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Prosopagnosie

Au moins y’a un mot pour ça

16-01-2010

J’ai quelques qualités, mais plein de défauts, et deux handicaps sérieux.

D’abord, l’allergie aux produits chimiques photographiques, ce qui pour un amateur de photographie argentique (qui est comme chacun sait, à la photo numérique, ce que le bateau à voile est au bateau à moteur, ou le piano Pleyel au Clavinova), est embêtant. Voire très embêtant quand en plus d’être rouges, gonflés et desséchés, les doigts se mettent à démanger atrocement et suinter au point de devoir se déplacer avec un linge dessous pour ne pas dégouliner partout. Mais bon, précautions, corticoïdes, anti-histaminiques et abstinence argentique, et on peut vivre avec.

Ensuite, la prosopagnosie.

Vous ne connaissiez peut-être pas le mot jusqu’ici, d’ailleurs c’est un mot à coucher dehors que je n’arrive pas à retenir, recherche internet à chaque fois que j’en ai besoin. Mais je vous jure que c’est embêtant. C’est l’incapacité à reconnaître les visages, dont je suis malheureusement affligé.

Bon, ça n’est pas au point de ne pas reconnaître mes propres enfants, comme cela peut arriver dans les cas sérieux paraît-il. Ça arrive aussi à tout le monde, de ne pas reconnaître immédiatement telle ou telle personne par son visage, alors qu’on la connaît pourtant.

Mais chez moi (et semble-t-il, c’est de famille) c’est assez marqué, suffisamment pour me pourrir la vie, et que je doive aussi développer des stratégies pour vivre avec.

Tant qu’on est dans la routine quotidienne, ça va. Instit à la campagne on ne voit pas tant que ça de visages dans la semaine, et j’ai prévenu mes parents d’élèves, en début d’année, qu’ils ne s’étonnent pas qu’il me faille parfois un trimestre pour leur donner leur enfant sans leur demander lequel c’est, et que pour les papas et les mamies qui viennent une fois de temps en temps, il faudra sans doute l’année entière.

Avec certains visages c’est immédiat, d’autres se refusent obstinément, même quand je le vois bien ensuite, le visage de l’enfant est le copié-collé de celui du parent. Dans ce cas je jette un coup d’œil implorant à mon ATSEM, qui connait la musique, et appelle l’enfant à ma place. Soulagement.

J’avais comme ça deux mamans, grandes, brunes, à cheveux courts : elles ne se ressemblaient pas plus que ça autrement, mais au bout de trois mois, je me trompais encore entre les deux. Enfin l’un des enfants a quitté l’école, depuis je ne me trompe plus avec celle qui reste.

Je les ai aussi prévenus aussi en début d’année, que même si je les reconnais parfaitement à l’école, ils ne s’étonnent pas non plus si en les rencontrant ailleurs je ne les salue pas. Ce n’est pas fierté mais les gens que je vois toujours dans le même contexte, hors de ce contexte, généralement je ne les reconnais pas. Il m’est arrivé par exemple, de changer de trottoir pour ne pas croiser une collègue de boulot (on n’était que trois instits dans l’école, et c’était quelqu’un que j’aimais beaucoup) parce qu’elle était descendue de sa montagne pour faire des courses en ville, et du coup, je n’étais pas sûr du tout que ce soit bien elle. Je n’ai jamais osé le lui raconter.

Une autre fois, c’est une dame qui se plante devant moi au supermarché (je n’y vais jamais, à chaque fois c’est un stress, ça explique peut-être aussi) :

— Bonjour !
— Bonjour, je peux vous aider ?
— Ben, non, je vous dis juste bonjour !
— Euh... c’est gentil, mais... euh... je ne vous reconnais pas...
— Mais enfin, vous n’êtes pas Jacques, instit à M. ?
— Ben, si, mais, écoutez... Je suis désolé, je ne vois pas...
— Je suis la cantinière, je vous sers à table tous les midis !

D’autres fois, c’est une dame à qui je tape dans le dos chez l’épicier :

— C’est pas possible, t’es toujours sur mon chemin, toi !
— Mais Monsieur je ne vous connais pas !
— Oh excusez-moi désolé, je vous ai pris pour quelqu’un d’autre.

