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Le noir de l’étoile

Musique avec pulsar invité

08-11-2009

Pour être franc je ne suis pas un assidu de France Culture, qui est une excellente radio ; j’ai plutôt mes petites habitudes sur Inter et Musique, et ne passe qu’occasionnellement sur Culture.

Mais l’autre soir en rentrant de la piscine, belle rencontre sur cette station, dans l’émission Hors Champs de Laure Adler, dont l’invité était l’astrophysicien Jean-Pierre Luminet.

Émission intéressante à plus d’un titre, mais qui m’a particulièrement marqué quand il a été question de musique, et d’une œuvre de Gérard Grisey, Le noir de l’Étoile.

D’abord, parce que rien qu’à l’écoute, même sur deux hauts-parleurs de voiture la musique est extrêmement impressionnante, et grisante, ensuite parce que la démarche du compositeur l’est tout autant.

Oyez, oyez, braves gens : en 1967 une jeune astronome détecta dans le ciel un signal radio variant rapidement, sous la forme d’impulsions périodiques espacées de 1,3 seconde. Au début on le prit pour un signal venant d’une civilisation extra-terrestre. Puis on comprit qu’il s’agissait d’un signal émis par une étoile morte il y a douze mille ans. Un pulsar, formidable concentré d’énergie électromagnétique issu de l’explosion d’une supernova, que les premiers hommes ont sans doute vue en plein jour à l’époque.

Dans la gigantesque tempête électromagnétique que représente le pulsar, une partie des ondes est dans une fréquence audible, et cela fait comme comme un battement de métronome un peu rapide. Grisey s’est basé sur ce battement pour bâtir une œuvre pour les Percussions de Strasbourg, disposées en cercle autour du public. Les premiers battements que l’on entend sont ceux du pulsar. Comme ils sont uniquement détectables par les radio-télescopes de l’hémisphère sud, ils sont enregistrés sur bande et spatialisés sur de nombreux haut-parleurs.

Puis les percussionnistes se superposent et prennent le relais, la musique suit son cours, jusqu’à ce que les musiciens s’arrêtent brusquement et que le signal d’un autre pulsar, tel une guest star, soit capté et diffusé en direct (la date et l’heure du concert étant prévu en fonction de la fenêtre temporelle étroite, permettant de capter ce signal au radio-télescope de Nançay). L’étoile morte joue son chorus, puis le tutti des musiciens reprend.

Cela pourrait être une pure masturbation intellectuelle de compositeur en mal d’inspiration. Cela pourrait être une banalité New-Age comme ces CD de chants des baleines ou des étoiles qu’on vend dans les supermarchés pour leur supposées qualités relaxantes.

Mais c’est toute autre chose. D’abord, de la musique, donc une création humaine, d’un très bon musicien. Et un dialogue extraordinaire, entre les musiciens et cette étoile morte il y a des milliers d’années, et dont le signal nous parvient encore, comme d’une toupie dans le ciel. [1]

Ça fait longtemps qu’une musique ne m’avait pas autant ému, et posé autant de questions, depuis As slow as possible. Suis descendu de la voiture, les palmes à la main, comme revenant d’un long, long voyage.

Liens :

- l’émission sur le site de France Culture
- Introduction au Noir de l’Étoile par Jean-Pierre Luminet
- sur site des Pecussions de Strasbourg
- un enregistrement : pas très bon marché, dommage... pour Noël ?
- notice sur le site de l’IRCAM

Photo : vue d’artiste d’une exoplanète et pulsar, piquée sur le site de l’Observatoire de Paris Meudon.

Notes

[1Titre d’une très belle pièce aussi, de François Bayle, extrait chez Sandra Buisson

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