Café du Commerce
Accueil > Blog > Vie minuscule > La consultation

La consultation

22-04-2009

Il faut vous dire qu’on a quelques soucis d’étanchéité avec la toiture, qu’on a refaite nous-mêmes avec les gamins, il y a 2-3 ans, même qu’on ne referait pas ça tous les jours.

À chaque grosse pluie, ça passe dans le grenier, et trempe les cartons de vieux jouets des gosses, costumes de danse, matériel spéléo (incroyable comme la combinaison en PVC a rétréci en 20 ans, je ne pensais pas que ça bougeait comme ça), palmes de diverses tailles et couleurs, agrandisseurs photo (parce que maintenant j’ai deux agrandisseurs au grenier, dont un impérial Durst 138s), partitions de piano de la grand-tante de la petite, celle qui n’avait pas apprécié notre faire-part de mariage avec les Bidochon, accessoires de secourisme et référentiels périmés, bidons de labo vides et restes de sulfite, hydroquinone, phénidone, ferricyanure et sélénium qui pourront resservir un jour, étuis en cuir des vieux appareils photo que j’ai sur l’étagère du cagibi, échelles de spéléo, il m’en reste une, je ne lui confierais pas ma vie mais voilà, Parthénon en carton de la petite quand elle était petite, fait par son grand-père bientôt centenaire et toute sa tête, diapos en boîtes dudit Papi (que des voyages, dommage, le Rhin on s’en fout un peu, que la petite et sa frangine quand elles étaient petites, c’est tellement sympa), films 8, super 8 et même 9mm du même Papi [1], les films en 8mm de mon papa à moi, qu’il faudra bien qu’un jour on se prenne par la main pour numériser tout ça, les projecteurs diapos, et 8mm, super 8, 9mm, le carton de chambres à air, démonte-pneus, phare de rechange et autres trucs de vélo, dont le beau maillot multicolore acheté un jour où je m’étais décidé à refaire du vélo et que ça m’est passé avant de mettre le maillot, les disques vinyle, les bacs de Playmobil des enfants qu’on garde pour les futurs petits enfants, le cheval en bois Poker de mon enfance à moi (et pas que ;-) enfin bref, des trucs de grenier.

Après avoir bien trempé les cartons, la flotte passe le plancher, et vient faire de belles taches sur le plafond du couloir, que la petite repeint consciencieusement de temps en temps, mais c’est pas une vie.

Alors on a appelé le plombier, qui est aussi zingueur, parce que la fuite, c’est depuis que j’ai changé le vasistas moi-même, l’autre était pourri, et autour d’une vieille cheminée de pignon.

Le plombier ça fait bien deux fois trois mois qu’on l’avait demandé ; hier il était là, en personne, avec sa petite camionnette, son calepin et son mètre à ruban. On est montés au grenier ensemble, puis sur le toit, il m’a expliqué que le vasistas, c’est juste qu’il est mal posé, et qu’on pourra mettre tout le zinc qu’on voudra, la flotte ne pourra pas s’écouler normalement parce qu’elle va toujours vers le bas et pas vers le haut, donc il faut surélever le bas pour qu’il soit plus haut, comme ça la flotte pourra descendre et pas partir vers le haut où elle ne peut pas aller, pour ça qu’elle part sur les côtés. Enfin quelque chose comme ça, mais du boulot pour moi qui aime tant bricoler ce genre de trucs, pas pour lui.

Ensuite on est allés voir la cheminée du pignon. Une vieille cheminée, qui ne sert que pour la hotte même pas aspirante (enfin, disons qu’elle est naturellement aspirante, c’est une hotte économique et écologique). Il m’a montré que les étanchéités étaient pourries, je le savais déjà, mais aussi que c’est la cheminée qui est pourrie, « alors, vous comprenez, si je vous mets du zinc, vous me direz, M. Voisin (il s’appelle comme ça), ça tient pas votre truc, et moi je vous dirai, M. Bon (c’est mon nom), c’est pas mon zinc qui ne tient pas, c’est votre cheminée qui est pourrie. »

Donc faire tomber la cheminée chez le voisin (pas le plombier, avec un V, le voisin, avec un v), mettre une planche, des tuiles, dont une avec un petit chapeau qui vaut bien dans les « 600 balles — je parle en francs, vous avez compris, mais avec ça vous serez tranquille pour vingt ans, cimenter, vous voyez, je ne vous coûte rien et en plus je vous fais économiser de l’argent. » Oui, mais du taf pour moi, qui espérais passer mes vacances au cul du SpeedGraphic, à refaire le squelette du cafcom ou à nager plutôt qu’à défaire cette cheminée qui ne m’a rien fait.

On est redescendus, je lui ai offert un café parce qu’il n’a pas voulu se faire payer son déplacement et le temps passé sur le toit. J’ai eu beau lui dire que le médecin, qui est pourtant un copain, je lui paye la consultation même si c’est juste pour un certificat pour la natation, « bah on est une petite entreprise, c’est les aléas du métier, et puis on ne va pas faire payer les clients pour des trucs comme ça, c’est de l’argent qui vous sera plus utile à autre chose. »

Effectivement : j’ai fait porter un bouquet de fleurs à Mme Voisin. On n’est pas des sauvages, tout de même.

Notes

[198 ans le papi Paul. L’autre jour je l’ai complimenté pour des vers qu’il avait écrit pour le mariage de son arrière-petit fils, il m’a répondu « autrefois, j’étais habité par ma muse, mais à mon âge, ma muse ne m’habite plus ». Car en plus de l’art des alexandrins, il pratique celui du contrepet

Messages