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Graffiti

30-05-2009

Depuis que le pont est à nouveau ouvert, c’est un plaisir retrouvé, de pouvoir passer le fleuve et aller se balader sous les vieilles arches.

sous le pont

Un truc dont je ne me lasse pas, sous le pont de Tonnay, c’est la chasse au graffiti. Le pont est vieux (1842), et il a en a vu passer du monde sous ses pierres. Pendant la guerre il était évidemment stratégique : c’était le seul vrai pont dans le coin, le transbordeur de Rochefort n’ayant pas la capacité de trafic d’un véritable pont. Le voisin a vu passer dessus l’armée française en déroute, puis l’armée allemande conquérante, puis encore l’armée allemande en déroute à son tour.

Le pont n’a dû sa survie à cette débandade, qu’à l’héroïsme de quelques résistants, dont Robert Coppin, grand-père d’Alain mon coiffeur, qui sont allés retirer au péril de leur vie les charges explosives placées par les allemands à leur départ sur les structures.

Avant le départ des soldats, j’imagine qu’il a dû être bien gardé, le pont, par des sentinelles qui s’ennuyaient. Je connais même leurs noms : Watzinger ; Zatl ; Arno Kleinschmidt ; Fritz. Certains ont tracé des croix gammées. Par simple désœuvrement, ou étaient-ils vraiment d’affreux nazis ? Elles s’effacent peu à peu, comme s’effacent la faucille et le marteau :

Marteau-faucille

Mais le pont ne raconte pas que la guerre. Des amoureux aussi y sont passé, et des gens sans histoire, morts depuis lurette, et qui ont laissé leur nom dans l’enduit tendre, qui recouvre la pierre de Crazannes. Ce qui nous étonne à chaque fois, c’est le soin apporté au dessin des caractères, notamment les empattements.

caractères

C’est drôle comme à chaque fois, les conditions d’éclairage changeant, apparaissent de nouveaux. Et comme on ne retrouve jamais celui qu’on cherchait, sauf peut-être ce cheval du quatrième pilier, qui semble droit sorti de Niaux ou Altamira :

Cheval

J’en ai fait un petit inventaire photo, de ces gravures. Parce que l’enduit tombe par plaques par endroits, et qui sait ce qu’il en restera, après quelques cycles encore de gel-dégel, et la restauration annoncée, et nécessaire, de la maçonnerie.

Enfin, c’est pas d’un intérêt historique grandiose non plus. Juste que des gens ont vécu avant nous, sont passé là, ont probablement trouvé beau l’endroit eux aussi, et éprouvé le besoin d’y inscrire leur nom avant d’aller pisser sur les ronces un peu plus loin.

Fugit interea fugit irreparabile tempus, comme disait l’autre.

(Voir la série complète des photos.)

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