Des anecdotes comme ça j’en ai des dizaines ; celle de la cantinière, avec qui j’échangeais effectivement tous les jours le bonjour, et quelques mots sur le temps qu’il fait détenant tout de même le pompon. Mais voilà, je la voyais tous les jours en blouse blanche, dans le même local, à dix kilomètres de là, et ça suffit pour que ma pauvre tête ne fasse pas la correspondance. Et je ne suis pas sûr du tout, que je ne serais pas capable encore de telles bévues, même si maintenant je prends bien soin de dévisager les cantinières quand je change d’école.

Hier encore, le matin, j’étais seul dans ma classe en attendant l’arrivée des monstres, la collègue de la classe à côté (que je reconnais encore, du moins jusqu’ici, et au boulot), m’amène une charmante et jolie jeune femme, qui me salue joyeusement et me colle deux bises. Moi, tétanisé, parce que je voyais bien qu’elle me connaissait très bien, mais que son visage à elle, ne m’évoquait absolument rien :

— Écoutez, je suis désolé, j’ai une mauvaise mémoire des visages, je ne vous reconnais pas...

Ça dure une éternité. Le temps de voir son visage se décomposer, se demander si elle-même ne s’est pas trompée d’école ou de personne, et l’humiliation (je suppose) de se voir réduite à si peu, qu’on ne la reconnaisse pas. J’imagine aussi mon air stupide, idiot, demeuré. Je n’ai déjà pas l’air très futé au naturel, mais dans ces moments je n’ose pas imaginer ma tête.

Elle me dit son nom, et je percute : la collègue qui m’a succédé depuis la rentrée, sur le poste que j’occupais ces années précédentes ; je ne connais qu’elle, on a passé des heures en tête-à-tête en juillet, on s’écrit régulièrement, et je la vois depuis de temps en temps : à son bureau. Ailleurs, et dans le même contexte, toujours.

J’ai aussi tendance à imaginer que les autres sont comme moi : alors quand moi je reconnais des gens le premier (généralement parce que je sais à l’avance, que je vais les rencontrer), je me présente à chaque fois, comme si c’était au téléphone, ce qui étonne assez souvent. Ou bien, en réunions de collègues : Oui... Rappelle-moi dans quelle école tu es déjà... et là ça revient.

Enfin. Ça fait un sujet de conversation à table, généralement ça amuse plutôt, moi je trouve pas ça drôle du tout. Mais bon, il y a des choses pires dans la vie.

Et puis aujourd’hui vient d’arriver par la poste un nouvel appareil photo, offert par un ami dont je n’ai jamais vu, et ne verrai jamais peut-être le visage ailleurs que sur Facebook, alors la vie est belle. Et puis, entre un Yashica et un Rolleiflex, au moins, même à dix mètres et instantanément, je ne fais pas d’erreur.

Messages

  • bizarre, parce que j’avais mis ça sur le compte de la myopie (corrigée peu avant le CP, à St Michel en l’Herm c’était pas trop difficile d’être myope sans que ça se remarque) - pourrait y avoir un machin génétique derrière ? rien constaté dans la génération 3

  • C’est à cause de l’image latente !!!

  • Une des maladies les plus humiliantes socialement, pour le malade comme pour les victimes.

    Il doit y avoir quelque chose à voir avec l’hérédité puisque ça se transmet aussi de père en fils (à un stade moins grave peut-être).

    Mon plus beau moment de prosopagnosie : on se promène dans la rue avec des copains, une superbe fille vient en sens inverse et s’arrête pour me faire la bise, je la snob superbement devant les témoins ébahi qui n’ont pas bénéficié de cet honneur féminin.

    Le soleil dans les yeux a bon dos ce jour là. Mais la question qui suit le rencontre reste posée : « c’était qui elle ? »

    • Je viens de réaliser que j`ai ce problème depuis toujours,72 ans .... ma femme m`a toujours dit que je n`étais pas attentif...nos amis mentionnent que je suis spécial...certains disent que je suis snob... je ne reconnais pas les personnes que je vois rarement...le pire endroit a aller, est de se retrouver dans un groupe d`une centaine de personnes que je vois seulement une fois par année...j`aimerais mieux ne pas y aller...il y a toujours des personnes qui me parle et qui pour moi .... semble me connaitre mais que je ne reconnais pas... après ces conversations quand je suis avec ma femme je lui demande qui ces personnes étaient...c`est vraiment pas intéressant a vivre...et je crois qu`il n`y a pas grand chose a faire.

  • Cela fait plaisir de te relire ! :)

  • Comment vas tu euh ... euh (moi c’est les noms) Gilles.

