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De Profundis

02-05-2009

Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais je suis totalement allergique à toutes ces présentations toutes plus stupides les unes que les autres, réalisées par des neuneus à l’aide d’un célèbre logiciel Microsoftien de présentation assistés par ordinateur, et envoyées par des copains pleins de bonne volonté tous les jours dans votre boîte mail, avec pour injonction de transmettre ladite débilité à tous vos amis et relations.

Remarquez, j’ai beau être allergique, ça ne me gêne pas tant que ça parce que depuis des années je ne les ouvre jamais les .pps et .ppt (jamais pris la peine de chercher la différence) ça file directement à la corbeille. J’ai sans doute loupé comme ça pas mal de photos de Carla Bruni à poil, mais au moins je garde mes copains.

Ce qui m’énerve un peu aussi, c’est qu’on appelle ça des diaporamas. Pour moi, un diaporama, c’est fait avec des diapositives, je ne sais pas si vous vous souvenez, ces petits bouts de films couleur, qu’on recevait dans des jolies boites, montées dans un cache en carton. Ça vous rappelle peut-être aussi des soirées un peu longuettes chez les parents ou amis, autour du projecteur, avec les photos de vacances ou le voyage au Maroc. N’empêche, une diapo qui vous crache au moins 100 millions de pixels en deux mètres de base avec je en sais combien de lux, ça vous a une autre pêche que les misérables 1024x768 pixels d’une image de vidéoprojecteur.

Mais ça c’était la projections de diapos, pas le diaporama. Le diaporama, c’était le domaine réservé de quelques hurluberlus barbus, souvent enseignants, curés ou retraités de la SNCF, en bref des feignants, qui passaient leurs nuits à tenter de synchroniser des images et du son avec de beaux projecteurs Kodak Carrousel à paniers ronds, qui valaient une fortune. Quand c’était fin prêt alors ils projetaient le truc aux amis ; le plus souvent ça ne marchait pas parce que le projo était en panne, ou la présentation se désynchronisait, ou encore une diapo restait coincée dans le Carrousel et foutait le feu au bazar. Bref, c’était un vrai sport le diaporama. Mais quand ça marchait, ces belles images transparentes, deux fois plus fines qu’une image de cinéma, avec des fondus enchaînés c’était un spectacle absolument extraordinaire. À condition que le contenu soit intéressant, ce qui n’était pas toujours le cas. Enfin, ça intéressait au moins celui qui réalisait le diaporama, ce qui était déjà quelque chose, et puis au moins ils ne l’envoyaient pas par la poste à tous leurs potes.

J’en ai fait quelques uns autrefois, de diaporamas. Trois exactement. On les présentait avec mon pote Renaud Dengreville, un extraordinaire photographe animalier, qui avait construit son propre système de fondu-enchaîné avec tout un mécanisme à balancier qui occultait les deux projos alternativement (car il fallait deux projecteurs pour faire les fondus).

Moi j’avais la chance d’avoir un pote à la mission départementale de la culture, qui me prêtait le matos du Conseil général, que je n’aurais jamais pu me payer moi-même. Je pense d’ailleurs que j’ai dû être le seul à l’utiliser jamais leur système de fondu-enchaîné avec synchro digitale (déjà, dans les années 90).

Sur les trois diaporamas, l’un était un ballon d’essai sur les eaux souterraines, un autre sur une classe découverte avec l’école (j’avais entre autres et sans malice photographié les enfants sous la douche, ça avait beaucoup amusé les parents, quand j’y pense maintenant...) et le troisième, c’était un truc plus personnel, qui était pour moi à mourir de beauté, et que je n’ai présenté que deux fois, à l’ennui général et manifeste de l’assistance. Soit parce que c’est vraiment ennuyeux, soit parce que les gens n’ont rien compris. Ou les deux.

Évidemment je n’ai plus à disposition les beaux Carrousels de la mission départementale de la culture de l’Aveyron, mais j’avais envie de me revoir quand même, au moins pour moi, ce diaporama fait en 90. J’ai encore les diapos, j’avais gardé le synopsis avec les temps de passage, il me fallait juste le logiciel (PowerPoint ou Impress c’est bon pour illustrer une conférence, pas pour du fondu-enchaîné avec son synchro) et le courage de mettre les mains dedans.

Ça fait trois jours que j’y suis, pour six minutes de son et d’image. Le logiciel, c’est un simple éditeur de texte (Vim), car le diaporama utilise le langage SMIL. Évidemment en 400 pixels de large on perd toute la magie de la diapositive, d’autant qu’elles sont bien mal numérisées. N’empêche, reste la musique, qui est très belle... et puis quelques images qui individuellement ne valent pas tripette, mais dans le flux, essaient de raconter une histoire. L’idée de départ était juste un exercice de superposition des images à la partition, et au phrasé des chanteurs. Voilà.

Il vous faudra le logiciel RealPlayer ou Quicktime en version récente, pour le lire. Ça ne dure que six minutes, l’avantage avec Internet, c’est que si vous en avez marre au bout de deux, vous pouvez toujours passer à autre chose...

On y va ? Vous pouvez choisir votre lecteur ci-dessous, selon celui dont vous disposez :

Lire dans Real Player Lire dans Quicktime

P.-S.

Pour ceux qui ont essayé le 2 mai, et que ça n’a pas marché, c’est parce que j’avais oublié de redimensionner la première photo, qui bloquait tout... Un diaporama qui marche du premier coup ça manque de charme, non ?

Messages

  • tu l’avais vu, Arvo Pärt, quand tu étais venu à Berlin ? - bizarre de voir surgir RealOne Player, je n’aurais même pas pensé qu’il était encore dans la machine... mais ça marche (et c’est beau, effectivement)

    • peut-être le détail de ces mousses à la fin qui est l’image la plus belle, on ne perd pas à ne pas zapper... (pourquoi se refuser à YouTube ou DailyMotion qui permettrait retransmettre ou partager ?)

    • Oui Pärt je l’ai croisé dans l’escalier et entendu au piano mais ne connaissais pas encore sa musique. Pour le partage Dailymotion et Youtube : le format SMIL n’est pas un format vidéo, mais un simple fichier xml contenant le synopsis, timing et transitions. À l’avenir sera lu directement dans les navigateurs (les téléphones portables l’utilisent déjà pour les MMS) pour le moment RealPlayer ou QuickTime obligés. Je ne suis pas certain qu’on puisse faire en vidéo d’aussi belles transitions et surtout aussi simplement et légèrement (1 photo=1 ligne de code, suffit de changer le numéro de la photo... et surtout le bon timing). Vais préparer un tuto là-dessus.