Café du Commerce
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Les doigts dans le nez

Ils ont perdu...

22-03-2010

J’avais dit à une époque, que j’arrêterais de parler politique au café du commerce, parce qu’il y a d’autres endroits plus indiqués et plus compétents pour ça.

Mais bon, ça fait partie de la vie, et là on a eu des élections. En plus j’ai été un peu sévère (mais juste) dans le dernier billet avec notre nouvelle présidente de région, qui ne l’était pas encore. Alors il faut que je rétablisse l’équilibre républicain ici aussi.

Je ne connais pas grand chose à la politique, d’une façon générale. Mais ce qu’il me semble avoir compris, c’est que d’un côté, on a des gens plutôt favorables à l’initiative individuelle et la libre entreprise pour qui l’essentiel, c’est de créer de la richesse, et de l’autre, des gens qui considèrent que l’important serait plutôt une société plus juste, avec des services publics pour le bien-être des gens, et une meilleure répartition des richesses.

Sauf que voilà : faire du fric pour faire du fric, si ça ne sert qu’à quelques uns, ça ne peut pas mener une société ailleurs que dans le mur de la lutte des classes. Et il y a quand même des choses plus essentielles dans l’existence que l’argent, le fric, le flouze, l’oseille, le pognon. Mais d’un autre côté, sans initiatives, sans entreprises, et sans richesses, on peut bien partager le zéro, ou le pas grand chose, ça ne rendra pas les gens très heureux non plus. Et la solidarité, le partage, très bien, mais ça ne serait pas juste non plus qu’au nom de ces principes certains se crèvent le cul à bosser, pendant que d’autres attendent le bec ouvert, que ça leur tombe dedans.

Peut-être y aurait-il la possibilité d’un équilibre entre les deux, comme sur une balance Roberval. Un coup dans le zig, un coup dans le zag, et ça se stabilise au milieu. Peut-être que l’alternance pourrait servir à ça. Mais je ne suis absolument pas compétent pour l’imaginer ou en juger. Alors moi dans tout ça, ça n’est pas tant les théories économiques qui me poussent aux urnes, puisque tournezou-virezou comme on dit dans la famille, quand tu pars à droite et que tu fais le tour du monde, tu reviens par la gauche, et réciproquement.

C’est plutôt l’attitude des gens, l’exemple qu’ils donnent, et la confiance qu’ils inspirent. Un type qui dit : « si je suis élu président, mon premier geste sera de faire retraite quelques jours, le temps d’habiter la fonction », que tu imagines louer une cellule dans une abbaye cistercienne, et qui tape une bamboula d’enfer au Fouquet’s avant de se barrer sur le yacht d’un copain milliardaire, par exemple, ça ne m’inspire pas vraiment confiance. Quand tu sais que le même, ses amis et références culturelles c’est Johnny, Bigard et Montagné, ça colle pas non plus avec l’image que tu te fais d’un chef d’État.

Un gouvernement qui demande aux pauvres couillons de bosser comme des ânes et jusqu’à pas d’âge pour juste pouvoir finir le mois, et qui fait des cadeaux fiscaux de milliards aux super-richous pour leur éviter de partir en Suisse, et qui supprime tellement de fonctionnaires que maintenant dans les écoles il n’y a systématiquement personne pour remplacer un(e) collègue qui a une gastro : 25 gamins sans personne en face, ni étude, ni surveillant, rien, et un ministre qui a la géniale idée de faire appel à des retraités ou des étudiants pour résoudre le problème, ça me laisse perplexe.

J’ai un peu taclé Ségolène sur un tract mal foutu, volontairement négligé pour faire proche des gens. Mais c’est un détail.

Je ne sais pas, et personne ne peut savoir, ce qu’aurait fait Ségolène élue à la place de Sarko. Probable qu’on aurait eu aussi la même crise, sans doute autant de chômage. Mais peut-être moins de mépris et de provocations de la classe dirigeante.

Et plus encore que le mépris, dont encore on peut s’accommoder, c’est la bêtise crasse, la démagogie visqueuse, le mensonge décomplexé, les idéologies nauséabondes sous-entendues ou assumées, de ces gens, qui font que oui, ils ont perdu, et c’est bien fait pour eux.