  • Bonjour Jacques, au moins avec le Net pour seul lien, pas de (t)erreur de ce genre. Si je connais ton visage, tu ne connais pas le mien :-)
    Je suis passée te saluer et je réagis au nom de Saint-Michel-en- L’Herm, comme lectrice de tous les livres de François (bien que pas encore lu le dernier), et parce que je viens de lire (je l’avais sur mes rayons depuis 2002) Abbés de Michon et que les trois récits se passent dans cette région devenue mythique.

  • Curieusement, cela m’a fait du bien de lire vos propos découvert par hasard sur le net ...
    En effet, maintenant je sais que je ne suis pas seul à avoir ce genre de trouble que j’appelais pudiquement jusqu’à maintenant un manque de " physionomie " !!
    En plus je sais meme que ce trouble à un nom : “prosopagnosie”
    Alors, merci car, même si cela ne soigne pas, ça fait tout de même du bien de savoir qu’on est pas tout seul !!...

  • Bonjour tous,

    je souscris et signe à tout ce que vit Jacques, et je pourrais en raconter d’autant si pas plus. Pendant des années, je prenais à la légère, comme un petit tic ou une gentille marotte, ma prosopagnosie. Mais avec les années, cela devient pesant.

    Je l’ai depuis que je sais me souvenir. Je pense maintenant, en rétrospective, que la prosopagnosie a joué un rôle dans le fait que je ne savais pas me faire des amis à l’école – car d’un vendredi midi au lundi matin suivant, je ne les reconnaissais pas ; en tout cas, pas avant des semaines (sauf les gens avec des traits remarquables : les gros, les roux, les dents de travers... les outsiders que personne ne voulait, quoi !).

    L’anecdote la plus hallucinante, c’est quand un gars (connaissant ce défaut que je partage avec Jacques) prétendait avoir passé une nuit d’amour torride avec moi ! Je n’en suis toujours pas tout à fait sure : était-ce bien lui ? Ou une connaissance à lui ? Pourtant, il n’y en a pas eu tant que ça dans ma vie...

    Mais aussi il y a quelques semaines quand j’ai voulu saluer mon fils (18 ans) en lui sautant dessus à l’improviste dans une station de train bondée : Ce n’était pas mon fils.
    A ma défense, il faut dire que le jeune homme très surpris de se trouver avec une grande blonde de 38 ans autour du cou avait, lui aussi, des cheveux longs et un look "grunge", comme mon fils…

    Hier, une belle encore. J’ai RV avec un nouveau contact professionnel dans une taverne que je connais suffisamment bien pour savoir le prénom du tenancier. Mon interlocuteur souhaite régler les consommations et essaie d’attirer l’attention du tenancier. Je lui recommande de l’appeler par son prénom : "YVES !" hurle-t-il à travers la salle bondée. Pas de réaction.
    Quelques instants plus tard, le "vrai" Yves arrive pour me saluer. J’imagine que mon invité comprend aussitôt que l’énergumène qui était occupé à servir les tables un peu plus tôt est le nouveau garçon de salle ...

    Et les bévues continuent...
    ... car si je n’arrive pas à retenir la tête d’Yves ni celle de son garçon de salle, j’ai bien remarqué qu’il y a 2 T-shirts différents en jeu, et je demande familièrement à Yves : "tiens, t’as changé de T-shirt depuis tout à l’heure ? J’aimais mieux l’autre".
    (Yves me répond gentiment "non, c’était pas moi, c’était l’autre".
    Apparemment, il est déjà au courant de ma prosopagnosie ? Ou je me fais un film ?)

    Merde, quand j’imagine ce que se disent les autres ? Mon nouveau contact professionnel doit me prendre pour une timbrée. Une représentante commerciale qui ne sait pas distinguer le gérant du bistro de son garçon de salle ?
    Mais au lieu de me plaindre, j’aimerais bien savoir s’il y a un remède ?

    Je suis cavalière et dans une écurie avec 40 chevaux que j’arrive à reconnaître sans trop de problèmes même quand ils ne sont pas dans leur box ou leur morceau de prairie. Même si ce sont les mêmes couleurs de chevaux ! J’ai une bonne mémoire des chiffres et des noms. Peut-on rééduquer sa mémoire visuelle pour être plus performante côté "visages" ?

    Qu’en dites-vous ?

