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La fille de d’Artagnan

03-02-2009

Ma grand mère habitait en plein cœur du marais poitevin, qu’on surnomme la Venise verte. À Damvix pour être précis, mais pas dans le bourg. Un hameau isolé, en bordure de la Sèvre niortaise, Les Bourdettes. À peine une dizaine de maisons, autour d’une écluse à la Simenon. Les voisins d’alors s’appelaient Fradin, Favreau, et il y avait aussi les deux Victor. Victor Ménard, à droite, une sorte de sauvage que je n’ai jamais vu que de loin, car il habitait de l’autre côté de la conche et n’ouvrait jamais les volets de sa maison, dans laquelle il vivait seul. Mais je l’ai souvent entendu brailler comme un veau après ses chiens, toujours attachés sous son hangar, au milieu de ferrailles agricoles. Ça faisait quelque chose comme Borrrdel de Bon Dieu d’Bon Dieu d’Bon d’la d’putain d’chin, si je me souviens bien. Ce Victor-là est mort il y a quelques années.

Mais j’ai bien connu, de l’autre côté de la maison, l’autre Victor. Victor Poulteau. Plus exactement, Victor, Napoléon Poulteau, à l’état civil. Victor était plus ou moins, je crois, enfant de l’assistance publique. Les grands-parents lui avaient mis à disposition gratuitement la maison vide de la tante Hortense, mitoyenne à la leur. Ce n’était pas un château : un couloir, une grande pièce avec un évier et une cheminée, carrelage ou plus probablement terre battue, mais bon, ça lui faisait une maison à lui malgré tout. En échange il leur faisait un peu de jardin. Il faisait un peu partie de la famille, et c’est lui qui m’a appris à pigouiller sur les conches. Au début il me faisait un peu peur, en plus je ne comprenais rien à son patois, mais par la suite je trouvais un certain plaisir à sa compagnie — à petites doses.

J’ai oublié de vous dire, que Victor, s’il n’était pas exactement ce qu’on peut appeler un idiot de village, car il avait un certain bon sens, était tout de même, comme on disait à l’époque, un simple d’esprit. Illettré, malgré les efforts du grand-père, pourtant ancien hussard noir de la République.

Quand le grand père est mort, la grand-mère a gardé Victor à côté d’elle, principalement pour ne pas le mettre dehors, car il n’avait rien, ni personne ; et aussi parce que les Bourdettes l’hiver il n’y restait quasiment plus personne et c’était assez lugubre. Elle-même préférait passer la mauvaise saison chez ses enfants, mais quand elle était chez elle, la présence de Victor-Napoléon, si elle n’était pas des plus réjouissantes, était malgré tout présence humaine, masculine et un peu sécurisante. L’hiver sur le marais poitevin, c’est très beau si l’on veut, mais pas très gai.

Donc, traditionnellement, après le déjeuner, Victor venait faire conversation à la grand-mère, toujours en pantoufles et tablier de jardinier. Et de même le soir avant dîner, quand elle regardait les informations régionales, après Des chiffres et les lettres. Et de l’entretenir une heure durant, du monde selon Victor Napoléon Poulteau, simple d’esprit à Damvix, Vendée. Je pense aussi que même si c’était indiscutablement un bon garçon, sans un soupçon de méchanceté, elle quittait Damvix un peu aussi, pour fuir ces conférences quotidiennes.

Victor s’intéressait à la politique, et venait aussi visiter la grand-mère, parce qu’il savait trouver chez elle la télé, qu’il n’avait pas, allumée. Et il avait une conscience politique bien à lui, avec des arguments implacables. Pour lui, le bon politique, était celui qui respirait la force et la santé : les maladifs, les petits, les pâlots, il ne les aimait pas. Aussi votait-il à chaque élection, toujours selon la tête du client. « Thiau-là, l’a point boune mine, il est tout jhaune, le vivra pas vieux, ô doit être e l’ foie, ol é point pour lui qu’y voterai. » En gros, pardonnez si j’ai un peu perdu de mon parler poitevin qui était d’ailleurs « fraghile ».

