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Acte manqué

La descente de la Seudre, j’y étais

07-03-2010

J’ai pas l’air comme ça, mais je suis un grand sportif. Mon truc c’est la nage avec palmes, et de plus en plus, la monopalme.

Mon dernier exploit en date, c’est la Transplage 2008. J’avais failli ne pas participer, après avoir fait 400 bornes en voiture, pour avoir bêtement oublié mes palmes dans le bus qui nous amenait du vestiaire au point de départ de la course (« j’ai bien pensé à vérifier sur les sièges, avait dit le chauffeur ; mais je me suis dit que personne ne serait assez idiot pour laisser ses palmes dans le car »). Ensuite j’avais trouvé la course un peu dure, faute d’entraînement.

Mais cette année, j’ai repris dare-dare. Deux fois par semaine, au club de Saint-Jean d’Angély où il y a de bons copains, on nage sérieusement, et on se fait une bouffe ensuite une fois par mois. Lundi, monopalme, et apnée ; jeudi, natation, parce qu’un bon nageur doit savoir nager sans ses palmes.

Donc, première course de l’année, la descente de la Seudre. Initialement prévue la semaine dernière. En fait, si j’aime bien nager, je n’aime que modérément le faire dans l’eau froide et je n’avais pas plus envie que ça d’y aller : fin février, il ne fait quand même pas très chaud. Sauvé par la tempête, l’épreuve a été annulée, et reportée au dimanche suivant, soit aujourd’hui.

En plus de la PPG (Préparation Physique Générale, comme dit Max notre super-entraîneur, qui me fait amèrement regretter le jeudi, tous les apéros de la semaine, le chocolat, et les madeleines avec le thé), un autre copain, Gérard, qui à 70 ans fait toutes les compètes du coin et finit à chaque fois deuxième, m’avait conseillé de prendre une heure avant un truc à boire pour éviter les crampes, un mélange (autorisé pour les compètes...) de sels minéraux-vitamines-perlinpinpin, il m’avait donné le nom, iso-quelquechose. Ça se trouve en pharmacie ; je me suis dit que je trouverais bien la même chose en moins cher chez Décathlon mais pas eu le temps d’y aller. Et à la pharmacie ils ont retrouvé le nom, que j’avais oublié entre temps, mais vendu à prix d’or la cure de deux semaines en comprimés, quand je voulais juste une dose de truc pour ne pas me retrouver avec une crampe dans l’eau froide, ce qui n’est pas agréable. Donc, j’avais pris hier deux comprimés histoire de pouvoir dire au Gégé que j’avais suivi son conseil, le reste je le donnerai au copain Gilles pour son prochain marathon. Mais 17€, crotte, j’aurais mieux fait d’acheter des pellicules ou du papier photo avec ça.

Donc ce matin c’était le grand jour. Impossible de se défiler, j’avais dit que j’irai, et comme j’aime bien au club me vanter de mes exploits passés, et même un peu plus, s’agissait pas de se déballonner. Mais il gelait quand j’ai sorti le chien, un vent de Nord à tout casser, glacial. Aucune, mais alors aucune envie d’aller se jeter dans une eau à 6° avec deux pauvres millimètres et demi de néoprène sur la peau. Enfin j’y suis allé quand même.

On était là dix-neufs fadas, cinquantenaires pour la plupart, sauf Gérard et ses 70, et deux ou trois trentenaires dont Guillaume du club aussi, et un monopalmeur qui manifestement ne nage pas dans la même cour que moi. Et tous à se dire : faut-il être con, quand même...

Inscriptions, vérification des licences, et en cadeau de participation on nous remet un joli porte-clés en forme de ballon de foot. Briefing sur le parcours, les gentils organisateurs nous expliquent qu’ils ont passé deux week-ends à tout nettoyer la végétation sur les rives, mais qu’il reste un ou deux barbelés donc faire attention et rester au milieu. Puis le vestiaire ; c’est toujours débonnaire et sympathique ce déballage collectif de bedaines, de fesses et de poils avant et après course, dans l’odeur du néoprène et la poussière de talc (parce qu’il faut bien faire rentrer les fesses et les bedaines, dans le néoprène, qui a une fâcheuse tendance à rétrécir avec l’âge).

Montée dans le fourgon qui nous emmène à la mise à l’eau. Pas fou, je vérifie tout en quittant le vestiaire : gants, palme, tuba, masque (je déteste nager avec des gants, et préfère les lunettes au masque, mais avec le froid, tant pis). On arrive au point de départ. Moi, la Seudre, je m’y étais baigné une fois avec les enfants. C’était à Ronce les Bains, j’en avais le souvenir d’un bel estuaire large d’un kilomètre ou deux, je croyais que c’était là qu’on allait nager. Et devant moi, un ruisseau large de deux mètres cinquante, profond de trente à quarante centimètres, d’une belle eau claire et rapide, mais glacée, et toutes les conditions réunies pour déchirer la combinaison, et casser la monopalme. En plus nager en ondulations dans quarante centimètres c’est pas évident. Je n’avais aucune, mais alors aucune envie de me mettre à l’eau ; mais bien embêté de renoncer au dernier moment, j’aurais eu l’air de quoi au milieu de tous ces gens qui faisaient semblant de trouver si bonne la farce, à défaut de l’eau.

