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Chère inconnue...

15-06-2009

Chère inconnue,

Sans doute si vous lisez cette page, serez vous quelque peu surprise d’y trouver votre photo, à une époque où vous étiez bien plus jeune que maintenant. Vous êtes probablement grand-mère aujourd’hui, ou en âge de l’être.

Peut-être êtes-vous choquée de vous voir ainsi exposée en public. Peut-être heureuse malgré tout, de ce hasard qui nous a fait nous rencontrer, et évoquer un passé qui semble heureux.

Le négatif que je viens de développer, est un film Kodak Verichrome Pan, que m’a donné mon voisin Jean-Pierre. Lui-même le tenait depuis des années, d’un client de Seine et Marne, qui en ignorait la provenance exacte, ne savait pas dans quel type d’appareil photo cette bobine pouvait être utilisée, ni même s’il elle était vierge ou exposée.

J’ai développé le film à tout hasard. C’est rare, et toujours aléatoire de développer un film ancien. Forcément l’espoir, souvent déçu, d’y trouver des images exceptionnelles.Techniquement le résultat n’est pas terrible : trente ou quarante ans peut-être, roulé en attente de développement, il est passablement voilé, et le papier protecteur a marqué la gélatine. Plus qu’un brouillard, ça fait un moutonnement gris. Mais malgré (ou à cause de ?) cela les photos de cette pellicule sont émouvantes au-delà de toute espérance.

Il s’agit d’un film au format 120, les photos faites avec un appareil 6x6. Peut-être un Semflex ou Rolleiflex, le type d’appareil pour amateur averti dans les années 50-60, avant la vogue des réflex japonais. D’ailleurs à voir la sacoche de cuir à côté de vous, dans laquelle il le transportait probablement, le photographe devait être bien équipé et soigneux : on ne transporte pas un Brownie Flash dans une mallette en cuir.

La plupart des vues du film sont des paysages, apparemment au cours d’une séance de canotage ou dériveur. Sur la Seine ? La Marne ? Vous êtes passés sous un pont ancien, devant des villas luxueuses cachées dans la végétation, et sans doute à la fin de la balade, vous êtes vous arrêtés sur la berge où il a fait ces portraits de vous dans les feuillages. Vous étiez jolie, il aimait la photographie ; il faisait bon, vous vous aimiez, et étiez heureux.

Pourquoi n’a-t-il pas développé, ou fait développer, immédiatement ce film ? Comment est-il arrivé entre les mains de celui qui l’a donné, à celui qui me l’a donné, pour être révélé quarante ans après, à l’autre bout de la France ? Qui êtes-vous, vivez-vous toujours, c’est ce que je ne saurai probablement jamais. Et c’est tout ce qui fait la magie de ces clichés tout simples.

J’aime ces photographies, justement pour ce mystère. Et aussi pour votre sourire.

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Pont

Villa

Inconnue 02

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