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La Pierre, 2 : la neige

Petite suite karstique, 2/4

07-11-2010

Troisième jour temps clair. Météo interrogée par téléphone, favorable pour la journée, on pourra s’aventurer sur les lapiaz sans risque d’être pris par le brouillard.

Montée à nouveau à la station. Tout est blanc. Errance dans la galerie marchande aux bistrots et restaurants fermés, à la recherche d’une boîte aux lettres et d’un tube de crème solaire. On trouve la boîte aux lettres, ne verra qu’un ouvrier qui répare je ne sais quoi, et deux personnes qui semblent s’ennuyer dans une agence immobilière (je note au passage le prix d’un studio, 60 000€, « vue sur les pistes », moi j’aurais dit plutôt « vue sur la montagne », et pas envie d’habiter une barre béton fût-ce à la PSM) et au bureau d’accueil d’un public qui ne viendra qu’avec la vraie neige : celle qui permet de skier. On ne trouvera évidemment pas la crème solaire, tant pis.

Il y a dans la galerie un Espace Haroun Tazieff assez triste qui présente quelques panneaux sur La Pierre, le Gouffre, et le bonhomme. Je déteste les lieux de multitude et de promiscuité en général, donc les stations de ski et les galeries marchandes en particulier. Mais une galerie marchande vide dans une station de ski déserte, c’est d’une désolation quasi-absolue. Et par là-même, presque beau.

On sort cependant avec un certain soulagement à l’air libre. Le soleil est radieux. On peine un peu à trouver le début du GR10, dans l’idée de monter au sommet du Soum Couy à 2500 m.

Départ sur le GR verglacé, on glisse pas mal, je commence à me demander si j’ai bien raison d’emmener les enfants (dont une qui est comme ma fille depuis bien longtemps, mais a aussi ses propres parents) dans ce plan. Et puis rapidement une couche de neige de cinq à dix centimètres recouvre tout, et on avance mieux.

On passe au pied du pic d’Arlas, traversons un superbe lapiaz. On se perd un peu, le sentier est invisible sous la neige et nous sommes seuls dans le paysage, à la recherche des balises rouge et blanc sur les rochers. Un jeu de piste.

Lapiaz

C’est toujours très beau mais je n’ai pas très envie de faire des photos. Je ne vois qu’en Noir et Blanc, et préfère en photographie les ciels brouillés au beau temps... Content malgré tout d’avoir emmené le Rolleiflex, qui ne pèse rien à la ceinture ou au cou, plutôt que le lourd Hasselblad.

On rejoint une piste de ski, je localise l’entrée du gouffre de la Tête Sauvage, un des accès au réseau de la PSM, et le départ d’une des traversées classiques vers La Verna. Elle ne paye pas de mine : une trappe noire étroite, entre quatre madriers plus ou moins pourris et disjoints. L’ami Brice m’expliquera le soir qu’il y avait là autrefois, une cheminée construite par les spéléos de l’ARSIP (avec des vieilles cornières de bibliothèque) pour permettre de repérer le puits et y entrer même avec une épaisse couche de neige. Le vent a eu raison des cornières, ça ressemble plutôt désormais à un vague puits de mine désaffecté. Comme un idiot je ne prends pas de photo. Peut-être parce que la Tête Sauvage n’est pas le mythique Lépineux. À côté un énorme gouffre aussi, bien plus impressionnant, fermé par un filet pour que les skieurs n’y tombent pas.

On continue la monté vers le Soum Couy sur la piste enneigée. De beaux ravins, des arbres tordus par le vent, un arbre mort qui me rappelle l’Arbre d’Or du Val sans Retour en Brocéliande.

Le vent se lève et devient de plus en plus fort à mesure que l’on monte, et le froid pince. On doit passer tout près du SC3, une autre entrée du réseau, mais je ne sais pas précisément où il se trouve et ne le verrai pas. Je pense à la distance énorme qui nous sépare horizontalement et verticalement de salle de La Verna dans la vallée, et à la rivière qui coule sous nos pieds, jusqu’à elle...

On arrive péniblement à un col, en haut du télésiège du Soum Couy, dans une tempête de vent à décorner tout ce qui porte des cornes, et un froid antarctique (n’ai jamais mis les pied en Antarctique, mais il me plait de penser qu’à nos modestes 2000 mètres, il fait aussi froid qu’au col sud de l’Éverest, la Terre Adélie, ou l’un des deux pôles — pour nous autres maritimes vivant quasiment à la cote zéro, la même Aventure).

Je sors une dernière fois le Rolleiflex de son étui pour la cabane du télésiège, on renonce à la fois au sommet du Soum Couy, totalement inenvisageable aujourd’hui pour notre niveau de montagnards des marais, à pique-niquer à l’abri de la cabane, il y fait vraiment trop froid et on tient à peine debout dans le vent, et on redescend dare-dare se chercher un abri plus bas pour manger et boire un thé. Même à l’abri d’une doline il ne fait pas chaud et on ne s’éternise pas.

Descente vers la station, on rencontre un couple de vieux randonneurs sympas avec qui on discute un moment, et on rentre au gite vers les 16h.

Thé, douche, je m’allonge un moment avec Le Loup des mers et m’endors dessus au bout de trois pages : montagne et mer, trop d’aventures en une seule journée.

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