Café du Commerce
Accueil > Blog > Archives 2006 > Lutherie

Lutherie

10-06-2006

Lutherie. J’ai toujours rêvé d’être luthier, facteur d’orgues ou de pianos, de travailler dans les odeurs de bois, de colle et de vernis, sans voir personne et en écoutant la radio. Malheureusement je suis tout sauf adroit et minutieux, je n’ai aucune patience, et la vie en a décidé autrement.

Je me console en me disant qu’un jour, peut-être, je serai très riche et pourrai ajouter quelques instruments à ma collection de pianos à queue anciens (qui n’en comporte qu’un pour l’instant), ou financer de façon anonyme un orgue somptueux dans une église du coin, ou encore la réinstallation de l’orgue du baron de l’Espée dans son château d’Ilbarritz, qu’il n’aurait jamais dû quitter.

Malgré tout ça reste des projets un peu flous et aléatoires. Alors, comme il faut bien commencer, j’ai attaqué hier, la restauration d’une basse électrique de marque Yamaha, modèle RBX260, numéro de série N028027, achetée dimanche matin dans un vide-grenier. Payée 35 euros, ce qui n’est pas cher pour une basse de marque, mais celle-ci était vraiment dans un état piteux. Pitoyable même, tant on pourrait penser que son précédent propriétaire s’en était servi, de sa basse, comme marteau à taper dans les coins, ratatine-ordures ou coupe-friture. Ou tout ça à la fois. Bref, pourrie, la basse, avec carrément des morceaux de bois en moins. Mais malgré tout la signature Yamaha, si elle n’égale pas celle de Fender ou Rickenbaker, étant un gage de sérieux j’ai craqué, prétextant mon anniversaire prochain (si je ne suis pas manuel, j’ai par contre un certain talent, pour toujours trouver des excuses implacables à mes dépenses inutiles). Et retraversé le vide-grenier, fier comme Artaban, ma basse noire sous le bras.

C’est en jouant Walkin’ on the moon sur le parking, que la première corde a sauté, en fait elle ne tenait plus que par l’âme autour des chevilles. Puis, quand j’ai attaqué Smoke on the water sur les trois restantes, je me suis aperçu que les deux potars tournaient infiniment sur eux-mêmes, et que la prise jack du cable avait tendance à trintouler dans son logement vu qu’elle n’avait plus son écrou de fixation. C’était finalement peut-être pas une si bonne affaire que ça, ma basse Yamaha. Mais malgré tout le début d’une belle histoire d’amour.

La petite a bien objecté qu’aux 35 euros il faudrait ajouter le prix d’un jeu de cordes (mais non, penses-tu, je ne changerai que celle qui est cassée), de la peinture, et que mes tentative de bricolages finissent généralement et simultanément dans la colonne « débits » du relevé de compte, et dans la benne « tout-venant » de la déchetterie (oui, mais une basse, y’a rien de plus facile, juste un coup de peinture et ça roule, même moi je suis capable, et puis une Yamaha à ce prix, c’est inespéré...)

Le week-end s’est donc terminé en démontage, ponçage, étalage de pâte à bois, re-ponçage, re-étalage de pâte à bois etc. ainsi qu’en lectures sur Internet de forums de lutherie guitare.

Aujourd’hui, au boulot, forcément parlé de ma belle basse aux collègues qui curieusement n’affichaient qu’une compassion polie quand j’espérais un franc enthousiasme « (Une Yamaha RBX260 tu dis ? 35 euros ? Mais c’est gééééééééééééénial !) » et attente fébrile (parce qu’en plus j’ai la crève) de la fin de journée pour aller choisir LA peinture à Bricomarché.

Alors voilà, je vous passe tous les affres par lesquels je suis passé, entre les peintures en bombe et en pot, métallisées ou non, mais finalement elle sera bleu nuit ma basse, tout simplement. Mais un bleu nuit profond, mystérieux, et brillant à la fois. Au passage, j’en ai profité pour acheter un jeu complet de cordes (parce que forcément ça se vend comme ça, et ça serait idiot, sur une guitare neuve, de mettre une corde neuve et trois vieilles). Bon, la peinture plus les cordes, ça m’a plus que doublé le prix de la basse... Mais le bonheur de la création !

Le tout, c’est que j’arrive à rattraper ce putain de moustique qui est venu se coller sur ma première couche, ainsi que la toile cirée de la cuisine qui s’est vue constellée aussi, de bleu nuit profond et mystérieux, à l’ouverture du pot. Et ce dernier point, de préférence avant que la petite ne rentre de son cours de danse.

Mais ça aussi, c’est le bonheur de la création.