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And the winner is...

Un petit hôtel

13-03-2010

C’est une chanson que j’ai entendu un jour à la radio, dans l’émission de Benoît Duteurtre. Elle était interprétée par Sammy Davis Jr et une chanteuse que je connaissais pas. Le thème m’avait scotché. De la chanson comme on aime, dont on ne peut pas s’empêcher de reprendre le refrain, comme Tea for two, ou C’est si bon, dont on ne peut plus se dépêtrer ensuite pendant des heures et dont on ne souhaite pas d’ailleurs, se débarrasser. Le thème qu’on chante encore en dormant, et en se réveillant le lendemain. Le titre : There is a small hotel.

Ça c’était il y a des mois, peut-être des années. Je roulais seul en Vendée je crois, ou peut-être vers la Bretagne. Je ne l’avais jamais ré-entendu depuis, et je n’avais pas encore le réflexe YouTube.

Et puis cet après-midi, toujours dans la voiture, justement passait le Tea for two version Chostakovitch. Puis dans une très vieille interprétation francophone, sympathique mais qui n’avait pas le charme ni le swing de l’original en anglais. Et alors, je me suis rappelé de ce Small hotel, et cette fois, pensé à YouTube.

Merveille des merveilles, vive le net, ce que je pensais une rareté discographique exhumée par Duteurtre de quelque collection mystérieuse, est en fait un grand standard de la chanson jazz, et les versions pullulent.
J’ai donc commencé par la version de Sammy Davis et Carmen MacRae, celle que j’avais entendue à la radio. Une belle chanson, mais je n’ai pas retrouvé tout à fait la magie de la première écoute. Interprétation trop sage, peut-être. Ou bien mon souvenir l’avait embellie.

Puis celle de Sinatra. Swing bien présent, la nonchalance, et, of course, The Voice.

Puis Ella, la grande, l’immense, la merveilleuse Ella. Un tempo plus lent, une tendre mélancolie. Irremplaçable Ella.

Ensuite, une surprise, Petula Clark, que je ne m’attendais pas à trouver ici. Une chanteuse un peu oubliée maintenant. Longtemps je n’en avais que l’image d’une choucroute blonde sur la tête dans les vieilles émissions des Carpentier la télé. Mais Glenn Gould lui vouait un véritable culte, ce qui n’est pas compatible avec une artiste de second plan. Partir à la recherche de Pétula Clark sur le net, c’est aller de bonnes surprises en bonnes surprises. Son Small Hotel n’échappe pas à la règle. Fin, racé, une belle diction, un port de voix délicat, une pointe d’humour. Pas la grande classe d’Ella, mais une légèreté et une finesse qui en ont fait ma préférence ensuite.

Puis Chet Baker, belle version aussi, mais un instrumental. Hors concours.

Diana Ross : classieuse, swing, sophistiquée, glamour, mais peut-être manquant un peu d’âme.

Je passe sur quelques interprétations mineures ou carrément médiocres à mon goût.

Et... Vous l’attendez tous avec impatience... Le gagnant est, un parfait inconnu pour moi, Jack Whiting. Son interprétation est un miracle de grâce, d’équilibre fragile, de délicatesse, de tendresse. Un texte parfaitement mis en valeur, une diction parfaite rappelant un peu celle de Fred Astaire, une élégance en bref, à laquelle aucun des autres chanteurs ne parvient (sans doute parce que cherchant d’autres voies, après cette interprétation historique).

J’ai écouté et réécouté tout ça, au fur et à mesure de la rédaction de ce billet. Magnifique Small Hotel, merveilleux Jack Whiting : la journée n’aura pas été vaine.