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Le fantôme de Ciccolini

23-03-2009

J’aime bien lire ou écouter des interviews d’artistes. Je ne parle évidemment pas d’interviews comme celle récente de Sophie Marceau, mais de gens ayant quelque chose dans la cervelle.

Parfois, certains ont des phrases, des images, qui interrogent, font réfléchir, surprennent. Des phrases que sans effort on retient. La semaine dernière, je vous parlais d’Hélène Grimaud et de son piano « aussi chantant qu’une machine à écrire ».

Ce soir, j’entendais sur France-Musique, Aldo Ciccolini, autre grand pianiste. À 84 ans, il travaille toujours son piano sept à dix heures par jour. Question du journaliste : « à votre âge, avec votre carrière, vous éprouvez toujours le besoin de travailler votre piano ? Vous y trouvez encore un intérêt ? »

Réponse : « c’est ma raison de vivre. D’ailleurs je me dis souvent que je suis mort déjà depuis plusieurs années, et que seulement quand je joue, j’ai l’impression de vivre encore. Les miracles il n’y en a pas dans la vie, avec le piano encore moins. Si on arrête même un tout petit peu, c’est fini. » La voix un peu nasale, et comme usée, était cependant posée et sans coquetterie.

J’étais en train de me garer devant la maison, je suis resté quelques minutes assis dans la voiture, à chercher à comprendre — ou plutôt, à méditer sur cette phrase.

Quelqu’un qui vous dit qu’il est mort depuis plusieurs années, ben ça n’est pas si courant.

Photo Marc Ginot

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