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Piano à chats

Remède pour la mélancolie

25-11-2009

Vous savez tous qu’à défaut de savoir en jouer plus loin que quelques préludes du père Jean-Sé, et les valses neuf et dix de Chopin (je me les joue surtout quand je suis bronchiteux, je trouve qu’avec la toux, les fausses notes passent mieux, et que le rubato est plus onctueux), j’aime le piano, surtout les vieux pianos français.

Vous avez peut-être perçu au fil de ces innocentes chroniques, que je suis parfois, comme vous sans doute, sujet à la mélancolie.

Aussi je vais aujourd’hui vous laisser en bonne compagnie, et vous proposer le remède sinon absolu, du moins probable, à cette affection. Mieux que le pianocktail de Boris Vian. Lu hier soir dans mon lit, ça m’a déclenché une telle quinte de toux que je me suis fait jeter par ma douce, et fini la nuit à tousser dans le plumard du grand nétudiant qu’est pas là ; et du coup j’en ai rêvé toute la nuit.

Donc, dans Claude QUÉTEL, Histoire de la folie, Tallandier, pages 224-225 :


Certaines de ces thérapeutiques sont tellement baroques qu’on doit se demander si elles ont quelquefois existé (mais sait-on jamais ?) Ainsi du piano à chats décrit par le père Kircher, jésuite du XVIIIe siècle, entiché de curiosités médicales. Ce piano aurait été inventé pour dissiper la mélancolie d’un grand prince. Neuf chats sont sélectionnés en fonction du timbre de leurs miaulements et emprisonnés dans les cases d’un coffret que prolongent les neuf touches d’un piano.Chaque touche actionne une pointe fine et acérée qui vient piquer la queue de l’une des malheureuses bêtes, déclenchant du même coup le miaulement désiré. Et puisqu’il s’agit de musique, on aura pris soin de disposer les chats du miaulement le plus grave au plus aigu. Johann-Christian Reil (1759-1813), neuro-anatomiste réputé, hautement représentatif de la psychiatrie romantique allemande, reprend à son compte le piano à chats (Katzenklavier) en précisant que le malade doit être placé « de telle façon qu’il ne perde rien de la physionomie et de la mimique des animaux ».

Suivent d’autres recettes du même tonneau, et, en dernier recours, si cela ne suffit pas, qu’on fasse écouter au patient, des airs d’opéras.

La question que je me suis posé une fois remis de mes premières émotions, est : oui, mais comment est accordé ce katzenklavier ? Tempérament égal ou inégal ? Peut-on jouer le Clavier bien tempéré dessus ? Et pour la pédale ?

En fait, je pense que le brave jésuite n’avait pas envisagé toutes les implications de son invention sur le plan de la lutherie. Les Cristofori, Érard, et Pleyel du piano à chats ont encore un vaste champ d’expérimentations devant eux, pour notre santé à nous autres les mélancoliques, cafardeux, solitaires et dépressifs de tout poil (de chat).

Messages

  • Poilant !
    J’ai adoré le passage "on entends moins les fausse notes..." !
    Quand même, faut être tordu pour aller piquer la queue du chat ! Un être si intelligent.
    Lui quand il est mélancolique, il dort, il fait chier personne !...

  • Ce n’est pourtant pas nouveau, le piano à queue..?!