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Sacré Barbuzard

05-01-2009

Y’a des gens comme ça, on en connait tous, on est très proches, pendant un certain temps, et puis on se perd de vue. Banal.

Maintenant avec le net, Facebook et compagnie, c’est souvent qu’on retrouve des connaissances. Ça fait toujours plaisir, mais c’est rare (dans mon cas), que ça aille plus loin que quelques mails et/ou ajout à ses amis Facebook. Chacun fait sa vie, fatalement ça diverge, on a de bons souvenirs, on est toujours content d’avoir des nouvelles mais on n’a plus grand chose à se dire en fait.

Plus rare, quand le net permet de renouer un contact étroit et durable. Mais ça existe. Le copain Barnabé, tiens, ça fait bien trois ans qu’on n’avait plus de nouvelles, on savait bien qu’il n’était pas mort, mais on le supposait fâché ou au minimum, surbooké pour ne pas répondre à deux ou trois courriels, ensuite on n’ose plus.

Et puis on écrit des bêtises ici même, et dans le petit forum en bas de la page, une nouvelle signature : ça commence pareil et ça finit différemment, Barbuzard, ça lui va bien.

On avait fait quelques coups sympas ensemble à l’époque, la traversée à la nage d’un lac de 400 mètres de large, mais 12km de long, évidemment dans le sens de la longueur, Groix-Lorient à la nage aussi, quelques îles dans le golfe, montré nos fesses sur un parking d’Arradon à une vieille dame qui nous a traités de tous les noms et que si t’es pas contente Mamie, ben t’es pas obligée de regarder, passé quelques heures à table (et moi sur la sienne de table de kiné, à une époque où ça coinçait pas mal). Enfin des trucs comme on en vit tous avec un bon copain.

Donc moi je n’en fais plus du sport, sauf exception, mais lui oui. À l’époque il commençait à s’intéresser à la plongée, et je le retrouve avec un CV à faire pleurer de honte le commandant Cousteau.

Moi la plongée ça m’a toujours intéressé, mais comme la spéléo, principalement par bouquins interposés. Gamin, j’ai fait pas mal d’apnée mais aussi d’otites, toujours depuis fragile des oreilles, ma zone d’évolution maintenant se limite à 2 mètres, ce qui ne justifie pas vraiment l’utilisation de Nitrox et autres mélanges gazeux, ou de matériel onéreux.

Qu’il continue ses gamineries à 34 ans le Barbuzard, ça ne me dérange pas trop, vu qu’il en a dix de moins que moi, il faut bien que jeunesse se passe. Juste, ce qui me gêne, c’est quand je vois qu’il fait lui, ce que j’ai toujours rêvé de faire aussi, et strictement jamais fait, et ne ferai jamais : plonger sous la terre. C’est comme si j’avais un copain astronaute, qui irait sur la lune, et moi à le regarder aux jumelles, vous voyez... Ou passer le Cap Horn sur le Joshua de Moitessier...

Mais le pire du pire, c’est quand il raconte, comme ça, sur son blog, comment il a plongé dans la fontaine Saint-Georges. La fontaine en question, c’est un de mes hauts-lieux perso, de ces endroits de rêve, ou l’on s’arrête à chaque fois qu’on passe à côté (et j’y suis passé des dizaines de fois), où l’on va pour le plaisir, et où l’on reste des minutes, des heures entières sans rien faire d’autre que rêvasser tellement l’endroit est beau et soulève des tonnes de questions au fond de soi, qu’on est bien incapable d’exprimer, mais voilà... le temps s’y arrête. Saint-Georges c’est en moi, comme le gouffre de Réveillon tout à côté, l’anse de l’Aiguillon en Vendée, ma grotte, le détroit de Magellan que je n’ai jamais vu, la Pierre Saint-Martin, le gouffre d’Aphanicé. Beaucoup de coins karstiques quand même...

Alors voilà, voir la fontaine Saint-Georges de l’intérieur (la dernière vidéo du lien, tout en bas de la page), ça m’a laissé tout chose... comme un goût très doux et aussi un peu amer. Dans le bouquin de Marc Jasinski, pionnier (et cependant belge) de la plongée souterraine Plongées sous la terre, les pages dont je me souviens le mieux (je l’ai lu il y a bien des lustres, il y a belle lurette...), c’est sur ce vieux gardien de la grotte de Han, qui lui avait consacré sa vie, et qui regardait les plus jeunes continuer l’exploration au delà des siphons, lui ne pouvant pas plonger. J’ai ressenti un peu de ça...

Sur sa vidéo au Barbuzard vous verrez surtout du noir, de l’eau, de la roche, un fil d’Ariane, des bulles et des robinets de bouteille. Et la musique, si vous ne l’avez pas, c’est pas très grave. Mais si vous avez gardé un peu de vos rêves de gosse, et que... bon j’arrête ça va mal se terminer tout ça. Il y a ceux qui vont sur la mer, et ceux qui les regardent partir.

N’empêche, c’est beau, la fontaine Saint-Georges (ici sous la pluie en 86, avec le petit Minox et la technique de l’époque — faudra y revenir avec le Speed Graphic).

Messages

  • ça me rend claustro rien que de regarder - ai pourtant lu cet été le bouquin de Francis Le Guen sur son expédition en Australie - avait été assez remué par récit suicide Véronique Le Guen 1 an après son expérience réclusion grotte...

  • Il y a ceux qui vont sur la mer, et ceux qui les regardent partir.
    Bin oui, il m’arrivait souvent de jouer de l’orgue devant un magnifique public dans la cathédrale. Puis on se réveille.
    L’envie aussi de la mer puis juste le tour de Belle-Ile avec un First 29.
    Mais cette envie génère des révasseries bien agréables, voyager sans bouger c’est plutôt écolo non ?
    Et moins dangereux...

  • Merci pour ce récit qui me touche beaucoup...
    Je savais que ça allait te plaire mais à ce point...
    Vient donc avec le Speed Graphic, j’ai plein de petits coins charmants à te présenter, et même en Bretagne.
    Salut et Fraternité mon ami !

    Voir en ligne : http://barbuzard.over-blog.com