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With God on Our Side

28-06-2009

I apologize, Mr Dylan.


Y’a des fois, où on se trouve un gros benêt, et pas très fier de soi.

Le plus souvent chez moi, c’est de ne pas reconnaître des gens, que je suis pourtant supposé bien connaître. Ça m’arrive souvent, bien trop souvent, et à chaque fois ça me remplit de confusion ; je pourrais vous raconter des dizaines d’anecdotes sur ces situations où je suis couvert de ridicule. Le plus gênant c’est que ça peut passer pour du mépris, ce que ça n’est pas. Aussi j’en suis arrivé maintenant à prévenir les gens dès la première rencontre, que je suis affublé de cette caractéristique, et qu’ils ne m’en veuillent pas si je ne les reconnais pas dans la rue ou ailleurs. Ça ne rate jamais avec les gens que je vois toujours dans un contexte précis. Changez le contexte, je ne reconnais plus les gens.

Voilà, vous êtes prévenus : sauf à faire partie du cercle des proches-proches, et encore, considérez-moi comme handicapé de ce côté-là, et ne me tenez pas rigueur si je vous regarde d’un œil stupide en disant : « euh... excusez-moi... votre visage me dit bien quelque chose... on se connait ? »

En revanche j’ai, ou je pensais avoir, une assez bonne mémoire auditive et des musiques. On joue souvent avec la petite, à mettre la radio et c’est au premier qui reconnait l’œuvre. Sur nos compositeurs fétiches on y arrive généralement en 2-3 secondes, voire sur un seul accord. C’est vrai qu’avec Ravel, Mahler, ou Wagner le mérite n’est pas très grand mais on s’amuse comme on peut.

Mais il y a des ratés. Vendredi soir c’était le spectacle de l’école de danse des filles (le grand aussi est danseur, mais vole de ses propres ailes maintenant, ne participait pas). Moi le « pestacle » comme on dit ça me fait toujours la même chose : une semaine avant, je commence à déprimer et angoisser à l’idée de passer une soirée loin de l’ordinateur ou des appareils-photo, en me disant que je vais passer trois heures d’un mortel ennui, que la danse c’est pas mon truc (c’est vrai, j’y suis sensible comme un sourd de naissance peut l’être à la musique). Que je vais être mal assis, au milieu de plein de gens que je ne connais pas qui transpirent sous les bras. Que je vais subir des musiques à la noix. Enfin toutes les bonnes raisons possibles pour ne pas y aller.

Mais voilà, quand sur cinq, il y a trois passionnés de danse à la maison, dont une complètement dans ce trip-là, ne pas aller au pestacle c’est hautement impensable, et cause de divorce. Donc on ne me demande pas si j’ai envie d’y aller, on me colle deux billets sur le coin de la table, et « arrivez pas trop tard et mettez-vous au milieu si vous voulez bien voir et pas en prendre plein les oreilles, à plus. »

Et puis à chaque fois, ben je ne m’ennuie pas, même je trouve ça sympa, qu’elles sont belles et qu’elles dansent bien mes deux filles, que les musiques sont variées, et qu’il y a suffisamment de travail (que je sais énorme) en amont du pestacle, pour que le jour J, ça se passe comme une fleur, et qu’au final je ne regrette pas ma soirée.

Mais cette année, j’y allais encore plus à reculons que d’habitude : parce qu’au lieu du charmant théâtre à l’italienne de Rochefort, qui est en travaux, ça se passait dans un affreux gymnase, avec des gradins en ciment sans dossier. Mais la prof de danse avait adapté son programme avec beaucoup d’imagination et de talent, pour faire de ce handicap un atout, et que la danse s’intègre parfaitement bien à la salle. Il faisait bien un peu chaud, mais on ne s’est pas ennuyé un instant, et même trouvé du plaisir à être là.

Là où je voulais en venir, c’est que pour le final j’ai eu un gros problème : ça se passait sur une chanson que je savais connaître très très bien, que j’aime beaucoup, que je reconnaissais évidemment. Mais incapable de la situer. Avec les paroles j’ai retrouvé le titre : « With God on Our Side ». Pendant toute la durée, et jusqu’à la voiture, je me suis creusé les méninges, surchauffé le neurone, pour essayer de trouver pourquoi je connaissais si bien cette chanson, et que je ne la reconnaissais pas. Exactement comme le visage de quelqu’un qui vous tape sur l’épaule et vous sourit dans un magasin, que vous savez connaître, mais sur lequel vous êtes incapable de mettre un nom.

Et puis à la voiture, bon sang mais c’est bien sûr : Bob Dylan. Seulement, c’était pas chanté par lui, et arrangé différemment. La honte, c’est qu’en plus, avec Girl from the North Country, Knockin’ on Heaven’s Door, Like a Rolling Stone et une dizaine d’autres... c’est une de mes préférées du Bobby. Mais contrairement à ces trois-là et quelques autres, que je connais par cœur, je ne m’étais jamais donné la peine d’en rechercher les paroles, qui sont remarquables, et toujours terriblement d’actualité. Si j’avais eu cette curiosité, évidemment que j’aurais reconnu immédiatement la chanson, que chantait aussi Joan Baez.

Depuis hier je me sens vraiment comme un gros ballot avec cette histoire, un peu comme si je n’avais pas reconnu dans la rue, un de mes meilleurs copains.

Alors promis, aux vacances je me plonge dans les textes du Zim, et on ne m’y prendra plus, à ne plus le reconnaître au pestacle de danse des filles.

Messages

  • reconnaissance des visages : je croyais que c’était ma spécialité (avec l’excuse de la myopie non corrigée avant l’âge apprentissage lecture)

    Bobby : chanson écrite pour Joan Baez, au départ, la toute première - j’aime bien leurs premiers duos sur ces paroles traitées à l’ironie - mais c’est pas une chanson dont on puisse se souvenir de mélodie