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Tous les jours en ce moment, dit-elle

10-01-2009

« C’est tous les jours en ce moment », dit-elle. Je n’étais pas beaucoup à la maison cette semaine, et le grenier je n’y suis pas monté. Mais il a fait fait bien froid, et les trois pièges à souris qui habituellement sont là pour le principe, donnaient chaque jour une bestiole.

À chaque fois quand c’est moi qui les retend les pièges, et enlève le petit cadavre c’est un crève-cœur. C’est tellement joli une petite souris grise, ces fines moustaches, ces gros yeux saillants. Avec les souris on a depuis longtemps aussi l’habitude de la cohabitation : aux débuts de notre vie de couple, on habitait un logement de fonction dans le Haras de Rodez. [1]

C’était un grand appart’ un peu délabré, on se prenait bien de temps en temps un morceau de plâtre du plafond sur le coin du nez, mais c’était quand même la vie de château. Le logement paraissait d’autant plus grand que les seuls meubles qu’on avait au début, c’était une table de camping, une autre pour l’agrandisseur, un piano Fender Rhodes et un matelas par terre. Parfois la nuit on se levait pour faire la chasse aux étalons qui prenaient la poudre d’escampette et se baladaient dans le parc (et je n’étais pas très fier, en pyjama, devant ces grosses bêtes pour moi imprévisibles). Et parfois aussi une petite souris qui se baladait sur l’oreiller. Évidemment les écuries le grain ça les attirait. On s’y était fait aussi aux souris.

Ici, même si on trouve parfois les paquets de nouilles entamés dans la réserve, c’est plutôt au grenier qu’elles se tiennent. La maison est appuyée au coteau, le toit à la hauteur du parc du château (autrefois maison de vacances de Françoise Athénaïs de Mortemart de Tonnay-Charente, marquise de Montespan, le cocu magnifique ; ce qui fait qu’on est un peu de la parentèle, ou du moins en voisinage, avec le Roi Soleil). Donc l’été, les grandes couleuvres d’Athénaïs viennent se chauffer ou muer sur nos tuiles, et l’hiver, les souris cherchent un peu de chaleur.

À la limite le grenier ça ne nous dérangerait pas trop mais les bestioles ont un peu de mal à rester discrètes, ne pas faire de dégâts et même rester à cet étage. L’hiver dernier, j’avais clairement eu la sensation qu’une se baladait sur moi dans le lit. La petite m’avait dit que je me faisais des idées, ou que c’était plutôt une araignée. Mais la nuit suivante, ce n’était plus qu’une sensation mais bien une morsure suraigüe à l’index gauche : c’était bien une souris, et elle avait voulu gouter de mon doigt. J’avais déjà été mordu par un hamster (j’aime bien aussi les hamsters, gerbilles, loirs, lérots, écureuils — mais pas les rats). La morsure de souris c’est la même sensation mais encore plus pointu.

Bond dans le lit ELLE M’A MORDU ! Lumière, elle était au pied du lit, sur la couverture, à nous regarder de ses gros yeux étonnés et un apeurés. Puis fffrrrttt sous le matelas dans lequel elle avait sans doute eu l’intention de faire son nid. Souvenirs des petites souris des Aventures de Petitou, de Dick Laan en collection Rouge et Or : Frétilloux, Vifargent, Grignotis, je ne retrouve plus le nom des autres sur l’instant mais ça reviendra. Mais cruauté de la vie : elle est souris, je suis homme, elle est sur mon territoire et je dois protéger ma femelle et mes petits.

La fin a été épique et atroce : coincée brutalement entre sommier et pied de lit, elle s’échappe. Acculée dans un soin de mur. Achevée à coups de charentaise. Je n’aime pas tuer les animaux, même et peut-être surtout les souris. Mais je n’aime pas non plus, qu’on me grignote le doigt quand je dors.

N’empêche, en ce moment il fait vraiment froid ; elles cherchent un peu de chaleur, et chaque jour il y en a une dans le piège. Vivement le printemps.

P.-S.

Ça me revient, les autres souris de Petitou c’était Noirmuseau et Petitfuté. Le chien, Bontoutou. Le chat, Chatfourré. La mouche, Mouchette. Le corbeau, Cracra. Qui n’a pas lu Petitou enfant, ne sait pas ce que c’est que le bonheur de la lecture.

Notes

[1Les Haras Nationaux, service public en cours de démantèlement actuellement comme les autres — non, ça va encore plus vite que pour les autres. Il n’y en aura plus bien avant que les moteurs à crottin reviennent au premier plan, ce qui ne manquera pourtant pas d’arriver. Pensée pour Monique M. et autres qui attendent leur lettre de remerciement sans aucune autre information que celles du journal.

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