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Ce que j’ai fait, je te le jure...

Le combiné rochefortais, 3/4

15-09-2010

(Suite de cet article)


Cinq, quatre (PAN ! Parmi les coureurs, ça semble une plaisanterie éculée chez les tri), trois deux, un, PAN ! C’est parti.

Ça va affreusement vite. Moi quand je cours, c’est pépère tranquille, suivant le conseil de Gilou qui fait des marathons et m’a même obligé à acheter un cardio-bidulemètre (le moins cher, chez Décath...) Un vrai truc de sportif, dont je ne sais pas vraiment me servir, qui sert si j’ai bien compris, à courir moins vite pour pouvoir courir plus vite ensuite.

Mais ici c’est pas possible, ils doivent tous être shootés à l’EPO, ça part sur le triple de ma foulée habituelle. J’essaie de suivre un type qui me semble pas trop bon, qui me distance, puis une fille qui a un postérieur généreux, qui me distance aussi, et me retrouve tout seul.

C’est drôle, toutes les courses que j’ai faites, à la nage ou à pied, je les ai toujours faites tout seul.

Je n’ai pas assez dormi et hier j’avais fait de la monopalme. Les jambes sont lourdes, raides, font mal. Il fait une chaleur à crever autour du port. C’est par un temps comme ça que j’ai chopé une insolation sur le port de la Vigne, étant gamin. Aurais dû prendre un chapeau, mais aussi, ça m’aurait tenu encore plus chaud.

Je ralentis un peu : tant qu’à être tout seul... Ce qui me rassure un peu c’est qu’il y en a encore derrière, assez loin. Mais peut-être qu’eux ont eu la sagesse de s’économiser. Putain, deux tours. C’est rien, pourtant, sept bornes. J’en fais régulièrement cinq, le soir et sur la digestion encore, sans peine. Mais tranquille, et à la fraîche. Et l’autre qui m’attend dans son parc à vélos, qui doit guetter les premiers coureurs et son chrono. Sûrement pas un premier prix de chez Décath, tu peux être sûr.

Enfin, on s’approche de la passerelle, finalement c’était pas si long. Ah non, merde, ça repart à gauche, vers la vieille forme. On me double. Passage devant le clos Lapérouse où j’ai revendu mon billet pour le jazz l’autre jour, c’était plein de monde et au moment d’entrer j’avais plus envie d’y aller. Cette fois la passerelle. On nous offre un gobelet d’eau, j’ai jamais bu en courant moi, c’est pas évident. Tous ces gobelets par terre que les bénévoles vont devoir ramasser.

À la passerelle, wouah, Gilou est là ; mal rasé comme d’hab. Au moins il ne me fera pas la bise aujourd’hui c’est toujours ça de gagné. Encouragements. Ça me fait super frais au cœur. Pourquoi c’est si dur aujourd’hui, alors que je n’en suis qu’à 3km ?

On arrive à la Corderie, le chemin de Charente, enfin de l’ombre. Des pépés-mémés qui nous regardent passer. Un couple qui m’encourage, applaudit. Je remercie d’un souffle et signe de main. La dame a une tête qui me dit quelque chose.

L’Hermione, les gens qui font la queue. D’autres allongés dans l’herbe, et nous comme des cons à courir en plein soleil. Les pavés. Tout le monde passe sur la pelouse à côté, c’est affreux les pavés, et j’ai une cheville qui dévisse facilement depuis un match de foot en salle avec les pom-pom boys. Quelle connerie le sport.

À nouveau le couple de supporters, ils ont changé de place. Ils sont vraiment sympas. Oui, je connais cette tête, mais qui ?

Premier tour, fini. Les jambes font toujours mal, mais je cours maintenant à mon rythme, tant pis pour Jean-Marie, de toutes façons si je n’avais pas été là il n’aurait pas participé du tout, et il n’aura qu’à pédaler plus vite s’il veut faire une place. Je suis pas venu pour ça, moi, juste pour participer et me dire que j’étais cap de le faire.

Je reconnais Marie-Anne que j’ai photographiée avec sa fille et sa mère, et la fille qui nous a peinturluré les mollets, une copine de danse des enfants.

Deuxième tour. Comme le premier, en plus lent. Toujours le couple de supporters. Cette fois je la reconnais, c’est Liliane, une ancienne surveillante du collège, qui s’occupe du club de badminton et est aussi bénévole sur les 10km de Tonnay. Pas étonnant qu’elle soit là. Je lui fais un grand bonjour, pour lui montrer que je l’ai reconnue. C’est marrant ces gens qui viennent voir et encourager des abrutis qui courent en rond en plein soleil, c’est bien une idée qui ne me viendrait pas à moi. Pourtant c’est agréable pour les abrutis.

Re-gobelets. Je bois un peu et me le renverse sur la tête c’est plus simple et on gâche moins.

La cour de la Corderie, sur les gravillons, est interminable. Les derniers cent mètres, sais pas pourquoi, je m’envole. Grande foulée, comme celle du début. Ne sens plus les jambes. Je refuse le gobelet tendu gentiment par le fils de Marie-Anne, pas le temps, et file l’élastique à JM : « J’ai fait tout ce que j’ai pu... » je dis. « — C’est bon », qu’il fait. Je ne sais pas comment l’interpréter, ça n’a pas d’importance ; c’est fini, je m’écroule sur la chaise dans le parc à vélos, pendant que lui démarre comme un dératé. 36 minutes. Je ne m’étais jamais chronométré sur sept kilomètres, mais c’est à peu près ce que je fais habituellement sur cinq (le circuit des 10km de Tonnay). Le premier est arrivé depuis un quart d’heure. Putain qu’est ce qu’on est bien quand on ne court pas.

(c’est pas fini...)

Messages

  • Aller... encore un effort... aller, ce sera le dernier épisode... y’aura du vélo, de la nage, et re de la course pour le cycliste (ma fille dit "les véloteurs", coureurs... c’est à pied, forcement )... oh, ça va être bien , à la fin... du sang, des larmes et de la sueur ....

    J’en tremble....

  • Un Happy end j’espère ? On est en plein suspense. Ça sent le twist...

  • Il t’avait demandé si tu faisais 32, 34 ... 36 minutes c’est formidable, ça fait du presque 14 km/h. Un vélo, en ville, pour un rouleur aguerri, à une allure respectable et respectueuse des feux rouges, c’est 17.5 km/h. Alors.
    Un vrai bonheur ce récit.
    Le lecteur espère que celui-ci fini, il y en aura d’autres. Beaucoup d’autres.
    Amitié.