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Touche pas à ma radio

Pendant les vacances, on épure

23-06-2010

On s’en doutait bien pour l’un, surprise pour les autres. « Esprit critique », « Et pourtant elle tourne », et probablement Stéphane Guillon, virés de la grille de France Inter à la rentrée.

« Esprit critique » je ne l’écoutais pas souvent, car ce n’est pas trop une heure où j’écoute la radio. Mais à chaque fois, c’était avec plaisir, et intérêt. « Et pourtant », le prototype de l’émission variée, intelligente, culturelle sans être chiante, que l’on quittait avec le sentiment de ne pas avoir perdu son temps à l’écouter, d’avoir un peu élargi son champ de vision, et d’en sortir un peu moins con que l’on y était entré.

Stéphane Guillon, le sale gosse de la famille, mais pour cela celui que l’on préfère. Celui dont on ne rate pas une chronique sur Dailymotion quand on ne l’a pas entendu à la radio. Ce qui d’ailleurs, si j’étais patron de France Inter, me poserait question : le talent et l’impertinence, passent tout aussi bien par le net. Mais c’était l’honneur d’une radio de service public, d’y faire entendre le trublion, entre deux pubs débiles et débilitantes pour la MAAF ou la MACIF.

Apparemment ça serait bien fini :

Alors que je vous dise : j’aime bien France Inter, et si je lui fais souvent des infidélités vers ses deux petites sœurs Culture et Musique, c’est quand même ma radio de prédilection. Mais je lui avais fait la gueule un bon moment quand « ils » avaient viré l’ami Martin Winckler dont les chroniques matutinales aussi érudites qu’amusantes et impertinentes étaient un vrai régal.

Si « ils » virent Guillon, même si Porte et Mermet restent, moi je fous le camp. Définitivement.

Le plus drôle, dans cette histoire, enfin, drôle, si l’on veut, c’est que maintenant, ce n’est plus un journaliste ou énarque quelconque qui est aux commandes de l’Airbus Inter. C’est Philippe Val, dont certains se souviennent peut-être qu’il fut en son temps, (c’est loin, j’étais jeune et beau) avec son compère Patrick Font, un humoriste décapant, faisant plus dans le vitriol que la dentelle. En tous cas, un personnage assez éloigné de l’image qu’on peut se faire d’un caniche du pouvoir.

Aujourd’hui M. Val est l’ami de Carlita et comment s’appelle-t-il déjà, notre petit roi ? Et il déclare sans rire (à Télé-Loisirs, selon Guillon) que « dans une tranche d’info, sortir son nez rouge, c’est déplacé. » Il a bien raison : l’impertinence, l’humour, l’intelligence, c’est déplacé sur une radio de service public, non, je voulais dire, une radio d’État, en Sarkozie.

Je me souviens de l’affiche d’un de leur spectacles, à Font et Val : « ils finiront sur l’échafaud ! » Finalement, elle était prémonitoire cette affiche.

Patrick Font, après des conneries pas drôles dont il est seul responsable, a passé quelques temps à l’ombre. Et s’il a payé sa dette à la société, est désormais tombé assez profond dans des oubliettes dont il aura bien du mal à émerger.

Quant à Val, ma foi, il est tombé encore plus bas que son compère : en étant celui qui décide que l’humour n’a pas sa place à 8h55, et sous ce prétexte, vire l’humoriste le plus apprécié et écouté de France, mais qui déplait à son Maître.

Un de mes bouquins préférés, c’est « Les naufragés du Jonathan », de Jules Verne, qui raconte comment un anarchiste pur et dur, contraint d’accepter et d’aider une colonie de naufragés sur une île de Magellanie, se transforme petit à petit, en dictateur malgré lui. Et finit par faire tirer dans la foule lors d’une manifestation.

J’ignore si Philippe Val ferait tirer sur des manifestants. Mais ce qui semble bien certain, c’est que quand le pouvoir est là, l’humour s’en va.

P.-S.

Une heure après : Didier Porte est aussi dans le train des virés. Il y aura un beau robinet d’eau tiède radiophonique à la rentrée... sans nous...

Septembre 2010 : finalement on s’habitue bien à France Culture, et TSF Jazz.

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