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Instruments VST sous Linux

23-09-2006

Il est désormais possible d’utiliser les plugins VST sous Linux. Je vous présente les outils pour cela, ainsi que quelques instruments virtuels intéressants.


Qu’est-ce qu’un plugin VST ?

Les VSTI (pour Virtual Studio Technology Instrument) sont des instruments virtuels au standard VST défini par Steinberg notamment pour son célèbre logiciel Cubase. Ils peuvent être utilisés en tant que plugins (greffons) dans un logiciel séquenceur (comme Rosegarden sous Linux) ou de façon autonome.

Outils nécessaires

La philosophie d’Unix est d’utiliser ensemble des petits programmes séparés, accomplissant chacun une tâche précise, plutôt que des gros logiciels monolithiques. C’est ce qui en fait un système souple, puissant... et parfois complexe.

J’ai présenté les aspects audio de Linux et le serveur Jack dans ma page Linux audio. Il existe plusieurs moyens d’utiliser des VST sous Linux, notamment DSSI et FST. Je vous présente ici l’utilisation des VST avec FST, qui semble le projet le plus actif et abouti actuellement.

Vous aurez besoin :
- d’une distribution Linux avec un kernel basse latence et module temps réel (realtime_lsm) ;
- du serveur audio Jack et son interface graphique Qjackctl ;
- du serveur Lash ;
- des bibliothèques Windows Wine ;
- du kit de développement Steinberg ;
- du programme Fst.

Lash

Lash est requis par les versions récentes de Fst que nous utiliserons pour lancer les plugins VST.

Je ne peux pas vous expliquer en détail le fonctionnement de Lash, sinon qu’il s’agit d’un serveur complémentaire à Jack. Lash permet si j’ai bien compris, de gérer les ouvertures/fermetures de session (sauvegarde des paramètres etc.) de plusieurs logiciels audio simultanément.

Il n’y a pas vraiment besoin d’en savoir plus d’ailleurs... Il suffit de l’installer (installation classique à partir des sources : ./configure ;make ;make install) et lancer le démon lashd une fois Jack lancé. Le plus simple est de le déclarer une fois pour toutes dans les options de Qjackctl, et de l’oublier ensuite.
Wine

Wine (acronyme de : Wine Is Not an Emulator) est une réécriture libre des bibiothèques partagées de Windows (les fameuses dll). Il permet de faire fonctionner sous Linux, des logiciels écrits pour Windows. Il agit un peu comme une interface entre les programmes Windows et le noyau Linux.

L’installation de Wine ne pose aucun problème, des packages existent pour toutes les distributions. Les mises à jour sont très fréquentes.

Une fois Wine installé, il est nécessaire de taper la commande : wineprefixcreate pour créer dans votre dossier personnel un dossier caché .wine contenant un arborescence Windows (notamment le dossier Program Files). Ensuite vous pouvez l’oublier aussi. Wine est également requis pour compiler Fst.

Fst

Fst est un programme permettant de lancer les plugins VST, que l’on pourra ensuite connecter aux différents éléments de la chaîne audio grâce à Jack.

Fst utilise le kit de développement Steinberg, propriétaire, et qu’il est donc nécessaire de télécharger directement sur le site de Steinberg. Il suffit de le décompresser et le copier avec les sources de Fst avant de compiler celui-ci (./configure ;make ;make install).

Une fois Fst installé, à condition que Jack et Lash soient lancés, vous pouvez lancer les plugins par la commande : fst mon_plugin.dll. Par la suite vous pouvez évidemment créer des entrées de menus ou des icones pour lancer vos plugins favoris.

Pour utiliser le plugin, il suffit de le connecter à la fois au clavier (ou séquenceur) et à la carte son à l’aide de Qjackctl.
Quelques VSTI

Il existe deux sortes de plugins VST :
- des instruments virtuels (VSTI) ;
- des effets (réverb, distortion, phasing, outils divers...)

Les effets VST ne nous intéressent pas vraiment sous Linux car il existe de nombreux plugins LADSPA développés nativement sous Linux, utilisables notamment dans le logiciel Jack-Rack, et qui couvrent à peu près à tous les besoins tout en étant mieux intégrés au système, que les plugins VST.

