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En un mois

mercredi 18 mars 2009, par JB


Un mois s’est écoulé depuis la dernière livraison du Café du Commerce. Ça n’est pas bien : quand ça arrive à d’autres blogs amis, même pour une période plus courte, je m’inquiète. Mais bon, ici vous êtes un peu habitués à cette périodicité hautement variable.

Alors en un mois que s’est-il passé ? En vrac, vaguement chronologiquement et surtout sans hiérarchisation.

- Je suis tombé dans le Carnet de notes de Pierre Bergounioux et lu d’une traite, longtemps que je n’avais pas avalé si vite un aussi gros bouquin. Toujours un peu mauvaise conscience avec tous ces paragraphes qui commencent par « Debout à cinq heures. » J’en connais un autre qui est comme ça ; moi j’aime bien mon lit le matin : je ne serai jamais écrivain.

- Deux semaines de vacances bienvenues : la première il a fait grand beau, travaux de peinture avec un copain dans une pièce sans fenêtre mais en musique. La deuxième, pluie.

- Une de mes tantes, Yvette, est décédée. Obsèques à Saint-Nazaire. Heureusement qu’il y avait eu cet été et les précédents, et qu’il y aura malgré tout cet été et les suivants, les rencontres de Damvix.

- Après la cérémonie, le cousin François m’a donné une boîte à chaussures contenant deux appareils photos Olympus, dont un OM-1n, un très bel appareil qui me faisait envie depuis longtemps. Ravi je suis, il est vraiment très beau cet OM-1 ; le problème c’est juste que des réflex 24x36 ça m’en fait maintenant six en trois marques, sans parler du 6x6 et de la chambre. Donc embarras du choix au moment de changer de pellicule, et puis je suis tellement habitué à mes vieux Nikon...

- Au retour, arrêt à Triaize en Vendée, ou depuis cinquante ans au moins on achète un jambon de pays unique au monde, longuement mariné aux herbes, moelleux et parfumé, à cuire à la poêle ou barbecue, un délice. Le charcutier n’en fait plus car il est en train de vendre sa boutique. Les acheteurs ne se bousculent pas, et son successeur éventuel n’aura plus le droit de faire du jambon comme ça pour cause de normes sanitaires, seuls les industriels ayant un service vétérinaire dans leurs locaux le pourront. Il m’explique que les intoxications alimentaires graves sont toujours le fait de produits industriels et non artisanaux, car « les bactéries on en est entourés et on en a besoin, il y en a autant de bonnes que de mauvaises. À vouloir un environnement avec zéro bactérie, quand une résiste, elle prolifère car l’équilibre est rompu. Et si nos produits à nous étaient mauvais, il y a longtemps qu’on aurait disparu. » Un pan d’enfance qui disparaît, l’odeur et la saveur du jambon de Triaize.

- Lu Sartoris de Faulkner, mis longtemps à crocher dedans, puis Miette et la mort de Brune de Bergounioux.

- Reçu des plan-films et un nouveau verre de visée pour la SpeedGraphic, ça fait la même impression que de chausser ses lunettes de vieux devant l’ordinateur : c’est vraiment mieux.

- Je n’ai pas refait le squelette et la feuille de style du site, comme je m’étais promis de le faire. C’est pas le code qui me fait peur : plutôt que je n’ai aucun goût ni imagination pour les choses graphiques en général et les couleurs en particulier, tout juste capable de plagier. Et puis aussi je ne tiens pas toujours mes promesses en fait, surtout quand je me les fais à moi-même.

- Quadrillé quatre fois de suite un bois dans lequel la petite avait vu des ruches, pas trouvé les ruches, mais les ruines d’un Citroën H. Souvenirs d’enfance, celui rouge et blanc du boucher Michel Rochereau, tout neuf dans le garage paternel. Je jouais avec les tiroirs et placards, et le grand levier de vitesses, comme si c’était un vaisseau spatial. Même l’odeur de skaï, d’acier, de peinture et formica neufs est revenue, c’est drôle la mémoire comme ça fonctionne.

- Gilles m’a offert son agrandisseur, un superbe Durst 138s, deux mètres de haut, 80 kilos, passe les négatifs jusqu’à 13x18cm. J’en ai pour des semaines à le démonter, nettoyer, repeindre, et remonter (ce qui n’est pas gagné). Ensuite je pourrai le regarder amoureusement et l’astiquer de temps en temps, dans le cagibi. C’est à peu près tout ce que j’en ferai, n’ayant plus de labo ni la place pour en aménager un. Mais quel bel engin ! Madame pas spécialement ravie, d’héberger ledit agrandisseur dans sa maison, elle ne le pensait pas si imposant.

- L’accordeur est venu accorder le Pleyel. Pas de chance c’était un matin j’étais au boulot, j’aurais bien aimé discuter un peu de son piano à lui. Retrouver le piano après accord, c’est comme chausser ses lunettes de vieux... enfin je l’ai déjà dit.

- Passé beaucoup trop de temps à glandouiller sur le forum.