Si je repense à Victor, mort lui aussi tout jhaune, non point d’ô foie, mais d’insuffisance rénale, après des années de dialyse, c’est parce qu’hier j’ai entendu à la radio Didier Porte, évoquer Sophie Marceau, qui elle-même avait déclaré la veille dans une émission de télé qu’elle avait tiré au sort dans l’isoloir, son bulletin de vote entre Royal et Sarkozy. Le hasard avait désigné Sarkozy, ce qu’elle ne regrettait pas. Porte ajoutait justement que c’était probablement vrai, vu qu’elle avait dû percevoir un gros chèque avec le bouclier fiscal, mais il ajoutait perfidement que la prochaine fois qu’elle fermerait les yeux pour choisir son bulletin, elle ferait bien ensuite de « fermer sa gueule, ça lui éviterait de passer pour une conne ».

Cette histoire m’a un peu peiné. J’avais un a priori favorable sur Sophie Marceau, pas tant pour ses films, même si j’aime bien La fille de d’Artagnan et Coup de torchon (je n’ai vu aucun des autres, même pas la Boum 1, 2, 3, 4, 12, si, je vous assure c’est vrai — ah, si un James Bond, je ne sais plus lequel). Je l’aime bien, donc sans la connaître, principalement à cause de la chanson de Julien Clerc qui parle de ses seins, comme l’archétype de choses rondes et douces. Et puis je me suis souvenu avoir proposé, il y a quelques mois, de remplacer la photo de Sarkozy par celle de Sophie Marceau dans les mairies.

Alors, merde. Voilà. Que la femme à qui je proposais cet honneur, non seulement ait voté pour le petit monarque Nicolas Cinq et Trois font Huit et Huit font Seize, mais en plus, en s’en remettant au hasard, elle, une femme réputée intelligente, cultivée, quand un simple d’esprit affublé d’un prénom ridicule à Damvix, Vendée, se serait tout bonnement rendu compte à la télé que cet homme-là, agité, péremptoire, et imbu de sa personne, n’était tout simplement pas en bonne santé, ça me dépasse. On ne demande certes pas aux artistes de s’engager à tout prix dans la vie politique et d’avoir une opinion argumentée sur tous les sujets de société. Mais dans ce cas là, au moins, qu’ils ne sortent pas de leur petit fromage de promotion.

Alors je retire tout ce que j’ai dit. Je propose qu’à la place du portrait de Sarko Cinq et Trois font Huit et Huit font Seize, dans les mairies, on affiche le portrait, fut-il imaginaire, de Victor-Napoléon Poulteau, jardinier et simple d’esprit à Damvix, Vendée. Lui au moins, avait une ébauche de conscience politique, et, s’il ne brillait pas par son intelligence, n’était pas si con.

Messages

  • La beauté de ses seins est inversement proport..........
    Dommage que tu ne lui ai pas tiré le portrait à ce brave homme. L’analyse de ces gens là vaut mille fois mieux que les cogitations débiles entendues ça et là !
    Il devait être plutôt beau dans son coeur !!!

    Voir en ligne : http://lapossonniere.canalblog.com

  • Cette charmante personne, à qui le journaliste demandait : "Et en 1981, vous avez voté pour qui ?" Sophie Marceau réponds sans hésiter : "Pour Mitterrand, J’en garde un souvenir de fierté et d’espoir".

    Comme le souligne avec justesse le journaliste du Canard Enchainé, Sophie étant née le 17/11/1966, elle avait 14 ans et demi en le 10/05/1981....

    Nous sommes donc en présence de ce que l’on pourrait une personne qui possède le "Q.I. d’une moule" comme nommait ainsi mon grand-père, en fin analyste politique, la plupart de ses contemporains.