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Obamania

20-01-2009

J’ai déjà écrit, pourquoi et à quel point l’élection de Barack Obama me rendait maussade. Depuis novembre ça n’a pas changé : je suis toujours prudent vis-à-vis des bonnes ou mauvaises nouvelles ; a priori celle-ci en est une bonne, mais on ne sait pas encore si le président Obama sera à la hauteur des espoirs placés dans le candidat.

En revanche, ce qui est sûr et certain, c’est que depuis novembre, notre petit monarque à nous, n’est pas devenu autre chose que le grossier personnage inculte, nerveux et narcissique que l’on connaissait déjà, et ressemble de plus en plus au triste sire du Roi et l’oiseau de Prévert et Grimault. On n’est pas encore à mi-mandat, et quand on cherche l’alternative, pas d’Obama français en vue... La droite aux ordres et aux (bonnes) affaires, le PS un champ de ruines, le PC y’en a plus, restent Bayrou et Besancenot, sympathiques mais qui ne suscitent pas vraiment un fol enthousiasme. Alternatives par défaut.

Bon, enfin, on ne va pas pleurer, en Italie c’est encore pire et dans plein d’autres pays aussi. Et puis il y a au moins une bonne raison de se réjouir quand même, de l’élection d’Obama, que nous ne sommes pas très nombreux à avoir perçu.

C’était au journal de 13h de TF1 samedi, je l’ai appris par mon forum préféré. Un samedi, donc pas de reportage Pernauséeux sur le musée de la machine à coudre de Chichigneux-le-viel ou le dernier rempailleur de prie-dieu. Non, un vrai, beau reportage sur David Burnett.

Peut-être ne connaissez-vous pas David Burnett. C’est un excellent photo-journaliste américain, parmi les meilleurs. Il s’était fait notamment connaître en 2004 en couvrant la campagne du candidat démocrate John Kerry. Ça n’avait pas porté chance à Kerry, dommage sans doute pour la planète, mais Burnett avait fait vraiment des photos qui sortaient de l’ordinaire, d’un sujet pas facile.

Kerry par Burnett

En fait, c’est plus compliqué que ça. Burnett avait suivi Kerry avec un matériel complet et varié, réflex numérique dernier cri, vieux Rolleiflex, et une antique chambre SpeedGraphic, équipée d’un objectif pour photographie aérienne datant de la seconde guerre mondiale. Assez rapidement, David s’était rendu compte qu’avec son matériel numérique, il faisait d’excellents clichés, impeccables, toujours nets et piqués, mais que rien ne différenciait vraiment de ceux que produisaient les autres photographes. Avec la chambre grand format et son objectif AeroEktar à grande ouverture, il pouvait au contraire détacher son sujet d’une façon extraordinairement nette, de l’environnement flou. Du coup, ses images insolites ont eu un grand succès. Conséquence imprévue, les prix de l’AeroEktar se sont envolés sur Ebay. Mais l’objectif seul, ne fait pas le talent : avec le même matériel il peut sembler facile de faire du Burnett, mais voilà il l’a fait avant, et d’ailleurs ne s’en tient pas à cette seule technique.

Si je reparle de Burnett ce soir, c’est que le reportage de TF1 le montrait au travail lors de la campagne d’Obama, qu’il a suivi lui-aussi comme un petit chien des mois durant, avec son lourd matériel (toujours la SpeedGraphic, équipée cette fois d’un objectif à portrait en laiton du début du XXième siècle). Et qu’il était en quelque sorte le photographe officiel du candidat. [1]

Donc voilà, comme je vis depuis juillet une belle histoire d’amour avec ma Speed Graphic, je suis heureux ce soir, de savoir que sa petite sœur, entre les mains d’un vrai photographe, participe à la fête à Washington, au milieu des réflex japonais bourrés de mégapixels. Et que le nouveau président des États-Unis, en plus de sembler sympathique, cultivé, ouvert, et posé, sait aussi choisir son photographe.

Pour la suite, l’avenir le dira.

P.-S.

Pour ceux qui n’auraient pas suivi le lien vers le site de David Burnett, faites-le ne serait-ce que pour la photographie de page d’accueil, grande leçon de portrait, et de photo.

Notes

[1On notera là-aussi, le choix d’Obama, d’un photographe original et talentueux, quand notre petit monarque avait choisi comme portraitiste un paparazzi plus habitué aux paillettes qu’à la politique, et comme portrait officiel, une photo ridicule.

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