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Agifold

Adieu à l’Agifold

18-11-2009

Je dis souvent (enfin, pas si souvent que ça, parce qu’on ne me pose jamais ce genre de question) qu’un appareil photo c’est pour le photographe, un peu la même chose qu’un instrument de musique pour un musicien. Pour cela, que je préfère très nettement les appareils argentiques et mécaniques anciens, aux modernes numériques en plastique avec leurs écrans et boutons auxquels je ne comprends rien.

Exemple : cet après-midi encore, j’ai voulu faire une photo avec le petit compact numérique acheté la semaine dernière pour remplacer l’ancien qui ne marchait plus, sans dire pourquoi (ce qui m’a contrarié pour la dépense, mais pas affecté autrement que lorsqu’il faut changer les pneus de la voiture). Cet appareil je croyais savoir l’utiliser parce que je ne suis pas plus idiot qu’un autre, et que j’avais déjà fait quelques photos avec sans difficulté particulière. Mais là, alors que je voulais juste changer la taille de l’image, je me suis perdu dans les menus (parce que, comme avec le téléphone, quand je crois appuyer sur le bouton central, j’appuie à côté avec mes gros doigts, ce qui fait que je ne vais jamais où je veux, sans comprendre pourquoi). Quand j’ai déclenché il ne s’est rien passé, ou plutôt si, ça c’est mis à clignoter, j’étais évidemment bien incapable de retrouver le réglage initial, et l’appareil a pris la photo au moment où je le remettais dans ma poche. Autant vous dire que la photo n’était pas celle prévue initialement. En plus j’étais avec des gens dont un photographe professionnel, heureusement qu’ils ne m’ont pas demandé à la voir la photo j’aurais eu l’air de quoi : « Ben, euh... c’est un nouvel appareil... »

Notez que je ne crache pas dans la soupe, et ne suis pas un anti-digital primaire : c’est pratique quand même ces petits appareils, ça tient dans la poche, à condition d’avoir des batteries en état c’est prêt à tout moment, et on peut utiliser immédiatement la photo, notamment pour la publier sur Ebay, le blog ou Facebook, ce que ne permet pas vraiment un argentique, qui a cependant d’autres avantages.

Mais bon, voilà, les appareils que j’aime, ce sont les argentiques qui tiennent bien dans la main, avec des commandes simples et qui tombent bien sous les doigts, qui ne sont jamais à cours de piles, et dont on joue comme d’un hautbois, ou d’un vieux Pleyel, bref des machines tout aussi dépourvues d’âme qu’un presse-purée, puisque des machines, mais auxquelles on finit quand même par en prêter une (ce qui ne m’est pas encore arrivé, avec le presse-purée).

J’en ai plusieurs de ces machins. Trop, même, puisque tendance à les récupérer quand on m’en propose, je suis un peu le SPA (Spécialiste Pinailleur des Argentiques) de la famille, et ensuite je ne sais plus trop quoi en faire.

Mais un que j’aimais bien, c’était un vieux folding anglais, de marque Agilux, que m’avait offert l’ami Maël à une époque où je n’avais plus de 6x6, et que j’étais en manque de ce format (dans une vie antérieure j’ai longtemps vécu avec un bel Hasselblad, vendu un soir de déprime).

Agifold

Je l’aimais bien, parce que cadeau de l’ami. Parce qu’appareil rare, déjà, surtout qu’il lui avait refait le gainage en imitation (j’espère pour la bestiole) lézard, ou croco, bref un reptile quoi. Parce qu’appareil pratique qui tenait dans la poche, ce qui est rare pour un moyen format, qui sont généralement des appareils assez encombrants et lourds. Parce qu’appareil sympathique et insolite. Et parce qu’au final, je faisais avec des photos qui avaient, du moins pour moi, quelque chose de particulier, comme si cet appareil comme je l’ai lu quelque part, ne photographiait pas les choses, mais le souvenir qu’on a de ces choses.

Maintenant j’ai un beau Rolleiflex, plus ancien encore, mais aussi plus facile à utiliser en photo rapprochée : avec l’Agifold on fait la mise au point à l’estime, ça marche très bien pour le paysage en extérieur, mais c’est délicat sur un sujet rapproché et en basse lumière aussi je l’utilisais moins depuis quelques temps.

Et puis l’autre jour, j’ai trouvé pour lui, l’Agifold, un étui qui lui allait pile-poil. Je l’ai rangé dedans, tranquille, et quand je l’ai ressorti le déclencheur était cassé. Enfin, la tringle du déclencheur, cassée net : une réparation qui prendrait des heures, ou alors utiliser systématiquement un déclencheur souple. Ça m’a vivement contrarié, et j’ai rangé l’Agifold dans la sacoche-cimetière des appareils HS mais chéris, avec mon premier Minox, la Rétinette et la Bolex 8mm paternelles.

Il restait un film entamé dans l’appareil. Je l’ai transféré dans le Rollie, terminé il y a quelques jours et développé. Sur les six vues exposées, trois n’étaient pas trop mal. Pas des images exceptionnelles, mais ça c’est pas la faute de l’appareil ; juste d’agréables souvenirs de vacances dans les Vosges. Je ne les aurais sans doute pas publiées ni même tirées ou scannées si elles n’avaient pas été les dernières faites avec cet appareil.

C’est bête de s’attacher aux objets... Déjà, aux chiens, c’est limite déraisonnable. Mais aux appareils photo c’est complètement ridicule. Et pourtant.

P.-S.

P.S. : l’Agifold est réparé. Merci Maël.

Messages

  • C’est ce genre de sentiments qui nous remplissent les placards de "vieilleries" et font gueuler nos femmes.

    Mais en même temps, quand on aime, on ne compte pas !

  • J’suis pas d’accord du tout, le presse purée est un élément essentiel à notre équilibre ! combien de nos jeunes cuisiniers et cuisinières ne savent plus faire une bonne purée et utilisent ces maudits sachets de poudre merdique. chez moi on fait la purée à la cuiller par paresse car le presse purée c’est chiant à nettoyer. Mais sinon c’est un engin formidable qui peut faire bien d’autres choses que d’écraser des patates. J’envisage de fonder une fondation à cet effet. Le presse purée est indémodable et n’a pas besoin d’énergie autre que les bras, toujours présent dès qu’on le sollicite. Et d’ailleurs le mien fait des photos aussi, na !

    • C’est vrai, outil humble, ch. à nettoyer, mais il n’y a de purée, que faite au presse-purée. Merci Christian pour cette mise au point salutaire.

  • L’autre jour en redescendant à pied du Défi-sciences, nous passons devant la boutique d’un amoureux des appareils argentiques. Elève, qui n’a pas la langue dans sa poche, s’écrie "Regarde, Maîtresse, ça, c’est un magasin pour toi !"
    C’est vrai que quand j’emmène l’ordi portable à l’école, et qu’il se met en veille, Elève se met aussi en veille de bavardages et regarde les photos défiler. Parfois, il sort de son silence "Elles sont belles tes photos, Maîtresse."

    Si j’avais le temps, je reviendrais à l’argentique. J’avoue que le numérique, c’est confortable … Mais, il manque quelque chose … Comment écrire, je n’ai pas l’impression que ce soit de la Photographie.

    • Hé hé... La dernière phrase, on est bien d’accord, c’est pas moi qui l’ai dite... C’est un peu finalement, la même question qu’entre la purée en sachet, et la purée au presse-purée, non ? Dans les deux cas c’est des patates, l’une est plus facile et plus rapide à préparer, pas d’ustensile pénible à nettoyer, sécher, ranger, mais l’autre a le charme du "fait à la maison".