – jamais eu d’autre occasion pour ce truc là, mais ça reste associé à la Frébouchère. J’aime bien ton petit dolmen au coin du champ. La Pierre-Pèse, c’est qu’y a pas beaucoup de forêt pour se retourner autour...

  • La Pierre Pèse, détour touristique obligé pour qui nous rendait visite au fin fond du Poitou... Mon père restait fasciné par les arêtes vives de ses points d’appui. Bon, mais les étrons prolifèrent, aujourd’hui plus qu’hier.
    DP

  • Je vais dire une énorme bêtise et je réclame indulgence : je suis étonnée par le rendu des photos créées avec le Speed Graphic (chéri). On dirait davantage des dessins à la mine que des photos.
    Je crois que je vais m’en commander une même si Noël est passé.

    • Ça n’est pas une énorme bêtise et tu es pardonnée... C’est difficile de se prononcer sur une image en 600 ou même 800 pixels de large. La particularité du grand format c’est effectivement des détails très fouillés et une richesse de matière auxquels on n’est pas trop habitués. Dans le cas de cette image, c’est plus un effet je pense, du fouillis des feuilles et branches, et la lumière.