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On fait pas un métier facile (bis)

13-02-2009

Georges est un vieux copain. On s’est connus à Bordeaux en classe prépa en 82, à l’époque ou l’on pensait sincèrement l’un comme l’autre, que notre vocation c’était d’être géomètres-topographes.

En fait, il ne s’appelle pas du tout Georges. Mais comme il portait, et porte toujours le même patronyme qu’un homme politique célèbre dans les années 80, ancien mécanicien ajusteur, célèbre pour ses velléités de faire taire certain journaliste aujourd’hui sarkoziste, on l’appelait Georges, comme l’autre. Aujourd’hui on ne doit plus être très nombreux à l’appeler comme ça.

Georges était le type même du bon copain, allant facilement vers les autres, toujours de bonne humeur, toujours serviable, sachant désamorcer les conflits d’une boutade, porteur du cahier de textes, délégué de classe, médiateur entre les élèves et les profs ou l’administration. Pour tout cela apprécié des deux côtés, mais toujours intègre et jamais lèche-bottes de personne. Avec ça grand organisateur des soirées étudiantes où je n’ai jamais mis les pieds, car ça se passait plutôt sur la cité U à Talence et moi j’avais une piaule en centre ville chez une charmante grand-mère qui n’aurait pas été tranquille de me voir rentrer tard. Et puis je n’ai jamais été tellement fêtard, ne sais pas danser ; j’ai deux pieds gauches, n’aime pas le contact physique avec des gens transpirants, ni le bruit, la foule, ni me coucher tard. Asocial, dans un sens, déjà, et ça ne s’arrange pas avec l’âge.

On a fait nos deux années ensemble, pas amis mais copains, respect mutuel, et puis complètement perdus de vue. Et puis voilà-t-y pas qu’il y a deux mois, je vois son nom, et son prénom (le vrai) dans une liste syndicale pour les élections professionnelles. Je me suis alors rappelé que mon Georges était originaire de Charente-Maritime, et qu’un mandat de délégué syndical, ça allait comme un pavé dans la gueule d’un flic, au souvenir que j’avais de lui. Je me suis donc fendu d’un mail type « bouteille à la mer », et évidemment c’était lui, qui était devenu géomètre comme moi, dans les troupes à Darcos (et si on aurait su, on aurait pas v’nu).

On ne s’est toujours pas revus real life comme dit le frangin en phase de virtualisation totale, qui dit ne plus voir le monde que sous la forme de fenêtres d’écran juxtaposées. Mais on s’écrit.

En plus d’être militant syndical et délégué du personnel, Georges est directeur d’école, et une bonne plume. Aussi ce soir, on va continuer sur la lancée de la semaine dernière, et rester dans le petit monde de l’Éducnat. Je ne vais pas vous en dire plus, juste recopier, verbatim, le mail reçu ce soir, dont je pense que vous apprécierez la valeur.

À toi, mon Georges — enfin, je veux dire, Jean-Luc. En attendant un futur blog, j’espère.

Voilà une semaine riche qui se termine...

Lundi : coup de téléphone d’une mère qui me demande de prévenir son fils qu’elle ne pourra pas venir le chercher à la sortie des classes car sa sœur vient de se prendre un coup de fusil tiré par son beau frère.

Mardi : suite à la tempête de lundi et aux coupures de courant dans le
secteur, une mère vient me demander l’autorisation d’utiliser la douche de
l’école pour ses deux fils, celui qui est à l’école et son frère qui est
collège, car elle n’a plus d’eau chaude chez elle.

Mercredi : repos

Jeudi : une mère m’appelle le matin pour me dire qu’elle venait de découvrir dans le cahier de son fils qu’il fallait prévoir un pique nique pour le jour même en raison de la venue des correspondants. Elle me dit qu’elle viendra donc chercher son fils à midi. Je lui dis que ce n’est pas une bonne idée et que son fils doit rester pour passer la journée avec les correspondants et qu’elle a bien de quoi lui préparer un
pique nique. En direct au téléphone, elle ouvre son frigo et me fait la
liste de ce qu’elle y voit. On arrive à faire le menu ensemble, mais elle
conclut en me disant qu’elle n’a pas de pain. A ce moment là je lui dis que
je suis en classe avec mes 30 élèves et que je ne peux pas aller lui en
chercher.

Vendredi : Des parents demandent à me voir. Le monsieur n’a pas de boulot en ce moment et veut se lancer dans l’élevage d’escargots.
Comme il doit suivre une formation et qu’il a arrêté ses études depuis
longtemps, il me demande si je pourrai lui donner un coup de main pour ses cours. Je lui ai dit que je n’étais pas très calé en élevage d’escargots,
moi je sais surtout les manger, mais que je verrai ce que je peux faire pour
lui.

En fin d’après midi je reçois un élève de ma collègue de CP qui n’a rien
trouvé de mieux que de mordre le nez de son copain pendant la récréation.
Je lui ai dit que je trouvais cette idée un peu étonnante et que s’il ne
mangeait pas à sa faim à la cantine, il devait nous le dire et ne pas se
mettre à manger ses copains.

Voilà, c’est strictement réel.

