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Gloup ! Gloup !

Entartons ! Entartons ! La poupée cornichon !

14-07-2009

Nous avons passé le week-end chez ma vieille maman.

Un des trucs que je fais généralement, quand on va la voir, c’est de jeter un œil à son programme télé, le supplément télé gratuit du quotidien Ouest-France. TV Magazine ça s’appelle. La plupart du temps, elle-même ne le lit pas, sauf les mots-croisés, vu qu’il n’y a quasiment rien à lire dedans, et qu’à la télé elle ne regarde que le journal de 20h et Derrick.

Mais attention : quand je lis TV Magazine, moi, c’est au second degré. Parce que comme on dit au Groland, « le second degré, c’est la solution pour continuer à être con sans le montrer ».

En fait je suis comme tout le monde : j’aime bien, à doses homéopathiques, la presse people. Par exemple, c’est intéressant de savoir que l’animateur Lagaf’ va désormais animer le Juste prix au lieu du Bigdil, et autres actualités dont je ne me souviens déjà plus depuis hier, désolé, j’ai tendance aux trous de mémoire aussi.

Mais il y a un article de TV Magazine, qui a retenu toute mon attention, tellement que j’ai déchiré la page sans le dire à ma maman, et que je vous la reproduis ici (vous pouvez cliquer l’image pour agrandir) :

Ça c’est un document qui m’a cloué. Je savais bien que Mme Dombasle, bien que compagne d’un intellectuel de haute volée, et humaniste incontesté et incontestable, n’a pas vraiment le QI d’un Einstein : je l’ai vue et entendue une fois en live, aux rencontres de la photographie d’Arles [1]. C’était une projection de diapos au théâtre antique. Déjà, on avait attendu une plombe sur des gradins inconfortables, dévorés par les moustiques, qu’il fasse assez nuit pour les diapos. Ça encore, je peux le comprendre. Ensuite, une sélection de photos, digne du photo-club du coin, des trucs que tout le monde connaissait déjà plus ou moins. Tout ça, commenté en direct par Arielle Dombasle, à peu près au niveau de ce que me sortent mes petits élèves de grande section maternelle quand je leur fais une séquence de lecture d’images. À pleurer. Et comme si ça ne suffisait pas, pour finir, elle s’est mise à chanter, et là, franchement ça n’était plus possible de rester. Le public s’est divisé en deux camps : ceux qui sont partis, et ceux qui sont restés pour siffler. Moi j’ai du respect pour les artistes même quand ils sont mauvais, et en plus je ne sais pas siffler. Je suis juste parti, mais elle en a eu sa dose, de sifflets, la pauvre petite poupée Barbie incolore, inodore, inconsistante et sans saveur. Ça m’a presque attristé, même si franchement sa prestation ne méritait rien d’autre. Je vous parle de ça, en 1988, ça fait donc 21 ans cette année. À l’époque j’étais encore jeunot, elle était plus âgée que moi (de dix ans, si j’en crois Wikipedia, de cinq seulement selon son site officiel). Et curieusement, alors que moi j’ai quand même pas mal changé depuis, elle a toujours la même tête... du moins en photo. C’est beau la jeunesse.

Donc, je la connais depuis longtemps la Dombasle. C’est la seule actrice de cinéma que j’ai vue en vrai, alors forcément quand on parle d’elle dans le TV Magazine de ma maman, ça m’interpelle, et je lis.

J’ai donc lu qu’elle était partie en mission au Tchad, pour France 2, que l’Armée de terre, ou les Nations Unies, avaient mis à sa disposition un gros zélicoptère russe pour promener son postérieur au-dessus de la misère des Tchadiens (un encore plus gros que celui d’Arthus-Bertrand — l’hélicoptère, pas le postérieur).

J’ai appris avec effroi qu’elle avait souffert de la chaleur. Normal : moi, déjà, pour aller au Tchad, j’aurais pas mis un sous-pull à col roulé, et un gilet par-dessus. Et qu’elle avait tenu trois jours en dormant dans un container réfrigéré. Vous voyez-ça d’ici : un container réfrigéré. Les Tchadiens, et même les biffins, c’est pas trois jours qu’ils y passent, dans la fournaise, et pas dans des conteneurs réfrigérés. Mais aussi, ont-ils sans doute moins peur pour leur fond de teint et rouge à lèvres : c’est vrai, ça doit pas être garanti pour ces températures. Et quid du Botox ?

Enfin, le truc qui m’a quand même rassuré, c’est que pour visiter les camps de réfugiés, des petits orphelins, des petits sidéens (on n’en parle pas dans l’article, mais on sait bien que l’Afrique en crève), des affamés, des crève-la-faim, la poupée Barbie blette, était habillée en Galliano (c’est même écrit sur son futal, en gros sur les photos, combien elle a touché, de Galliano, pour cette pub à la télé, le matin du 14 juillet juste avant le défilé ?)