    • Je n’en dis rien... mais compatis ! Enfin, l’histoire de la nuit d’amour torride, ne m’est jamais arrivée encore... dommage, peut-être ?
      Amitiés

  • Bonjour à tous,
    J’ai exactement la même "tare" et des quiproquos invraisemblables à cause de ça, moi aussi je ne reconnais ni mes fils ni mes collègues de travail s’ils ne sont pas "à leur place" (à la maison ou au bureau !) ni mes voisins ailleurs que devant leur porte d’entrée ... Il y a aussi pas mal de personnalités publiques (acteurs, politique, etc) que je confonds en permanence.
    Je pense même être bien vernie puis mes DEUX parents le sont, prosopagnes ... Mon père non plus ne me reconnaissait pas, plusieurs fois il m’a même dit "bonjour madame" ...
    Je sais depuis peu que ça a un nom et un nom pas possible en plus, inretenable ils l’ont fait exprès (!) ça me rassure de savoir qu’il y a d’autres "victimes" de par le monde, je me sens moins "gourdasse". Régulièrement je me connecte pour voir si des solutions émergent ; malgré mes efforts et des stratégies perso mises en place dans le cadre de mon boulot, pas la moindre amélioration ... Voilà, j’ai apporté ma pierre à l’édifice de la prosopagnosie, si au moins ça peut vous faire marrer, ça sert à quelque chose !

    • Ouch ! Plus atteinte que moi... Je compatis ! C’est amusant à lire, mais c’est vrai qu’au quotidien c’est usant...

    • Salut à tous,
      Prosopagnosique aussi, j’utilise les coupes de cheveux, les vêtements, la silhouette ou un détail particulier (façon "out-sider" : des dents tordues, un grain de beauté etc) pour mémoriser les nouveaux visages. Je crois que le pire c’est quand il y a des uniformes, dans les avions les hôtesses de l’air sont toutes les mêmes pour moi, impossible de les différencier ! Je regorge d’anecdotes très humiliantes (pour moi), hilarantes pour mon entourage. Ayant fait de la neuro-psy lors de mon cursus, j’ai rapidement pu mettre un nom sur le trouble, n’empêche qu’il est bien là et j’ai comme l’impression que cela ne va pas en s’améliorant.
      En revanche, pour ceux qui demandaient si on pouvait améliorer ça, il me semble avoir trouver une bonne stratégie : le dessin.
      J’ai toujours aimé dessiner, mais j’ai constaté qu’en m’entrainant à dessiner les visages (ceux de mes proches ou issus de mon imagination) j’arrivais à mémoriser de façon très précise la courbure d’un sourcil, la forme d’une lèvre, le contour d’une narine etc.. Toujours pas de perception globale immédiate comme les "valides" mais j’ai gagné tout un répertoire de traits dans mes données mnésiques qui me permet de rapidement encoder un visage dans ma mémoire sous cette forme : visage rond, sourcil plat qui descend, lèvre supérieur très fine etc ..
      Je ne sais pas si ça peut aider certains, mais pour moi c’est assez efficace : une fois scruté méthodiquement un visage avec cette méthode (en le dessinant mentalement) je peux accumuler suffisamment d’indices pour m’aider à le reconnaître plus tard, même s’il change de coupe de cheveux !

      Bon courage à tous !

    • Je ne sais pas dessiner autre chose que des moutons dans des caisses, mais je constate la même chose avec le portrait photographique. En principe, je reconnais assez bien une personne dont j’ai fait le portrait.
      Ce matin, j’ai même remarqué que ma fille avait coupé ses cheveux, qu’elle avait longs, en carré : à sa grande surprise.

    • Bonjour à tous,
      Je viens d’envoyer un message à JB que je me permets de vous envoyer sur le forum.
      Je suis dans l’écriture d’un projet documentaire sur la prosopagnosie.
      Les scientifiques sont ravis de parler de cet handicap peu connus, lourd de conséquences sociales pour les patients.
      Par contre je suis à la recherche de témoins pour d’une part être en contact avec les personnes concernées et surtout être fidèle à la réalité de ce trouble neurologique.
      Attention, je ne suis pas journaliste... Je suis monteuse documentaire et télévision de métier, et je m’intéresse à ce sujet depuis plusieurs années déjà. Aujourd’hui, je souhaiterais témoigner pour les personnes atteintes de prosopagnosie, pour que cesse les préjugés à leur égard.
      N’étant pas moi même "physionomiste", mes petits tracas du quotidien me laissent supposer les difficultés que vous devez rencontrer au quotidien.
      Dans les cas extrêmes de prosopagnosie, les personnes ne reconnaissent pas les membres de leur famille, leurs enfants, voir eux-même dans le miroir ou sur une photo... Cela peut être dû à une lésion suite à un accident vasculaire ou autre, ou congénitale. C’est un sujet qui passionne les neuropsychologues...