J’ai testé en revanche un certain nombre d’instruments virtuels. En gros, 80% à 90% des VSTI testés fonctionnent parfaitement sous Linux. Quelques uns (Minimogue VA, MrRay22) ont par contre conduit à un crash complet du système. Ceci est chose rarissime sous Linux, mais c’est compréhensible sur une station audio optimisée pour les perfomances au détriment de la sécurité, les applications audio ayant un accès privilégié aux ressources (noyau préemptif, temps réel). De plus j’ai conduit mes tests sur une machine très modeste (P3/450Mhz, 384 Mo de Ram).

Au chapitre des limitations, j’en vois au moins deux :
- impossibilité d’utiliser sous Linux des VSTI propriétaires comprenant des dispositifs anti-copie, ceux-ci ne fonctionnant pas sous Linux (Native Instruments B4 par exemple). Il est à souhaiter que les éditeurs prennent un peu plus en considération les utilisateurs de Linux qui à partir du moment où ils ont acheté un logiciel capable de fonctionner sur leur système, devraient au moins être en droit de l’utiliser !
- en utilisant les VSTI sans logiciel hôte (séquenceur) on perd parfois une partie de leurs fonctionnalités, notamment les présets lorsqu’ils ne sont pas accessibles directement par l’interface graphique du plugin.

Les synthés VST présentés ici ne doivent pas faire oublier pour autant deux fabuleux synthés developpés nativement sous Linux : Alsa Modular Synth et Zynaddsubfx Si leur aspect est plus austère, leur puissance est incomparable ! Alsa Modular Synth constitue de plus, la meilleure initiaton possible au monde des synthétiseurs analogiques réels ou virtuels.

Note pour les utilisateurs de MS-Windows : l’équivalent de Fst sous Windows est Savihost, qui permet d’utiliser ces plugins de façon autonome, sans logiciel hôte type Cubase. Pratique.

Les VSTI étant innombrables, les sites leur étant consacrés étant nombreux, je ne vais pas en faire un inventaire, mais juste en présenter quelques uns particulièrement intéressants, et gratuits. Vous trouverez quelques catalogues beaucoup plus complets dans la page liens. Un clic sur l’image vous mène à la page de téléchargement.

StringSynth

String Synth

Mon favori. StringSynth est un synthétiseur évoquant le fameux Solina String Ensemble des années 70-80. Il produit des nappes typées mais superbes, avec un phasing très réussi. C’est la meilleure émulation de Solina que j’aie entendu jusqu’ici. Fonctionne à la perfection sous Linux.
String Synth

Delay Lama

Celui-ci est un VSTI gag... Difficile à utiliser musicalement parlant mais à essayer d’urgence... Un sympathique lama tibétain chante, et vous pouvez moduler le son avec les molettes de pitch et modulation du clavier.

Spook Keys

Spook keys

Spook Keys est une émulation très réussie du Theremin. S’utilise au clavier, la souris, ou joystick. Le son est très joli, et paramétrable. Ne remplace pas un vrai Theremin, mais moins cher et plus facile à jouer !
Spook Keys

MrRay73

Mr Ray 73

Grand classique, il s’agit d’une émulation de piano electrique Fender Rhodes. Le Rhodes est inimitable, mais à défaut c’est utilisable... La nouvelle version Mr Ray 22 ne fonctionne pas actuellement avec Fst. Mr Ray est un shareware.

Arppe2600va

Arppe2600va

Émulation du légendaire synthé analogique ARP2600. Si vous aimez ce genre de machine, essayez d’urgence Alsa Modular Synth !

Crystal, Impulse, SuperwaveP8

De bons synthétiseurs, des valeurs sûres ! J’avoue n’avoir fait que les survoler. Crystal est plutôt dédié aux sons évolutifs dans le temps. Impulse en particulier est utilisable immédiatement grâce à de nombreux présets.

Crystal

Superwave P8

Impulse

Conclusion

Linux est un système très performant pour l’audio, et la plupart des VSTI gratuits sont désormais utilisables sous Linux sans difficulté particulière. Il est assez impressionnant de voir comme même une petite machine s’accomode bien de plusieurs VST lancés simultanément, sans latence, avec une simple carte SoundBlaster Live.

Il faut espérer que les éditeurs tels que Native Instruments s’intéresseront un jour aux utilisateurs de Linux qui deviennent chaque jour plus nombreux, et proposeront enfin des dispositifs anti-copie qui ne rendent pas leurs logiciels inutilisables sous Linux.

Élément positif, plusieurs plugins qui ne fonctionnaient pas il y a seulement quelques mois, fonctionnent désormais parfaitement avec les nouvelles versions de Wine/Fst. Bravo et merci les développeurs !