Café du Commerce
Accueil > Blog > Photographie > Obere Freiarchen Brücke

Obere Freiarchen Brücke

17-02-2009

Je ne suis pas un grand voyageur, c’est le moins que l’on puisse dire. Il y a toujours eu à ça d’excellentes raisons : on n’a qu’un seul (petit) salaire et une maison à payer, les voyages coûtent cher ; on avait des enfants petits, des chiens, maintenant les enfants sont grands, il y a toujours un chien, enfin bref c’est des vraies fausses bonnes mauvaises raisons. Quand on veut vraiment voyager je pense qu’on peut, suffirait par exemple de ne pas s’acheter de machines à musique, de palmes en fibre de carbone, ou d’appareils photo exotiques, et avec les économies réalisées, partir. Mais voilà c’est comme ça : la vraie raison c’est qu’on est pantouflards.

Pourtant une fois j’en ai fait un de beau, de voyage. En 1987 ça date pas d’hier, j’avais pris l’avion pour la première fois pour Berlin-Ouest ou résidait le frangin. C’était novembre, il faisait nuit à 17 heures, et la ville baignait dans une lumière toute particulière qui n’a pas dû changer.

Mais sous le même ciel, la ville a forcément profondément changé depuis la réunification. Parce qu’à l’époque Berlin était encore coupée en deux, et j’avais marché des kilomètres le long du mur, dans des quartiers déserts. Et fait forcément des photos, avec le petit Minox et le gros Hasselblad (depuis j’ai cassé le premier, et vendu le second : dans les deux cas : bêtement).

Ce week-end j’ai eu envie de faire des scans des négatifs rapportés de ces quelques jours. Ce qu’il y a de bien, avec l’argentique, c’est entre autres que 22 ans après, les négatifs sont parfaitement intacts dans leur pochettes cristal, quand des fichiers numériques on les aurait perdus sans doute quatre ou cinq fois dans le même intervalle de temps, entre les effacements accidentels, les pannes de disque dur et les supports défectueux.

J’ai vraiment eu du plaisir à ressortir ces photos. Pour rendre justice à l’informatique, j’ai même pu avec le scanner et l’ordinateur, exploiter des négatifs qu’à l’époque je n’avais pas été capable de tirer à l’agrandisseur. Notamment celui-ci, pas facile à équilibrer, à cause des contours nets de la trémie sur le ciel :

Chat Berlinois

C’était sur un pont qui ne donnait nulle part, enfin, si, sur le mur, dans lequel disparaissaient également les rails du tramway. J’avais auparavant longé un canal mélancolique et j’étais là, seul sur ce pont idiot, avec ce chat qui ne l’était sans doute pas moins, et en pensait probablement autant de moi.

En regardant la photo, j’ai eu la curiosité de lire le nom du pont sur la plaque, car j’avais envie de voir des photos récentes du coin :

Plaque

Pas facile à déchiffrer. « OberFreinichen Brücke » ? J’ai fini par trouver sur Wikipedia, qui a eu la bonne idée de lister tous les ponts de Berlin. En fait, c’est ObereFreiarchen Brücke, qu’il s’appelle, le pont.

La plaque est toujours la même, elle a été repeinte et même tagguée :

Plaque 2009
Photo : Tamara Trzoska

Mon canal mélancolique, l’été, ressemble à la Marne des impressionnistes. Le saule a grandi et masque l’immeuble du fond :


Photo : www.net-berlin.de

Mais vu de l’autre côté, et en hiver, c’est moins champêtre :

Photo : Erick Pischel

Voilà... J’étais assez fier de mon enquête géopolicière. Content de savoir que si le chat est sans doute mort à l’heure qu’il est, le pont existe toujours. Il a même retrouvé sa fonction première de pont, servant à passer d’un endroit à l’autre du canal. La poésie y perd peut-être un peu, mais bon, on ne va quand même pas regretter le mur de la honte et son cortège d’assassinats.

Enfin, si, un tout petit peu, quand même. Pour le chat, les souvenirs, et parce que je préfèrerai toujours les ponts inutiles, et déserts, aux déversoirs à voitures.

JPEG - 69.6 ko
Chat Berlinois

P.-S.

Novembre 2009 : Merci à FB et publie.net pour le magnifique portfolio de mes petites images (cliquer pour vision plein écran) :

Messages

  • la magie de Berlin c’est que d’autres balades produiraient des images aussi surprenantes, mais en des lieux différents - l’Est maintenant flambant neuf, et le Kurfürstendam qui accuse 20 ans d’abandon...

  • à regarder la trémie, il me vient un drôle de souvenir : une fois, on a vu un camion rempli d’anguilles les balancer là dans la Sprée - je ne sais pas si c’était à ça que servait cette trémie ?

  • De retour de wwwacances, ayant fait plein de mauvaises photos numériques, c’est sympa de retrouver de vrais images surgissant du passé ! (en espérant que celles qui vont sortir du M6 soient plus....)
    Aux Sables, pas vu Madeleine !!!
    Sur le site de Lucien Suel par contre j’ai vu "le café du commerce" : http://cafeducommerce.blogspot.com/

    Voir en ligne : a