      Si vous souhaitez, n’hésitez à me contacter, ne serait-ce que pour en parler.
      Je vous remercie
      Gaëlle
      ggaelle@sfr.fr

    • Il m’est plus facilles de reconnaitres les personnes moches ! Mais pour les belles filles - je travaille au crazy horse - c’est l’enfer, surtout si elles sont maquillées... Je ne savais pas que la prosopagnosie (impossible de retenir ce nom idiot !) est une maladie. Comment se soigner ?

  • Ça fait plaisir de voir qu’on n’est pas seul à en souffrir. Je vis avec ce handicap depuis dix ans et suite à un accident de voiture. Je garde une parfaite mémoire des visages antérieurs à l’accident mais suis incapable de mémoriser sur le long terme une personne rencontrée depuis. Travaillant en milieu scolaire alors, il a fallu un an et le renouvellement des effectifs pour commencer à m’en rendre compte. Cela s’est atténué avec le temps, où j’ai appris à compenser par l’oreille (reconnaissance vocale) et l’observation des attitudes physiques, mais ça me demande quand même des efforts...

  • Bonjour !

    Je suis tombée par hasard sur votre article, m’intéressant à la science humaine en général. Je ne suis pas atteinte de ce mal, bien qu’il m’arrive parfois de ne pas être très physionomiste comme on dit.

    J’écris car cela m’a rappelé, il y a des années de cela, un reportage TV sur cet "handicap social" qu’est la prosopagnosie. Ce que je me rappelle, c’est que cela peut apparaitre suite à un traumatisme cranien ou être héréditaire. Mais ce qui m’avait le plus frappé, c’est d’apprendre, qu’en fait, même si l’on n’est pas atteint par ce mal, le cerveau doit mettre en place tout un mécanisme incroyable, pour arriver à reconnaître même le visage d’un proche ! Et cela à chaque fois ! Je n’arrive pas à bien me rappeler les détails, mais le cerveau doit, à chaque fois TOUT reconstituer, c’est à dire mettre en place TOUS les détails du visage pour arriver à reconnaître une personne. Comme un puzzle qu’il arrive à refaire en quelques millième de seconde, mais à chaque fois, c’est un exercice pour le cerveau ! Et cela sans que l’on se rende compte. Un scientifique disait que finalement, c’était pas si évident que ça que l’on puisse reconnaitre quelqu’un !

    Alors si l’on n’arrive pas à rassembler les pièces du puzzle, peut-être que l’on peut arriver à mettre en mémoire qu’une seule de ces pièces, comme un détail du visage, et mettre le nom de la personne à qui appartient cette pièce ? C’est sûr que le dessin ou la photographie exerce le cerveau à observer les différents détails d’un visage.

    En tout cas bon courage à tous !

  • Mon mari m’a dit de regarder Prosopagnosie sur internet....WOW, j’en reviens pas ça a un nom ! J’ai été commerçante pendant 30 ans et je n’ai jamais reconnu mes clients réguliers.
    Je ne reconnais pas mes voisins ailleurs que dans leiur cours.
    Et la meilleur ; alors que je cherchais mon mari dans la petite épicerie du coin, étant incapable de me rapeller comment il était habillé ce jour là, je ne l’ai pas reconnu. J’ai fini par allé l’attendre à la voiture car il stationne toujours au même endroit et j’ai choisis des options particulières à la voiture pour m’aider à la reconnaitre.
    Mais j’ai une mémoire terrible pour les chiffres ! Et je n’ai jamais eu de difficulté d’apprentissage ?
    Je travaille maintenant pour des personnes en soin prolongés et mon problême m’attriste beaucoup. Car je m’attache beaucoup à eux. Mais lorsqu’on me dit que quelqu’un est décédé, je suis incapable de mettre un visage sur le nom !
    Lorsqu’après quelque temps je demande des nouvelles de la personne, on me regarde d’une drôle de façon !