On aime ou on n’aime pas Ségo. Je ne la connais pas personnellement, je n’aime pas tellement son personnage public, mais il me semble qu’elle fait correctement son taf et en vingt-trois ans de bottes c’est la seule occupante du ministère de l’Éducation nationale, avec Bayrou, dont j’ai eu l’impression qu’il y avait une vraie compétence et un intérêt sincère, à ce poste.

Et jusqu’à présent, ni elle, ni personne de son camp, malgré toutes les vicissitudes, les mesquineries ou même turpitudes qu’ils ont pu se faire entre eux, ne nous a jamais pondu un truc aussi bête, aussi crétin, aussi avilissant, que ce dont que la droite des Darcos, Morano, Besson, Dati, Raffarin et Cie nous a gratifié avec ce clip qui a nécessité paraît-il 500 heures de travail (heures "sup", comme dit Didier Porte, pour "superflues") et qui touche le fin fond de la stupidité. Comme disait Saint-Ex, de mémoire, je n’aime pas qu’on abime les hommes. Le rôle de la politique, mais là je suis sans doute naïf, serait pour moi de tirer tout le monde vers le haut. Ici on nivelle par le bas, et quel bas. Le zéro Kelvin de l’intelligence. « Ils iraient même jusqu’à nous montrer leur cul » chantait François Béranger, paix à son âme, mais j’en doute : c’est tout comme.

Et ça me pose problème, moi qui passe mes journées à tenter d’éveiller, et de cultiver l’intelligence des gamins qu’on me confie, à « allumer des lampes », de voir un ancien ministre de l’ÉducNat se trémousser en chemise sur le texte débile d’une espèce de danse des canards électorale. Même s’il y a beau temps que je n’ai plus aucune espèce de considération a priori pour ces gens-là, qui arrivent, nous disent qu’ils nous aiment bien mais que tout ce qu’on a fait jusqu’ici est à côté de la plaque, pondent une réforme et dégagent au remaniement suivant : et démerdez-vous pour faire toujours mieux avec toujours moins.

Alors voilà, rien que pour ce clip affligeant, dont la seule chose que je trouve drôle, c’est que ses auteurs aient eu le cran ou l’inconscience de porter leur nom au générique, « ils ont perdu, ils l’ont dans le c. » : on ne s’en réjouit même pas, mais on ne va sûrement pas les plaindre.

Messages

  • SAlut, je suis d’accord dans l’ensemble. Sarko est hors concours, mais attention, le pognon, le paraitre, les grosses bagnoles, villa/piscine/côte d’azur, jet set, bimbo etc... ben ça plait à beaucoup.
    Le réservoir fn n’a pas fonctionné cette fois ci, mais attention, la présidentielle, c’est différent. Nul doute qu’il saura le siphonner à nouveau. Plus le vote des plus de 65 ans, non seulement ils se déplacent plus, mais votent à 75 % sarko. Bref, sans les vieux et le fn, pas de sarko.
    Bon, Royale, ok, c’est plus doux, moins dédaigneux (encore que, se rappeler de l’histoire de la jeune militante...), mais la politique libérale ne sera pas remise en question. Papa gronde et maman console. Et puis qui dit que c’est elle qui sera la représentante PS ? Voila, c’est désolant de se contenter du moins pire, c’est désolant de voter "contre" depuis des années, c’est désolant d’essayer de toujours croire à ce simulacre de démocratie.

    • Je ne te connais pas, Pascal, mais je suppose que tu as moins de 65 ans ? Tu sais ce qu’ils te disent les "vieux" de plus de 65 ans qui votent à gauche depuis plus de 40 ans et qui n’on réussi, dans toute leur vie d’électeur, abusés colmme tout le monde, à n’élire qu’un seul candidat : Jacques Chirac, de peur qu’un Le Pen se retrouve à l’Elysée ?.....

    • .........et qui n’ont réussi, bien sûr !

    • Pascal avait évoqué 75%... Il en reste 25 ! J’en profite pour préciser que nous avons les mêmes initiales... Alors "JB" c’est moi, J.B... c’est lui !

    • Exact ; il vaut mieux que je signe autrement pourt éviter toute confusion .J.B.