J’ai dû répéter cinq ou six fois si j’aurais su, j’aurais pas venu, intérieurement, à voix basse, puis haute voix, mais personne n’a relevé ; personne n’a dit : « bon les gars, c’est pas tout ça, mais y’a pas assez d’eau... C’est pas pour nous, mais pour le matos, c’est pas raisonnable ». J’ai cherché tous les moyens possibles pour me défiler, sans perdre la face ou faire la fine bouche, le chieur de service, sans trouver.

Résigné, je serre les dents, ajuste le masque, prend le tuba. Le tuba. C’est un tuba frontal spécial monopalme, avec une sangle. Bon Dieu, j’ai perdu la sangle ! Cherché partout entre le camion et la rive, rien à faire, pas de sangle. Je savais qu’elle ne tenait plus, lundi j’avais dû la remettre en place plusieurs fois à la piscine, et je ne m’en étais pas préoccupé ensuite. Elle a dû tomber entre le vestiaire et la montée dans le camion. C’est trop bête, je ne vais pas pouvoir nager... Sans tuba la monopalme ça n’est possible que sur le dos, et pas possible de nager dans un ruisseau comme ça... « Bon, ben, tant pis ». Ouf, sauvé par la sangle baladeuse.

Suis donc remonté dans le camion avec les organisateurs, me suis gelé quand même un bon moment en attendant les potes à l’arrivée parce que le néoprène c’est tout sauf chaud en plein vent quand il fait 1 ou 2° ; mais bon, je préférais avoir froid sec que mouillé, et ne pas déchirer la combi, et/ou casser la mono.

Le plus drôle c’est que les copains sont quand même arrivés contents. Les mains rouges et douloureuses de froid, écorchées pour certains. Ils ont râclé le fond à plusieurs endroits mais ont semblé me plaindre sincèrement de ne pas avoir pu participer à la fête. Gégé est arrivé deuxième fidèle à son habitude, et Guillaume du club, quatrième, malgré ses deux combinaisons de plongée superposées qui le faisaient ressembler à Bibendum : si j’avais nagé moi, malgré la monopalme sûr que j’aurais fait baisser la moyenne du club.

J’ai retrouvé ma sangle bien sage sur le parking du gymnase, me suis rhabillé avec délectation, avec les grosses chaussures de marche, le pull, la polaire, la doudoune, l’écharpe, le bonnet Cousteau, et suis rentré dare-dare à la maison sans même attendre les résultats et le pot de l’amitié. Le pot de l’amitié, je l’ai pris avec la petite et le chien, un Porto Ferreira de derrière les fagots offert par une collègue.

Comme je vous le disais, je suis un vrai sportif. Le 21, on remet ça dans la Boutonne, puis les Sables d’Olonne en avril, la Charente entre la maison et Rochefort en mai, et enfin la traversée continent-Ré en juin. Avant la mythique Transplage en juillet (on ira avec Gégé, qui ne finira sans doute pas deuxième de la course, mais sûrement premier ou deuxième vétéran).

Mais de tout ça, j’aurai l’occasion de vous reparler. Là je vais faire une petite sieste : le sport, ça fatigue.

P.-S.

Plus courageuse que moi, Isa, du club d’Angoulême y était, a nagé, et même fait des photos ! Votre serviteur assis au fond du camion, deuxième ligne troisième colonne. Notez le sourire constipé.

Messages

  • "Pas assez d’eau !" en Charente Maritime... j’aurais pensé à tout sauf à ça ! J’attends avec impatience le récit de la prochaine course (on dit course ou descente ?) Tu sais quoi Jacques ? Des fois tu me fais penser à une sorte d’Alice au Pays des Merveilles au masculin... Et ne le prends pas mal, j’adore Alice c’est une de mes héroïnes préférées !

    • Alors j’attends le Lewis Carroll qui fera mon portrait...

    • Pour le « pas assez d’eau » la Seudre est effectivement toute jeune sur ce parcours, et régulée par des barrages et déversoirs, tous ouverts en ce moment pour évacuer l’eau des marais je pense, d’où fort courant mais peu de profondeur.

    • Il est encore temps de ne pas manquer le tour de la pointe de Barnénez le 25 avril. Amenez Gégé il devrait s’entendre avec Jean ! ET puis ici … Il y a de l’eau !!!!! et même qu’elle est salée donc un soupçon plus chaude … dixit celle qui ne nage qu’en piscine.
      Quelques gars du club sont tentés par les Sables d’Olonne.

      Dès que j’ai les horaires je vous transmets l’information.

      Dites-donc dans votre rivière … l’ordre d’arrivée c’est le même qu’au départ, non ? parce que pour doubler à moins de passer par la berge, je ne vois pas. C’est des nages comme ça qu’il me faut, je me poste devant … personne ne trouvera la place pour me doubler !

  • Mignonne sangle. Gentille la sangle...