Alors moi, je vais vous dire : que les people jouent au people, dans leurs jets, leurs yachts, leurs villas piscines et soirées privées, ça ne me dérange absolument pas et même je n’en ai rien à foutre. Et s’ils claquent du fric comme ça, que ça fait travailler des gens qui nourrissent leur famille grâce à eux, et bien vive les riches. S’il n’y avait pas eu de richous et de people autrefois, on n’aurait pas Versailles, Chambord, et autres belles petites choses que c’est pas ces salauds de pauvres, qui auraient pu les payer (même si, au final, c’est avec leur sueur, leur pognon, et même leurs vies, qu’on les a construits).

Que les pauvres en Afrique crèvent de leurs guerres, de la famine, du Sida, ça me désole sincèrement. Mais j’ai quand même le sentiment que ça n’est pas ma faute directement à moi, et que je n’y peux pas vraiment grand chose non plus, à mon niveau.

Mais qu’une people aux babines siliconées, au QI équivalent à celui d’un petit pois, une starlette sur le retour, aille faire de la pub pour Galliano dans les camps de réfugiés Tchadiens, aux frais de l’Armée française et des Nations Unies là ça me débecte, ça me déboussole, ça m’écœure, ça me révolte.

Sous couvert d’humanitaire, la forme la plus dégueulasse, indigne, indécente, abjecte de néo-colonialisme. Que tout ça soit projeté à la télé sur une chaîne de service public le jour de la fête nationale, liberté-égalité-fraternité, ça passe difficilement. Quel est donc l’abruti de communiquant qui a eu cette lumineuse idée, pour donner au bon peuple une image positive de son armée ? Qu’on le rétrograde au grade de caporal et qu’on le mette de corvée de chiottes jusqu’à sa retraite à 67 ans.

Quant à moi, je lance une fatwa pâtissière sur Arielle Dombasle : Entartons ! Entartons ! La poupée cornichon ! Et qu’on l’envoie dans son container réfrigéré, faire de la pub pour Galliano sur Vénus, là où paraît-il il fait bien chaud aussi.

Ça ne donnera pas à bouffer aux petits Tchadiens, et ça laissera quelques traces douteuses sur le treillis Galliano. Mais bon, au moins, ça nous rendra peut-être un peu de dignité, dont les gens comme ça semblent tellement dépourvus.

Notes

[1Il y aurait aussi beaucoup à écrire sur les Rencontres, que j’avais perçu à l’époque comme le point de ralliement de tout ce que le monde de la photographie compte de faiseurs, frimeurs, moi-je et mas-tu-vu de tout poil, double Leica en sautoir, sac Domke négligemment posé au pied de la chaise de bistrot, bref, de Cartier-Bressons d’opérette, d’artistes autoproclamés, de photographes de Sainte-Barbe, citant avec un égal bonheur Chasseur d’Images et Michel Tournier. N’y suis jamais retourné depuis, et ça ne me manque pas.

Messages

  • Moi j’ai toujours pas compris c’était quoi la "mission". Même un prétexte officiel aurait suffit pour avoir le maigre réconfort de savoir qu’un peu d’argent allait aider les ONG qui bossent là-bas. Mais ce n’est pas le cas ici. Ça ne semble pas rentrer dans la catégorie du "Safari humanitaire", et le terme "campagne de pub sur fond de crève la faim" me fait un peu mal.

  • Pour l’avoir côtoyée de loin en télévision, cela ne m’étonne pas de la poupée barbante. Dire que BHL est un humaniste incontestable, à moins que cela soit de l’humour Groland, en effet au second degré, je ne dirais pas cela. Mais je ne vais pas me lancer là-dedans, il y a des livres très bien argumentés sur lui.
    En effet, c’est choquant, mais à force, hélas, on s’habitue à ce monde de (con)munication dans lequel nous vivons. La communication de l’armée (SIRPA) est une machine bien rodée avec des gens qui réfléchissent (si, si…), mais pour conclure autant citer le regretté Henri Jeanson : "Vous savez pourquoi les généraux sont si bêtes ? Parce qu’on les recrute chez les colonels…"

  • Moi c’est plutôt le sirpa qu’il faut entarter, elle, elle fait où on lui dit de faire, quelques euros à la clé.
    Quand au rencontres, j’habite à coté, j’achète un pass, et après la semaine de festivité, mondanité, je vais voir les expos (qui restent 2 mois), pépére. Ca reste Arles quand même. Cette année, Nan Goldin et ses amis, c’est du lourd.

  • Je regarderai ce que vous dites les uns et les autres de ce que tu lus aux Sables-d’Olonne sur un magazine télé.

    Pour l’heure je voulais dire que Firefox c’est simple comme bonjour, et je peux à nouveau te lire !

    Bonne soirée JB.

  • Cher Jacques,

    J’ai lu et je partage ton indignation. Et je participe à la fatwa pâtissière “Entartons ! Entartons ! La poupée cornichon !”.

    Quant aux Rencontres d’Arles, n’y suis allée qu’une fois. Pas un souvenir impérissable, mais moi ce
    serait plutôt Avignon. Même si pas allée depuis longtemps non plus.

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