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L’affaire Marie NDyaye

Affreux, bêtes et méchants.

10-11-2009

Je ne connais pas vraiment Marie NDyaye. Je n’ai pas encore lu son livre qui a obtenu le Goncourt, Trois femmes puissantes. Mais j’avais entendu l’émission l’Humeur vagabonde que France Inter lui avait consacrée en septembre, et en avais été très impressionné, au point que le bouquin était dans mes projets d’achat (je ne suis pas un lecteur boulimique, non, on ne peut pas dire ça, et c’est souvent la radio qui guide mes lectures).

Entre temps d’autres livres à finir, et à la librairie juste à côté des femmes puissantes il y avait le dernier Daeninckx. Je n’achète généralement qu’un livre à la fois : et on ne le laisse pas un Daeninckx seul sur le présentoir, devoir de fidélité.

Et puis les prix littéraires ont sur moi un effet un peu répulsif : le prix de l’Agagadémie française à Pierre Michon pour Les Onze (jusqu’à la dernière page j’ai maudit mon inculture, de ne pas connaître ce tableau du Louvre que tout le monde connaît) a été une bonne surprise. J’ai quand même noté, même sur ma radio préférée, la différence de traitement entre Michon, juste évoqué, et le récipient d’air du Renaudot attribué le même jour, qui a eu lui table ouverte sur la station toute la journée : c’est ça aussi les radios et les prix littéraires.

Donc quand j’ai su que les Trois femmes puissantes étaient goncourtisées, j’ai été content pour le livre et l’auteur, revu un peu mon opinion sur le Goncourt en général, mais je me suis dit illico que j’irai les acheter plus tard : pour ne pas avoir l’air con à la librairie avec l’étiquette rouge du Goncourt, qui fait le type qui achète un bouquin par an sur la palette en tête de gondole, choisi pour lui par d’autres et qu’il est bon de connaître pour ne pas avoir l’air trop con en société. Je m’étais donc réservé ces trois femmes pour une rencontre qui serait de cœur et pas de circonstances. C’est sans doute idiot, une attitude plus saine serait de s’asseoir sur ces préjugés et suivre juste ses inclinations propres, mais c’est comme ça. Peut-être le conformisme de l’anti-conformisme.

Et puis voilà, hier, via Facebook, cette information du Nouvel Obs comme quoi l’inénarrable député UMP Éric Raoult, avait écrit au ministre de la culture pour lui demander de tancer Mme N’Dyaye au motif qu’elle ne respecte pas son devoir de réserve. Je vous le copiecolle, c’est d’une telle richesse que chaque virgule changée serait un crime de lèse-UMP :


« Monsieur Éric Raoult attire l’attention de M. le ministre de la culture et de la communication sur le devoir de réserve, dû aux lauréats du Prix Goncourt. En effet, ce prix qui est le prix littéraire français le plus prestigieux est regardé en France, mais aussi dans le monde, par de nombreux auteurs et amateurs de la littérature française. A ce titre, le message délivré par les lauréats se doit de respecter la cohésion nationale et l’image de notre pays. Les prises de position de Marie Ndiaye, Prix Goncourt 2009, qui explique dans une interview parue dans la presse, qu’elle trouve "cette France [de Sarkozy] monstrueuse", et d’ajouter "Besson, Hortefeux, tous ces gens-là, je les trouve monstrueux", sont inacceptables.

Ces propos d’une rare violence, sont peu respectueux voire insultants, à l’égard de ministres de la République et plus encore du Chef de l’État. Il me semble que le droit d’expression, ne peut pas devenir un droit à l’insulte ou au règlement de compte personnel. Une personnalité qui défend les couleurs littéraires de la France se doit de faire preuve d’un certain respect à l’égard de nos institutions, plus de respecter le rôle et le symbole qu’elle représente. C’est pourquoi, il me paraît utile de rappeler à ces lauréats le nécessaire devoir de réserve, qui va dans le sens d’une plus grande exemplarité et responsabilité. Il lui demande donc de lui indiquer sa position sur ce dossier, et ce qu’il compte entreprendre en la matière ? »

Ce qui m’a un peu surpris, je vous l’avoue, n’est pas tant la question au ministre, que l’avalanche de réactions sur FB, évoquant la liberté d’expression et tous ces grands mots, quand ce texte est tout simplement un joyau de bêtise droitière, et à ce titre, purement jubilatoire.

Qu’on en juge :

- déjà, M. Raoult, qui veut donner des leçons à une écrivain (j’aime pas le mot écrivaine) goncourisée, semble avoir lui-même quelques difficultés à écrire dans un français correct, puisque le devoir de réserve pourrait concerner les, s’appliquer aux, s’imposer aux, être respecté par mais en aucun cas être dû aux lauréats du prix Goncourt. C’est une faute de langue doublée d’un contresens grossier. Pourtant ce monsieur doit bien avoir un assistant parlementaire, payé par nos impôts, ainsi qu’une secrétaire, pour relire ses questions écrites au ministre de la Culture ?