- Retrouvé sur Internet la maison de Toutou et l’autobus à impériale. Soit ça a vraiment mal vieilli, soit c’est moi qui suis, définitivement, passé du côté des vieux cons. Sans doute les deux. Du coup je n’ai même pas tenté de regarder aussi les Sentinelles de l’air (Thunderbirds) : j’en ai un bon souvenir, autant en rester là.

- Bashung : je ne le connaissais pas bien, écouté le concert donné en hommage par France-Inter, extraordinaire version du Cantique des cantiques. Sans doute la consonance, je mélange toujours un peu Bashung et Bashō. Je ne sais pas si Bashung écrivait aussi des haïkus ?

- Hier soir B. est passé chercher des papiers pour l’asso des donneurs de sang. On a pris l’apéro, commencé à parler de son nouvel ordinateur, et fini comme chaque fois, par évoquer sa première femme et ses trois enfants disparus dans des conditions abominables. À chaque fois je le quitte tout tourneboulé, et admiratif de sa finesse d’analyse, sa force de caractère, sa générosité, et la profondeur de son regard. Ouvrier d’usine, sa femme aide-soignante de nuit, il font chaque année des cadeaux somptueux au service pédiatrie de l’hôpital, et portent à bout de bras un projet de maison des parents pour le nouvel hôpital. « C’est pour qu’on ne les oublie pas, qu’on continue d’en parler, qu’ils vivent encore. »

- Cet après-midi, dans un autre bois, tombé par hasard sur les ruches que je cherchais depuis si longtemps (ou d’autres). Mais l’emplacement pas propice à la photo que j’avais dans la tête.

- Commencé à travailler une valse de Beethoven à la demande de la petite, qui n’en peut plus de m’entendre ânonner toujours les mêmes préludes et fugues du Clavier bien tempéré. Après le Durst, je peux bien lui faire ce plaisir.

- Hélène Grimaud à la radio, parlant du piano : « On passe notre vie à tenter de faire chanter un instrument à peu près aussi chantant qu’une machine à écrire. » C’est bien vrai, et pour ça que je n’y arrive pas, la bonne blague.

- Me suis plongé dans le deuxième volume du Carnet de notes. Après on verra, 1260 pages ça fait encore quelques soirées penché sur l’épaule de Bergou, à la « table de peine ».

Voilà. Ça et autres choses... Salut, et fraternité.

Messages

  • MInce que c’est frustrant, j’étais prèt à envoyer un mail !
    On se connait pas mais ... si en fait !
    Un mois c’est long Tu veux pas un durst M600, mon premier agrandisseur (1969), il est moins grand, beaucoup moins grand, état neuf, en sommeil depuis une dizaine d’années remplacé par un Dunco.
    Mais je suis assez nul au labo.
    T’es pas écrivain, mais tes textes sont plutôt agréables.

    Voir en ligne : ar

    • Ah ben c’est gentil, mais non, je ne vais pas commencer une collection d’agrandisseurs... J’ai toujours mon fidèle Rohen dans un carton, et maintenant le Durst, ça va comme ça... En revanche le Leica, s’il ne te sert plus ? ;-)

  • Dis-donc en un mois, tu ne chômes pas ; tu es sûr que tu ne te lèves pas à 5h toi aussi ?
    Tu verras le Carnet de Notes 1991-2000, il y est beaucoup question de F.
    Dommage pour le jambon de pays de Triaize, j’aurais bien aimé goûter.
    Touchée par la fin de ta note, ton ami de l’association des donneurs de sang. Avec quoi il faut vivre pour certains et le courage pour avancer quand même.

  • le bon de la chose, c’est le plaisir de trouver à nouveau pitance.
    Pour Bergounioux, outre les "levers" à cinq heures, il y a le "mis une lessive en route"

    Voir en ligne : http://brigetoun.blogspot.com

    • et ne pas oublier "je dépêche un paquet de copies" ; je bossais encore avec lui et lui avais proposé, comme titre du tome 2 " Pauvre Bilou " mais c’était bien mal compris de ma part et le fiston s’est mis dans les rails de papa et devient un gros collectionneur(des mêmes choses)

    • Et ne pas oublier non plus " j’extrais (tel livre)".
      Me suis toujours demandé ce que ça voulait dire.
      Que fait-il quand il "extrait un livre" ? Je ne suis pas sûre de l’expression en plus. Pas le Carnet sous la main. Suis au boulot.

  • ...évoquer Bergounioux !

    Oui, les lessives, les copies, le book day, la route des Bordes et le tas de ferraille chez les bohémiens, et comme ces choses si banales nous touchent malgré tout. Extraire je me suis aussi posé la question... sans chercher vraiment la réponse d’ailleurs.

    • Alors,çà veut dire : lire exclusivement assis à une table et noter avec un crayon criterium les mots, expressions, idées qui font mouche et que l’on ne voudrait en aucun cas oublier ; çà suppose des milliers de cahiers et un méchant sens du classement ; pour moi qui adore lire au lit ou vautrée dans un fauteuil,c’est trop sérieux, mais je mesure ce que j’ai perdu depuis l’âge de 7 ans que je lis.

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