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Ô septembre

Sur la plage abandonnée

13-09-2009

C’est vraiment le grand privilège d’habiter au bord de la mer ou presque.

On va peu à la plage l’été, ou alors assez tard quand les autres s’en vont et que le soleil consent à faire de la lumière et pas seulement de la chaleur. Ça n’est évidemment pas désagréable, mais ça reste la plage l’été sans plus.

Par contre, septembre c’est de loin le meilleur moment de l’année. Souvent les journées sont chaudes comme au plus chaud de l’été, mais la lumière est déjà celle de l’automne, et tout le monde est au boulot — ou du moins, ailleurs qu’à la plage.

Alors nous ces quelques jours des deux-trois premières semaines, si la marée s’y prête (ici, la marée basse ne permet que les bains de boue) on s’arrange pour partir sur les 18 heures, arrêt devant le lycée, SMS « plaj 18h parking » à la Poune pour qu’elle ne prenne pas le car (ce qui fait enrager ses copines, après une journée transpirante dans les salles de cours sans air) et direction Fouras.

En septembre on pourrait sans problème profiter de la grande plage où ce n’est pas l’espace qui manque. Mais on a nos petites habitudes et nos coins, plus tranquilles et permettant de nager plus longtemps avant ou après la pleine mer (souvenir d’une fois où je m’étais laissé piéger plage Nord par la marée descendante, à 600m du bord avec mes palmes, et ces 600m dans la vase jusqu’à mi-cuisses, interminables, le cœur battant comme après un sprint, et se dire qu’on n’y arrivera jamais).

Quand il y a quatre ou six personnes sur « notre » plage c’est bien le maximum, et pour peu qu’il y ait un souffle de vent ou quelques nuages il n’y a que nous. Le sable à cette heure n’est plus blanc mais jaune doré ; le maillot de bain pour le qu’en dira-t-on à la mise à l’eau, après quoi enroulé autour de la cheville et c’est parti pour la nage vers la grande plage ou le carrelet en face. En principe j’alterne : un jour mono, un jour bi-palmes, le troisième avec juste les lunettes.

Parfois des courants froids pour se souvenir de la saison, mais parfois aussi des plus chauds. Pensée pour ce grand requin pêché dans le coin l’année dernière, la photo qui fait peur envoyée par un copain, mais jamais requin n’a bouffé personne ici heureusement.

Arrêt sous le carrelet, le ciel à travers les mailles du filet, plus fines au creux pour les crevettes. Regard pour les maisons fermées donnant sur la plage. Regard pour Fort Boyard au loin, le regret éternel des photos qu’on n’y a pas faites au moment où il était à l’abandon, comme dans Les aventuriers, avant le jeu télé. Regard pour l’île d’Aix, pensée pour la collègue là-bas, avec sa classe unique de neuf mômes et qui se sent bien seule sur son bout de caillou qu’elle ne quitterait pourtant pour rien au monde, et les maçons et employés d’entreprises paysagistes qui doivent se trouver sur le bateau du retour sur le continent.

Retour vers la plage avec quelques pauses sur le dos juste pour profiter de l’instant. Le plus dur à l’aterrissage, c’est de dénouer le maillot de la cheville, ce qui n’est pas facile en apesanteur, sans lâcher le tuba ni les palmes et sans visibilité (notion assez simple à définir sur nos rivages d’estuaire : tout ce qu’on lâche dans 30cm d’eau et qui ne flotte pas, est irrémédiablement perdu).

On a peu de temps pour lézarder ensuite, juste celui de se sécher, et à chaque fois c’est le grand regret, de ne pouvoir rester jusqu’au coucher du soleil, ou du moins, au moment où l’on aurait simplement envie de rentrer. Mais c’est peut-être ce qui fait le prix de ces instants-là.

Retour la tête encore dans la mer, la sensation du sable dans les chaussettes encore le soir pour la promenade du chien, et les sinus qui se vident de leur eau de mer subitement dans la nuit, et qu’on se réveille brutalement à la recherche d’un mouchoir, et ce goût encore de l’eau salée.

Le lendemain on remet ça jusqu’à ce que la marée ne veuille plus, ou qu’il fasse trop froid ou trop sombre, ou qu’on ait d’autres activités en chantier.

Alors c’est vraiment la fin de l’été.

Messages

  • Et ces lumières magnifiques et pures qui nous tombent dessus, quelle belle époque !
    Les feuilles commencent à disparaitre, elles s’envolent emportées par les vents de fin de saison. Dans leur hâte à nettoyer, les brises ont aussi emporté Willy Ronis, j’suis bien triste !

  • Comme je vous envie ! Souvent, j’y pense, le dimanche soir vers 18h quand il a fait beau toute la journée... Tiens, si on allait à la plage (désertée en cette fin de semaine automnale), et puis après manger quelques huîtres avec un muscadet bien frais... Mais (car il y a un mais) j’habite Le Mans et tout cela reste un rêve. Et qu’est-ce qui nous attache à une ville, sinon la routine...