  • Je viens de découvrir mon problème. Je pensais que je ne reconnaissais pas les gens parce que je ne les regardais pas avec assez d’attention et que je ne mémorisais pas leurs traits. Je reconnais les personnes dans leur environnement familier mais difficilement ailleurs. Par exemple, quand j’enseignais, je pouvais nommer tous mes élèves s’ils étaient assis à leur bureau ou la bibliothécaire à son comptoir mais pas dans la rue ou la cour d’école. Le pire, c’est lorsque j’ai buté dans un miroir pleine grandeur et que j’ai dit "Excusez madame" parce que je ne m’étais vraiment pas reconnue. En plus, les gens ont tendance à changer, ils vieillissent, comme moi, et je ne peux faire le lien avec mes amis de jeunesse. Même si je n’ai jamais eu de problèmes d’apprentissage, la prosopagnosie rejoint l’amusie dans la liste de mes handicaps.

    • Ah, amusie, connaissais pas le mot, mais je serais très malheureux si je devenais brusquement comme ça... Bah, ne pas reconnaître les gens, et une bonne dose de bipolarité, c’est déjà pas si mal ;-)

  • ma fille me re-presente perpetuellement les memes amis de classes, meme ceux que je ne lui permet pas de frequenter , "ne t inquete pas , elle ne te reconnaitra pas "leur dit elle , comme on parle d une idiote ! ,
    dans mon metier , c est tres difficile , je suis guide touristique , je fais perpetuellement semblant de savoir qui sont les personnes qui s adressent a moi , pour ne pas les vexer,ou bien je salue chaleureusement de parfaits inconnus ... je me retoune quand on m appelle sur des gens dont je n ai pas la moindre idee de qui ils sont , et qui me font de grands sourires , j attend qu ’ils parlent pour attrapper le moindre indice
    , et puis quand je les "situe", j e regarde les details du visage , et quelque fois , l expression d un sourire me dit quelque chose ,
    lire vos commentaires me soulage , je me sent moins coupable
    Helene

  • C’est réconfortant de ne pas être seule dans ce cas... Je m’en suis vraiment rendue compte au travail, je devais distribuer des documents individualisés à des personnes que je côtoyais tous les jours, mais j’étais incapable de distinguer certains entre eux. J’ai montré les documents à la cantonade, un peu comme on tient des cartes, pour obliger les gens à les prendre eux-mêmes, et je les ai observés pour ne pas avoir de problème la fois suivante, sauf que juste après j’avais déjà oublié et il m’a fallu utiliser la même technique à chaque fois pour ne pas avouer que je ne les reconnaissais pas !!!

    Ensuite, le sachant, je me suis débrouillée, je compense un peu grâce à ma pratique du dessin car j’observe les traits des gens que je trouve beaux, le hic c’est que je ne "vois" pas les autres !

    Maintenant je vis dans un village, je reconnais à peu près les gens à condition que ce soit toujours dans le même lieu. Mais ailleurs même s’ils m’abordent je ne les reconnais pas et je dois passer pour une snob ou une indifférente.

    Je crois que quand on est dans ce cas on mémorise un ensemble, s’il manque un seul élément (lieu, coiffure, contexte, gens autour...), on est perdu !

    Ça m’est arrivé récemment d’avoir un problème d’incompréhension à l’écrit parce que le texte comportait un quiproquo, s’il manque quelque chose je suis perdue, et il en est de même s’il y a des fautes d’orthographe, j’ai alors beaucoup de mal à comprendre le texte.

    A mon avis il faut faire avec et en parler pour ne pas être traité comme un extraterrestre.

    • Pour moi, j’ai 4é ans, impossible d’en parler : j’ai tenté 2 fois, personne ne comprend rien :
      les premiers pensent que j’exagère et ne fais simplement pas attention aux autres
      les seconds que je suis un peu étrange.

      Je pense en effet qu’il y a un aspect héréditaire, mais pour moi c’est le pompon. il m’est arrivé de croiser mon père dans la rue et de ne pas l’identifier ! La honte.

      J’ai développer diverses stratégies de comportement face aux situations quotidiennes privées et surtout professionnelles auxquelles je suis constamment confrontée et je pense m’en sortir plutôt bien. Existe t il un ouvrage "conseil" pour encore progresser qui donnerait des "trucs et astuces" ?

      Merci à tous, c’est rassurant de savoir que d’autres ont les mêmes difficultés.