- ensuite, le devoir de réserve évoqué par l’honorable parlementaire, que l’on considère souvent comme applicable aux fonctionnaires, n’est qu’une création jurisprudentielle sans fondement dans la Loi, sauf pour les membres du Conseil d’État. Aussi même un fonctionnaire, bénéficie-t-il de la même liberté d’expression que tout un chacun, qu’il soit concasseur de cacao, député ou prix Goncourt. Ce devoir de réserve est un fantasme de député de droite en mal de censure.

- tertio, l’honorable parlementaire fait référence à une interview parue dans le non moins honorable organe Les Inrockuptibles, le 30 août 2009, soit bien avant la goncourisation de Mme NDyaye. À ce que je sache (j’ai fait un peu de droit dans mes études, il y a longtemps longtemps), une loi ne peut être rétroactive : et on ne saurait donc reprocher à Marie NDyaye, au motif qu’elle est Prix Goncourt, des propos tenus alors qu’elle ne l’était pas. Faut pas sortir de Polytechnique ou Sciences-Po pour comprendre ça.

- ce qui est amusant, c’est que cela fait à l’auteur (je n’aime pas le mot auteure, je resterai old school toute ma vie...) une publicité supplémentaire qui ne coûtera pas un centime à son éditeur. Marie NDyaye va donc vendre bien plus de ses bouquins, ce dont je suis content pour elle. Et l’honorable parlementaire aura eu le grand mérite, de porter à la connaissance du grand public (moi par exemple), des propos dont il n’aurait jamais entendu parler avant et qui sans lui, seraient restés dans les oubliettes des archives des Inrocks.

- il n’a vraiment rien de plus urgent à faire, l’honorable parlementaire, que d’écrire au ministre de la culture pour lui demander d’engueuler une artiste qui n’a rien fait d’autre que de dire qu’elle n’aimait pas deux de ses collègues du gouvernement ? En un sens c’est rassurant, ça prouverait qu’il n’y a pas de problèmes plus graves, ni plus urgents en France.

Mais bon. Le meilleur pour moi, c’est que ce joyau de question écrite donne mille fois raison à Marie N’Dyaye, dans l’interview incriminée, quand elle dit :


« Pour moi, ces gens-là, ils représentent une forme de mort, d’abêtissement de la réflexion, un refus d’une différence possible. Et même si Angela Merkel est une femme de droite, elle n’a rien à voir avec la droite de Sarkozy : elle a une morale que la droite française n’a plus. »

La preuve par l’UMP, il fallait le faire, il l’a faite. Qu’est-ce qu’il va répondre à ça, le neveu de Tonton ?

Allez, vivement qu’on n’en parle plus, de cette histoire, ni de ce prix, pour que je puisse aller à la librairie acheter les Trois femmes puissantes, simplement parce que c’est un bouquin que j’ai envie de lire depuis que j’ai entendu cette émission de radio dont j’ai loupé la fin, parce que j’arrivais à la piscine.

Messages

  • ne serait-il pas un peu neuneu le terroriste Raoult ? Entendre des âneries pareilles dans la bouche d’un "responsable" de la république, une compétition doit être lancée chez nos politiciens, quel sera sera le plus crétin !

    •  Devoir de réserve

      Ne devrions-nous pas tous être astreints au "devoir de réserve" (comme les prix Goncourt ) pour éviter les outrages à ministre, en l’occurence les deux galinacées Boutin et Bachelot ( mais ç’auraient pu être Morano ou Kosciusko Morizet, Alliot Marie et Péccresse ! ) ?
      Ce n’est pas Eric Raoult qui m’a fustigé, non . Je n’ai pas de conseils à recevoir d’un type qui a soutenu un projet d’amendement visant à rétablir la peine de mort dans ce pays . Eric Raoult est un con, et Madame Marie NDiaye, éminente écrivaine, dont le plus grand défaut est sans doute d’avoir un père sénégalais, s’en est tout de suite rendu compte .
      "M’sieur ! M’sieur ! , s’écria Eric à l’adresse de son collègue Frédéric,encore tout honteux d’avoir conservé son patronyme co-noté à "gauche" en acceptant, avec modestie, le poste de ministre de la cul-ture de N.S. M’sieur ! m’ sieur ! Y a la Ndiaye qui fait rien qu’à dire des méchancetés sur nous, que Besson et Hortefeux, i sont monstrueux, que Le Président, il est monstrueux et vulgaire, que la droite française, elle a plus de morale, que la France, elle est fliquée , que ....I faut faire queque chose, m’sieur,sinon, qu’est-ce qu’i vont penser, les gens ? Oh lalalalala, ça va trop loin là !
      - Voyez-vous, mon...cher Raoult, je ne ferai rien . Cette dame, dont je connais l’immense talent, a tout à fait le droit de dire ce qu’elle pense , vous avez tout à fait le droit de dire ce que vous pensez de ce qu’elle pense, et j’ai tout à fait le droit de ne pas dire ce que moi, je pense de ce que vous pensez de ce qu’elle pense . C’est clair ?
      - Euhhhhhh ! Ben , pas vraiment...enfin, ou...ouiii , euh, nnnnnnnoooooon. Bon, ben alors, je vais passer pour un con !
      - J’ai bien peur que oui, cher ami,et que vous ne le restiez ! "
      C’est vrai quoi, il aurait mieux fait de la fermer, le nostalgique de la guillotine .
      Soignez bien vos poules, et portez-vous bien .J.B.le 13/11/09