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Fontaine des Cantes

vendredi 26 décembre 2008, par JB


Je vous parlais récemment de Robert Charroux, et m’est revenue en mémoire une histoire qui lui était attribuée dans une brochure régionale, ou régionaliste, que je n’ai pas retrouvée. Donc c’est de la troisième main cette histoire au moins, mais après tout c’est comme ça que se transmettent les légendes. C’est une de mes favorites, qui a des relents celtiques et/ou médiévaux (le lai de Guingamor) comme d’Andersen (le briquet). Mais je n’essaierai pas de vous la raconter comme lui...

Donc, ça se passe à la fontaine des Cantes, sur la commune de Charroux dans la Vienne. Cette fontaine n’existe plus, suite à l’exploitation d’une carrière dont on voit encore les saignées dans la roche, quand on arrive à Charroux venant de Civray (sous le château de Rochemaux — à cet endroit un panneau touristique a longtemps vanté Charroux et ses « champs de pierres préhistoriques », un Glozel Poitevin ? Je n’en ai jamais trouvé pour ma part).

Il y avait toujours auprès de cette fontaine, un vieil homme qui tressait des paniers qu’il vendait ensuite au marché. Autant dire qu’il ne roulait pas sur l’or, mais ça ne l’empêchait pas d’être toujours gai et de chanter du matin au soir.

Un jour, un jeune homme du coin s’arrête, et lui demande ce qui le fait chanter comme ça, alors qu’il est vieux et pauvre. Le vieux lui répond que ma foi, ses paniers lui permettent de vivre, et que s’il voulait, il pourrait être riche à millions mais que cela ne l’intéresse pas.

Mais le jeune, lui, ça l’intéresserait d’être riche à millions. Donc il demande au vieux comment s’y prendre. Le vieux lui répond que dans la grotte juste derrière lui, se trouve un trésor qu’il suffit de prendre. Mais conseil d’ami, il ferait mieux de le laisser là où il est.

Naturellement le jeune homme n’écoute pas le conseil et le lendemain, revient avec des bougies et entre dans la grotte. Assez vite il se trouve dans petite salle toute ronde, ou il trouve le trésor annoncé — or, argent, bijoux — et aussi une merveilleuse jeune femme. Charroux se faisait plaisir en en donnant une description assez précise, j’en suis bien incapable disons qu’elle était parfaite de la tête au pieds — et entièrement nue. Avec ça vous pourrez bien vous faire une image.

Au garçon un peu stupéfait la femme explique : « tu es venu ici à la recherche d’un trésor, en fait il y en a deux : un trésor d’argent, un trésor d’amour. Si tu me choisis moi, je te rendrai le plus heureux des hommes. Mais comme tu le vois je suis nue, il faudra donc que tu m’habilles, et m’offre des bijoux en rapport avec ma beauté. Et si tu choisis l’argent, tu seras le plus riche des hommes, mais tu seras malheureux car tu ne pourras jamais m’oublier. »

Le jeune homme lui répond que malheureusement il n’a pas les moyens de l’habiller et parer de bijoux ; et qu’avec l’argent il trouvera bien le bonheur et un autre amour. Et il emporte or, argent et bijoux.

Au début il est effectivement très heureux : il s’achète une belle maison, des terres, des chevaux. Peut-être même qu’il épouse même une riche et belle jeune fille du coin. Mais avec le temps l’image de la femme de la grotte lui revient sans cesse, et il ne pense plus qu’à une chose : la revoir.

Il revient donc à la fontaine ; le vieux marchand de paniers n’y est plus. Il cherche partout la grotte mais ne la retrouve pas. Et finalement, s’installe lui-aussi au bord de la fontaine, à tresser des paniers. Mais sans chanter.

Voilà...

Photo : fontaine près des grottes du Chaffaud, 1986, avec les moyens et la technique de l’époque...

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