Avec tout ça, il faut trouver un peu de temps pour faire la classe, l’aide
personnalisée, les concertations, et j’en passe...

Bon ce soir on va aller boire un petit coup de rouge dans les écoles qui
seront ouvertes et ça ira mieux.

Photo : Bordeaux, lycée Eiffel, 1983 ou 84. Votre serviteur, de dos. Georges, pull rayures.

Messages

  • Oui, chapeau collègues !

    Je vais reprendre une classe en septembre, après plusieurs années de détachement à la Ligue de l’Enseignement, (postes de détachés supprimés) et j’ai beaucoup, beaucoup la trouille de ne plus savoir faire un métier aussi difficile.
    Ce que je fais actuellement n’est pas particulièrement facile, il faut bosser comme pour tout, mais je sais qu’en classe c’est devenu autre chose et je suis à la fois émue et paniquée de rejoindre cette institution, l’idéal toujours chevillé au corps, faire le maximum pour que tous les élèves y arrivent.

    Leur faire tenir, aux élèves aussi, un journal, avec entre autres, cette idée de noter en fin de semaine, un fait marquant pour chaque jour... et plein d’autres "exercices" d’écriture inventive.
    Leur faire "aimer la grammaire", comme dit Pierre Bergounioux, vaste chantier !
    Et tout le reste... l’institution ne craignant pas l’oxymore (l’occis-mort ce sera peut-être moi à la fin de l’année) : le prof des écoles reste le grand généraliste, spécialiste de toutes les matières.

  • Eh bien pour moi septembre 2009 ça sera la 30..et quelques ième rentrée, sans interruption depuis le début. La fin n’est plus très loin, mais pas pour tout de suite, alors ce sera encore une fois à recommencer : Toujours de l’énergie à dépenser, des solutions à trouver, et de la patience, de la patience... je ne trouve pas ça difficile, mais fatigant, éprouvant même. Alors, à tous les collègues de maternelle, primaire, secondaire ou autres qui viennent après les cours prendre un bol d’air au CafCom, courage ! Tout ça n’est pas fait pour rien bien qu’on ait du mal à s’en rendre compte au jour le jour.

    PS pour le collègue qui a inspiré cet article : la dame qui savait/pouvait pas préparer le pique nique de son lardon, elle t’a fait pitié, t’a énervé ou amusé ? Moi, devant ce genre de situation qui est aussi mon quotidien, je réagis différement suivant les jours, et la conjoncture. Là je ne crois pas que j’aurais eu ta patience... Comme on dit dans le Médoc, c’était encore une "mourre" celle là (débilotte) ou plus exactement terme qui qualifie tous les comportements stupides.
    Au fait vous voulez une anecdote récente : une mère a traité la chevelure de sa fille (contre les poux évidemment).. au RICARD ! La petite empestait toute la journée l’anis, je me croyais aux fêtes de Dax en plein mois de janvier...

    • Le Cafcom, oui un bol d’air qui sent bon la mer (parfois la Manche, parfois l’Océan) et les palmes en fibres de carbone.

      Nous viendrons prendre des récrés et recharger les accus.
      J’en ai déjà besoin, j’ai oublié de signer le premier billet.
      Donc je signe et contresigne.
      Michèle P.

  • Bon Jacques, je suis un peut aturdit avec la sucession vertigineuse d’ocorrences !

    Il faut avoir beaucoup de competences pour faire face à ce types de solicitations...

    Ici au Portugal, ce que je sent est que les parents ce ont demits de être parents, ils peur de ses fils adolescens et quend les choses sont noir à l’ecole, ils arrive et font ménaces aux professeur !

    Les relats d’agressions sont horribles et nous font penser que ta profession, maintenent a des risques tangibles !

    Sans commentaires, il faut que chaqu’un fait le meilleur qui peut dans son métre carré et si je suis dans ta place je donnerai à maman qui ne savai cuisinier un cours de cuisine vegetarienne ! Comment exiger de l’enfants attention, tranquillité à ce moment en qu’ils sont emergie dans la desoriantation des adults completment en desiquilibre !!

    Je t’embrasse fortemant et bravo por ton blogue !

    Bravo pour les bon Bon !
    Isabel Rios
    (Mon e-mail est Isabel.p.rios@hotmail.com)

  • Je ne sais plus quel métier, je fais … Assistante sociale ? animatrice ? éducatrice ? gendarme (mais sans moto) ? gardienne ? laçeuse ? distributrice de mouchoirs en papier ? dompteuse ? Equipière éducative ? Souteneuse ? Rappeleuse de règles ? Chef … Parfois quand j’ai cinq minutes non occupées, je leur apprends à lire et à compter.
    Et tous les soirs je remercie Sainte Rita, patronne des causes désespérées … de ne pas être en prison … Je crie, je parodie "Dans la classe de Cp, il n’y a pas un élève … Coucou … ", je punis mais je résiste à la tentation d’en retourner une …

    Plus que 13 semaines 1/2 !

    Je ne m’entraîne plus qu’une fois par semaine :-( et je ne ferai pas de courses de nage durant l’année scolaire !

    Demain, je ne fais pas grève car s’ils n’ont pas de règles pendant une journée, je vais galérer jusqu’aux vacances.