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Fly me to the Moon

Quarante ans déjà...

22-07-2009

Je ne pensais pas écrire dessus parce que tout le monde ne parle que de ça en ce moment. Mais d’un autre côté c’est un évènement pour moi, cet anniversaire, et puis il faut bien dire quelque chose, sinon vous allez encore vous plaindre que les mises à jour du cafcom ne sont pas fréquentes.

Du 20 juillet 69, j’ai un souvenir très net : j’avais six ans, et ce jour-là, mon copain Didier avait cafté aux parents, qu’avec Jean, un autre pote, on jouait aux allumettes derrière le garage. Il faut vous dire que les parents tenaient un garage Citroën à Civray dans la Vienne, on habitait au-dessus, et derrière il y avait une cour qui servait de dépôt de ferrailles, bidons d’huile etc. C’est là qu’on jouait aux allumettes, donc ; et on planquait notre boîte d’allumettes (modèle ménage) dans un vieux bidon vide, tout rouillé, que je revois encore.

Évidemment on n’avait absolument pas conscience, qu’un bidon d’hydrocarbures vide, c’est une bombe en puissance. La chance a voulu qu’il ne nous arrive rien, peut-être justement parce que Didier (parce qu’on ne voulait pas qu’il joue avec nous, à cinq ans il était trop petit pour jouer aux allumettes, qui est un jeu dangereux) avait vendu la mèche avant que ça nous pète à la figure.

Papa était ce jour-là à Paris, il allait assez souvent « à l’Usine », et donc j’attendais son retour avec assez d’inquiétude puisque apprenant nos jeux innocents, l’autorité maternelle avait déclaré : « Tu verras bien ce que dira ton père... Déjà ce soir tu ne verras pas la Lune. »

Donc, au lit en pleurs, et je n’ai pas vu le direct à trois heures du matin, de la silhouette fantomatique de l’échelle du LEM, et celle non moins fantomatique, d’Armstrong qui en descendait. Et pas entendu la petite phrase. Pas d’autre souvenirs de punition pour les allumettes ; mais je crois qu’être privé de Lune, c’était de toutes façons le pire qui pouvait m’arriver.

Heureusement le lendemain c’était en boucle sur toutes les chaînes de télé (la première, et la deuxième...) et j’ai pu voir comme quelques milliards d’autres ces images tremblotantes, et pour tout dire, un peu décevantes. Les images de l’amerrissage ensuite, étaient bien plus belles.

J’ai gardé une très forte nostalgie de ces missions lunaires devant la télé, des petites maquettes en plastique de Jean-Pierre Chapel et François de Closets. C’était beau comme Objectif Lune et On a marché sur la Lune réunis, et ça faisait rêver.

Par la suite, faute de pouvoir y aller aussi, je me suis offert quelques années après, un petit morceau de Lune : le même appareil photo, ou presque, que les astronautes, un bel Hasselblad suédois. Ce n’était pas tant pour ses qualités (grandes) d’appareil photo que pour le sentiment un peu fétichiste, de posséder un appareil qui était allé sur la Lune. Je l’ai bêtement revendu ensuite, j’aurais pas dû.

Et depuis une dizaine d’années, j’ai sous les yeux, dans mon pêle-mêle du bureau, à côté du portrait d’Alice Liddell par Lewis Carroll, de celui d’une jeune femme au regard étrange par Petrus Cristus, de la photo de mariage déchirée et jaunie de mes grands-parents, et quelques autres images fétiches, l’équipage d’Apollo XI.

En fait, il ne s’agit pas exactement de l’équipage d’Apollo, mais d’un petit montage que je m’étais amusé à réaliser avec une photo des enfants, quand j’ai commencé à bricoler les images numériques. C’est une petite impression jet d’encre de mauvaise qualité, un peu passée aussi, dans le coin supérieur gauche du pèle-mêle. Quand je m’étais posé la question d’une image possible à trafiquer, c’était celle de l’équipage d’Apollo XI, qui m’était venue en premier à l’esprit, et elle est restée là depuis.

Tout ça pour dire, que les escapades sur la Lune, ça fait vraiment partie de ma petite mythologie personnelle, et donc, cet anniversaire ne m’est pas indifférent.

Entre les commémorations convenues, qui négligent sciemment le côté obscur de l’aventure dans le contexte de guerre froide (avant toute considération scientifique il s’agissait bien évidemment, et uniquement, de faire la nique aux Russes, et de montrer au monde entier, la grandeur et la supériorité de la Civilisation Américaine, face au Péril Communiste), et les délires négationnistes des adeptes de la théorie du complot, on pourra toujours trouver à redire sur cette histoire. Évidemment, que c’était une opération complètement politique. Évidemment, que pendant qu’on parlait de ça, on ne parlait pas du Vietnam. Évidemment, que les dizaines de milliards engloutis là-dedans auraient pu être employés à soulager la misère du monde. Évidemment, que c’est le drapeau des Nations Unies qu’aurait pu planter Neil, au lieu de la Bannière étoilée (n’empêche que ce sont bien les Américains, et eux seuls, qui ont réalisé l’exploit, non pas l’ONU, ce machin...) Évidemment que les héros de 69 sont aujourd’hui de charmants papis, radotant depuis quarante ans le même discours un peu patrio-écolo-catho-gnangnan (sauf Armstrong, qui se tait). Évidemment... mais derrière le coup médiatique il y avait tout de même une belle aventure.

Comme le disait Buzz Aldrin dans le documentaire un peu planplan proposé par Arte lundi [1], dans le monde entier on lui a dit : « On est allés sur la Lune » et pas « Vous êtes allés sur la Lune ». C’est quand même la première fois, et la dernière, qu’un rêve a été partagé par toute l’Humanité.

Et honnêtement quarante ans après, on mesure d’autant mieux l’exploit, qu’on ne peut plus rien faire sans un ordinateur à processeur double-cœur et 4Go de mémoire vive, et que eux sont allés là-haut avec des calculateurs bien moins puissants qu’un téléphone portable d’aujourd’hui. Et qu’ils avaient un sacré cran de l’oser, et un mérite immense à le réussir (les astronautes n’étant que l’équipe de pointe, qui n’aurait rien pu faire sans le travail de chaque ingénieur, technicien ou balayeur — tous ces gens qu’on a un peu tendance à oublier dans les commémorations).

Alors je vous le dis tout cru : pour moi cette histoire-là, c’est la plus belle à laquelle il m’ait été donné de participer, même devant un poste de télé, et encore aujourd’hui, car j’y retourne régulièrement, devant mon ordi, sur la Lune.

Alors Happy Birthday les papis. Chapeau les gars, merci pour tout ça, God bless you.

(Image alternative, laisser la souris sur la photo)

P.-S.

Au fait, les bandes magnétiques perdues d’Apollo XI, n’ont pas été retrouvées, et sont désormais considérées comme ayant été définitivement effacées. Mais la NASA a entrepris de restaurer les bandes de diffusion existantes.http://www.nasa.gov/multimedia/hd/apollo11.html...

Notes

[1In the shadow of the Moon. Pour une analyse des enjeux politico-médiatiques d’Apollo, il fallait attendre 23h15 et Mystère d’archives.

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