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L’étrange créature du lagon noir

Y’a pas de mal à se faire du bien

30-08-2010

Quand j’étais gosse, un de mes livres favoris était Le monde merveilleux des sports de l’eau. Il était dans la maison bien avant que je ne sache lire, sans doute cadeau de Noël ou anniversaire d’un des frangins, et je ne sais pas ce qu’il est devenu. Mais des trois frères, je suis bien certain que c’est moi qui l’ai le plus lu et relu.

C’était un gros album en deux parties, Sous l’eau, par Jean-Albert Foex, qui était je crois un des compagnons de Cousteau, et Sur l’eau, par Jean Merrien.

Ça a été, avec un autre livre fondateur, Par 120 pieds de fond, puis évidemment Le monde du silence, ma première rencontre avec la plongée sous-marine, que j’ai toujours rêvé de pratiquer. Je n’ai jamais eu l’occasion de le faire étant jeune ; maintenant mes oreilles refusent ce genre de galipettes, et je préfère de toutes façons rêver dans les livres ou sur écran d’explorations de sources profondes et mystérieuses, que de faire moi-même des bulles en piscine ou même sous quelques mètres d’eau libre.

Il y avait dans ce bouquin une image tout à fait fascinante, qui m’a fait beaucoup fantasmer, et souvent j’évitais la page qui la contenait parce qu’elle me faisait quand même un peu peur. Ça devait être celle-ci, ou ça y ressemblait furieusement :

Lagon noir

La légende expliquait que de tous temps, l’esprit humain avait peuplé le monde sous-marin de monstres effrayants, comme cette créature du lagon noir. Et oui, l’image de 3cm sur 4, pas très nette dans le livre, ça faisait peur.

Tout ça c’est des souvenirs... Sauf que samedi, alors que je ne regarde jamais la télé, qui d’ailleurs est en panne depuis trois mois et ne capte plus qu’Arte et quelque dizaines de chaînes étrangères (on a deux paraboles, une pour la radio et une autre pour la télé, et c’est celle-ci, ou le décodeur, qui déconne) on s’est retrouvés devant avec la Poune, sur le coup d’une heure du matin. Et donc, l’annonce de ce film, l’étrange créature du lac noir, et la voix ironique de la présentatrice d’Arte, qui disait : « ne riez pas, ça fait peur ».

On s’est donc calés avec ma fille dans le canapé, sous les couvertures, pour regarder ce film que je connaissais depuis l’âge de cinq ou six ans sans l’avoir jamais vu.

L’histoire est un joyeux mélange de Tarzan, King-Kong, African Queen, Jurassic Park, et les Dents de la mer. Évidemment seuls les trois premiers existaient en 1954 date de sortie du film. Un vieux savant trouve un fossile étrange, la main d’une sorte de chaînon manquant entre animal aquatique et animal terrestre, et monte une expédition en amazonie pour retrouver la totalité du squelette. Emporte avec lui un jeune scientifique avide de reconnaissance et de succès, sa jeune et jolie assistante, et un autre jeune et beau chercheur amoureux de la fille (et réciproquement, ce qui rend jaloux le chef). Et il se trouve que la créature n’est pas seulement un fossile, mais un fossile vivant, qui se cache dans les profondeurs du lagon noir. Pour la suite, je ne vais pas vous spoiler en la racontant, comme disent les enfants. D’ailleurs c’est assez facile à deviner.

Évidemment ça n’est pas Casablanca, ni Psycho. Évidemment ça a vieilli, c’est naïf, ça accumule tous les poncifs du genre, ça sent le carton-pâte et le latex. Évidemment, ça ne fait même pas peur, malgré la musique qui va bien pour ça.

Mais c’est un film d’une poésie merveilleuse à cause de tout ça, justement.

On a passé un moment absolument délicieux, exceptionnel, divin, devant ce joyau de série B.

Le problème c’est que depuis des années, je n’arrête pas de me moquer de la petite quand elle se légume avec sa fille et la boîte de macarons, devant des nanars spécifiquement féminins ; ce que j’ai du mal à comprendre d’une personne par ailleurs pas trop bête, qui apprécie aussi et connaît bien mieux que moi, les bons auteurs et les bons films. Devant donc, ce qu’elles appellent leurs films de filles en clignant de l’œil et en se tapant dans la main : l’équivalent cinématographique de la « presse féminine », en quelque sorte. Alors là, évidemment, à lui dire mon enthousisame pour ce film, et le regret de ne pas l’avoir enregistré (je ne sais toujours pas faire marcher le f. graveur, qui d’ailleurs est en panne lui-aussi, depuis trois mois), j’en ai pris à mon tour pour mon grade et même un peu plus, de réflexions ironiques sur les films de mecs.

Alors tant pis, j’assume : la Créature du lagon noir est peut-être un nanar aussi, mais un nanar absolument merveilleux, que je n’échangerais pas contre deux barils de Bridget Jones et Flash Dance. Na. Et pourvu qu’Arte nous donne la trilogie, on attend avec impatience et on ne se couchera pas de la nuit pour les voir, s’il le faut.

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