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Philippe Maurel : Zones d’activité

03-12-2010

Les vases communicants : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog de l’autre, circulation horizontale pour produire des liens autrement. Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre !

Je suis heureux d’accueillir ce mois-ci, Philippe MAUREL, webmaster de La vie dangereuse, qui m’invite en retour.


Les Zones d’Activité ne sont pas faites pour les piétons.
Pris le métro jusqu’à son extrémité, où l’enveloppe est plus blanche, les corps plus ramassés ; marché les pointes des pieds contractées, en expirant l’air glacé par bouffées blanches et lactées.

Grimpé dans un autobus qui ressemble plus à un autocar, contourné deux ronds-points, aperçu des voies ferrés, glissé sous un échangeur, rasé, comme on fauche les mauvaises herbes, des bicoques préfabriquées.
Sur le boulevard ou l’avenue (il serait plus juste de dire la route), les entrées sont particulièrement espacées, plus d’une centaine de mètres entre un numéro et le suivant. Sur le panneau dressé à l’entrée, les entreprises portent des noms qui en disent peu sur leurs activités : des noms propres qu’on a mariés avec des mots magiques (Europe, Services, Group, Managment...) ou des sigles mystérieux (GEPREM, CEJ, ENT….).

À l’intérieur, elles sont rangées numériquement de gauche à droite dans des bâtiments recouverts de tôles ondulées, et l’on se sent plus astucieux quand on a remarqué sans délai qu’ils se distinguent par la couleur (rouges, verts, jaunes…) des contours de leurs fenêtres.
Il y aussi des camions amaigris sans leurs remorques, des véhicules utilitaires oranges, des espaces verts et des employés qui fument des cigarettes par -5°.

Étrangement, les rues, les avenues, les boulevards portent tous des noms de savants célèbres : Isaac Newton, Albert Einstein, Marie Curie…

Était-il nécessaire de faire tout ça pour en arriver là ?

Messages

  • Il existe ainsi de ces zones dites " d’activité" dans tous nos villages où elles contribuent fort efficacement à l’enlaidissement des entrées de bourgs. C’est le cas chez nous. Inesthétiques et en désaccord complet avec l’environnement ou l’architecture traditionnelle, elles sont par ailleurs le plus souvent désertes et sinistres et ont bien du mal à faire coïncider le qualificatif dont on les gratifie avec la réalité. Les vieux bourgs ont beaucoup perdu avec la mode de ces zones qui ont fait disparaître les artisans, leurs échoppes, leurs boutiques, leurs ateliers ouverts sur la rue, la place,le quartier ; la vie quoi !

  • Ce texte de Philippe Maurel Zones d’activité, m’ évoque - en ce qu’il est un regard porté sur nos paysages urbains - le travail de Philippe Vasset qui explora pendant un an la cinquantaine de zones blanches figurant sur la carte n° 2314 OT de l’Institut géographique national, qui couvre Paris et sa banlieue et écrivit plus tard Un livre blanc, dont voici un extrait :

    « En juillet j’ai entamé l’exploration d’une zone étrange, un rectangle blanc situé juste en face du marché d’intérêt national de Paris-Rungis, entre l’A6a et le cimetière de Chevilly-Larue. Ma première visite a été un échec complet : je n’ai jamais réussi à pénétrer sur le site, protégé par une muraille difficilement franchissable sans échelle. (...) Je suis revenu aux heures d’ouverture du cimetière qui jouxte la zone, espérant qu’il existait un passage entre les deux sites.
    De construction récente, le cimetière de Chevilly-Larue a lui-même des allures de terrain vague : les tombes occupent à peine la moitié de sa surface. Au bout des allées, un petit funérarium est disposé en demi-cercle et un sentier le coupe en deux. Si l’on emprunte ce chemin, on pénètre dans une forêt de poche qui a poussé sur les flancs de la haute réserve de terre du cimetière (depuis le sommet, on voit jusqu’à Bourg-la-Reine). »