Café du Commerce
Accueil > Blog > Photographie > Immersion totale

Immersion totale

www.fernandmichaud.net

14-12-2009

Je me suis lancé un peu imprudemment dans l’aventure l’été dernier.

J’ai depuis l’adolescence, une grande admiration pour le photographe Fernand Michaud. Parce que ses images sont mon premier contact sérieux avec la photographie. Parce qu’au fil du temps, je ne me suis jamais éloigné de son travail, et qu’il reste pour moi un des plus grands portraitistes que je connaisse. Le jeu des comparaisons avec Avedon ou autre serait idiot. C’est simplement un très grand photographe de portrait.

C’est un très grand photographe, aussi, de nu. Le portrait c’est un genre très difficile, mais le nu peut-être encore plus : un visage change 25 fois par seconde, une paire de fesses reste une paire de fesses, et un nu féminin ça tend à se résumer souvent à une paire de fesses, une paire de seins, et une chute de reins (« tout cela ne vaut pas une bonne paire de fesses », disait Auguste Renoir).

Les nus de Michaud c’est autre chose. On ne peut pas dire qu’ils soient érotiques. Ils ne sont pas plus, anatomiques ou cliniques. Ils sont à chaque fois, une interrogation, un mystère, une énigme. « Ce que Fernand a voulu dire avec ses nus, il en emportera un jour le secret », a dit très justement Hubert Nyssen.

Un des éléments de réponse, et ce qui en fait la force sans doute, serait – un peu comme chez Sieff, mais alors le seul point commun – un constant rapport au temps. Ainsi la série La chair et la matière dans laquelle une jeune fille évolue au milieu des bronzes de Rodin : elle est jeune, elle est belle, pleine de vie, et on ne peut s’empêcher de penser à sa fragilité ; que cette beauté est hautement éphémère et périssable, quand les bronzes seront toujours là, vivant leur vie de statue, quand il ne restera d’elle que le souvenir, et ces images.

Fernand Michaud est un artiste reconnu : ancien photographe attaché au Festival d’Avignon, il a exposé dans les musées et galeries les plus prestigieux. En 1988, la BNF a acquis tout son travail sur le Festival, qui constitue désormais le Fonds Fernand Michaud. Pour autant il a mené sa carrière (avec son épouse Odette, grande alchimiste des virages aux métaux précieux) plutôt sur des chemins de traverse, et n’est pas connu du grand public.

Il n’avait jusqu’ici qu’une petite page perso Wanadoo, amicalement faite autrefois par l’ami Maury. Cet été je leur ai proposé de la rafraîchir un peu, avec nom de domaine, et langage web plus moderne. Ça ne m’engageait pas beaucoup, et cela me faisait plaisir de leur offrir un peu de mon temps, en reconnaissance et témoignage de l’estime profonde que j’ai pour leur travail (« tu n’es rien qu’un fan de base », me dit-on à la maison...)

Mais voilà, on n’en reste pas, pour un artiste que l’on aime, et dont on a sous le coude (depuis longtemps, ou envoyés par Odette) les catalogues d’expo, à une page perso de quelques imagettes. Le projet est devenu plus exhaustif, le scanner a chauffé, le logiciel de retouche pour les images, de reconnaissance de caractères pour les textes, les heures et les heures accumulées.

Heures devant l’ordi, heures dans les bouquins, heures dans la messagerie avec Odette, appel à la rescousse même du neveu qui habite près de chez eux, parce que le Flash ne passait pas sur leur vieux Mac. Heures dans la nuit à méditer ces images, heures du jour à attendre le soir pour se replonger dedans.

L’expérience la plus impressionnante, à passer du temps à scanner et travailler les scans, sera peut-être la redécouverte de la série Richard III, et cette fascinante construction, de la métamorphose de l’acteur par le maquillage, mais plus encore la façon dont le personnage prend possession de l’acteur, les images de la pièce, la folie du personnage, et enfin, cette détente, que constitue la séance de démaquillage et le retour au réel. Magnifique Ariel Garcia Valdes, magnifiques images. Moi qui connais peu de choses au théâtre, j’en ai pris plein la vue. Et pourtant je connaissais, ou croyais connaître, ces photos.

Non, ce n’est pas un photographe ordinaire.

Je m’étais bien juré de ne pas parler du site, avant qu’il soit finalisé. Mais voilà, sans être fini il est bien avancé. Il reste à ajouter d’autres séries de théâtre : En attendant Godot, Gassman aux enchères, refaire une partie des scans de Pina Bausch. Ça sera fait dans la semaine.

Je sais que ça n’est pas bien d’envoyer les gens vers un truc pas fini, mais déjà deux heures de scanner/retouche pour ce soir, c’est beaucoup, pour autant pas envie de lâcher prise, il fallait que ça sorte d’une autre façon et le Café du commerce est passé complètement à la trappe ces derniers temps : comme le grand frère quand arrive le bébé dans la maison.

Avertissement : c’est le site d’un grand photographe, mais par un webmaster tout ce qu’il y a de plus amateur. Vous êtes prévenus. Mais allez-y quand même, pour les photos : www.fernandmichaud.net

Messages

  • Tu as fait un travail magnifique, Jacques. Je n’ai pas tout exploré, je reviendrai et reviendrai.
    C’est émouvant de voir les portraits de gens de théâtre, Roger Planchon, Jean-Pierre Vincent, Antoine Vitez. J’aime les chorégraphies de la grande Pina Bausch...
    Merci et chapeau bas au webmaster !

  • Quel beau travail ! c’est une vrai réussite ce site, et le photographe le mérite bien, ses nus sont magnifiques, pleins de sens et de créativité.
    L’atelier Bouchard c’est près de l’Ile Bouchard ?
    Bon courage pour la suite et félicitations !

    • Merci Christian,

      Henri Bouchard, 1875-1960

      Je cite Wikipedia :« En 1924 Face aux nombreuses commandes qui lui sont passées, il se fait construire un atelier à Auteuil, près de Paris (qui deviendra le Musée Henri Bouchard, fermé en mars 2007, pour être transféré à Roubaix). »